Dimanche 18 mars 2007
Ce que j'aime par dessus tout, dans le fond, c'est que nos années de formation payées par le contribuable commencent à porter leurs fruits.

En effet avec à peine 4 ans d'études (dont 2 qui n'avaient pas grand chose à voir avec de la médecine), nous voilà capables d'analyse rationnelle d'un cas, d'aboutir à un diagnostic en réfléchissant aux hypothèses les plus probables et les plus pertinentes, le tout avec une objectivité parfaite, évidement. Envisager d'abord les diagnostics les plus évidents, avoir recours aux "arguments de fréquence" (par exemple une infection des VAS a toutes les chances d'être virale donc sauf preuve de surinfection ou terrain débilité à la base on s'amuse pas à prescrire des antibiotiques, tant pis pour les quelques chances que ce soit bactérien), prendre en compte le contexte etc.

Séance de brainstorming à la bibliothèque.

[moi]: raaaaaah, j'arrive pas à me remettre de ma crève, je suis tout le temps crevée, j'ai des myalgies, même la nuit.

[n'importe quel pékin doté d'un cerveau aurait répondu] :
si t'avais pas cherché à aller en stage avec 40 de fièvre (ce qui s'est soldé par un cuisant échec : je suis restée 1h30 avant qu'on me renvoie à mes pénates et me suis emplafonnée dans un camion sur le chemin du retour avec la voiture parentale), et que tu t'étais vraiment reposée t'en serai pas là, hein, quant au myalgies, entre ton virus et le fait que tu reviennes d'une semaine de snow intense alors que d'habitude ton summum sportif consiste à enchainer des longueur de piscines en zig zaguant entre les aqua gymeuses, ça t'étonne vraiment ?

Au lieu de ça, j'ai eu le droit à :

[copain 1] : C'est peut être la mono ? Allez t'en as pour un moment, mais ça va aller.
[copain 2,3,4], occultant le fait que je tousse plus vraiment, mais se souvenant du cours sur la coqueluche de la veille :T'es sûre que c'est pas la coqueluche ? Je suis sûr que t'as la coqueluche.
[copain 5] se souvenant aussi d'un cours récent : T'as eu la varicelle ? Parce que si c'est pas le cas, t'es peut être en train de faire une forme pulmonaire, c'est plus fréquent chez l'adulte.
(ouais, c'est ça et le tout sans boutons, des esprits brillants et rationnels je vous dis...)
[copain 6, avec un grand sourire préoccupé], mon préféré : Si t'as une fièvre traînante et que t'es fatiguée, c'est peu être le début d'un lymphome ou autre cancer ?


Ah ben il est beau l'avenir de la médecine.

Au fait, prochain stage : Pédiatrie. Si je ne suis pas morte d'ici là, donc.
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Dimanche 11 mars 2007
Que fait l'externe soucieuse de rester en contact avec sa formation quand elle part en vacances ? Elle tombe malade. Que fait l'externe débile quand elle tombe malade en vacances ? Elle va sur les pistes jusqu'au bout avec un talent d'auto persuasion assez épatant sur le thème "mais oui frissonner et claquer des dents sous ma couette pendant une heure la veille au soir, c'est parfaitement normal, et en aucun cas synonyme de fièvre".
Et que font ses parents en la retrouvant le lendemain de son retour avec 40° de fièvre marmottant que "mais non ça va c'est viral" ?
Abasourdis par le fait que leur fille qui, dans le fond doit avoir quelques neurones -allons, elle n'est pas arrivée jusqu'en D 2 uniquement grâce aux cierges que sa grand mère allume en période de concours-, puisse être aussi conne quelque fois, ils appellent SOS médecins.

Le dit médecin qui, après avoir gentiment dissipé ma gêne (ça aurait parfaitement pu attendre demain mais allez expliquer ça à des parents), a parfaitement illustré le cours sur les Broncho Pneumopathies de l'adulte, en concluant très vite que
- c'était viral (Argument de Fréquence, Pas de foyer pulmonaire etc etc...)
- pas d'examen complémentaires
- en conséquence, traitement symptomatique à base de paracétamol et de sirop (car toux invalidante), de beaucoup de liquide, mouchoirs, repos. Reconsultation à J3 si persistance d'une fièvre élevée.

Etudions maintenant l'ordonnance qu'un médecin de station avait fait à une fille de mon groupe (en fait la chose a traîné de personne en personne, les cas zéros identifiés étant au sein d'un sous-groupe de suédois, d'où le nom si subtil que nous avons trouvé à la chose et qui sert de titre à ce post (non non le nous n'est pas un "nous de majesté", nous étions bien quatre lorsque nous avons baptisé ce virus  (un australien, deux bières et moi)) présentant exactement la même symptomatologie quelques jours plus tôt et qui m'avait laissé perplexe :
Après avoir brillament diagnostiqué une bronchite, il avait prescrit :
Corticoïdes.
Antibiotiques.
Et non, la fille n'était pas asthmatique à la base, ni rien de spécial.

Les seules hypothèses qui me viennent à l'esprit sont :
- Le médecin en question voit toute la journée des patients ultra exigeants qui veulent absolument profiter de leur semaine au ski et demandent à être soignés très vite etc etc, alors pour avoir la paix il sort l'artillerie lourde (les corticoides ??), inutile (Les antibiotiques, c'est pas automatique, faut il le rappeller ? et avec un virus ahem ahem...) mais lénifiante.
- Le médecin en question est vieux, encore sous le choc de la découverte de la pénicilline, et célèbre cette merveilleuse molécule qui a révolutionné la médecine en la prescrivant systématiquement.
- Il touche des royalties sur le trou de la sécu.
- Il est de bonne foi et ignore vraiment la conduite à tenir, mais cette hypothèse ne me plaît vraiment pas.

La première explication me paraît la plus probable mais (presque) la moins souhaitable, car si le médecin renonce à son rôle d'éducation du patient, alors qui va le faire ?

Et enfin, une dernière, assez plausible:
- Je suis une petite prétentieuse et il y a une raison qui m'échappe, si quelqu'un peut me l'expliquer je suis toute ouïe. J'en serai mortifiée mais soulagée et pondrai un mea culpa en bonne et due forme en me flagellant avec mon marteau babinski pendu au bout de mon stétho.

D'ailleurs, ce post en lui même est prétentieux (quand on connaît l'immensité de mon inexpérience), mais vous l'aurez compris, c'est un peu ma marque de fabrique.
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Samedi 3 mars 2007
C'est très simple, si vous en avez une face à vous aux Urgences ou n'importe où, appellez la systématiquement "infirmière". D'autres le font, après tout, pourquoi vous priver ?

Message au brave (tout au fond de lui, je n'en doute pas) malade qui hier, en dépit de la douleur que lui causait son angiocholit a trouvé la force de demander à la chir qui se présentait à lui de façon pourtant explicite (bonjour, je suis votre chirurgien, on va vous opérer de la vésicule blabla) "Mais, il est où LE chirurgien":

Si j'avais été à sa place, je vous aurais pas seulement enlevé votre vésicule, je vous aurais tatoué mon nom sous le téton, ou mieux, "un jour, une femme m'a pénétré" ou dessiné un petit symbole "girl power" quelque part sur votre corps. Je vous laisse deviner où.

J'ai bien conscience que c'était pas du sexisme volontaire de  votre part, que c'était un réflexe de votre insconscient, vous vous attendiez à un chirurgien bronzé et baraqué et vous avez devant vous une femme, vous êtes désemparé. Mais c'est encore pire finalement, parce que ça veut dire que c'est une certitude bien ancrée en vous chir=homme.

"Vous êtes l'infirmière ?"
"Non". Connard, d'ailleurs si tu regardais bien, j'ai pas une tenue d'infirmière, d'ailleurs ton infirmière vient de quitter la chambre, d'ailleurs je me suis déjà présentée hier mais on va faire comme si de rien n'était (Tout ce qui est hors guillemets m'a toujours brûlé les lèvres mais ne les a jamais franchies).

Combien de fois ai je eu cette conversation ? Avec des hommes, souvent, des femmes aussi, des vieux souvent, mais des jeunes aussi. Pas quotidiennement, mais trop souvent, malgré tout.

Non pas que le fait d'être confondue avec une infirmière me pose problème en soi. Mais que certains déduisent systématiquement, parce que je ne suis pas un mec, que je suis sans doute une infirmière m'en pose un. Ou qu'on continue à m'appeller infirmière après que j'ai posément expliqué les choses. (et qu'on le fasse aussi à mon interne (qui n'est pas non plus un mec) ne me rassure pas vraiment)
De même que ça me pose problème qu'on me demande "mais votre collègue il veut pas me la faire la ponction là ?", Non, il veut pas, parce que c'est un stagiaire de 2ème année qui voulait voir comment on ponctionne de l'ascite, et que moi, justement, j'allais lui montrer, parce que je sais, voyez vous. Mais, si vous y tenez vraiment, oui je peux le laisser faire, après tout il est là pour apprendre le jeune homme. Et je peux même sortir de la chambre si je vous gêne.

Alors juste une mise au point.
Habituez vous très vite, parce que à l'avenir, une majorité de médecin seront des femmes. Même votre urologue -j'en connais. Alors préparez vous, parce que si en arrivant dans leur cabinet vous les confondez avec leur sécrétaire, vous aurez l'air fin.
Et vous savez pourquoi ? Parce qu'on a été meilleures en première année, qu'on en a chié pendant toutes nos étude pour devenir compétentes (parce que je n'en doute pas, je verrais le bout de ces études, un jour), tout autant que nos copains mecs, mais en devant en plus supporter les allusions plus que douteuses de certains médecins (si l'esprit carabin est souvent drôle, les libidineux mal placés sont justes pathétiques, de même que les mysogines encore persuadé qu'on fait médecine "pour se trouver un mari". Ouais, si j'étais lesbienne, ça pourrait peutêtre être un bon plan), ou le sexisme latent de gens comme vous.

Alors, en toute sobriété, la prochaine fois que je vous sourirais en répondant "non, je ne suis pas l'infirmière, comme je vous l'ai dit hier je suis externe, donc étudiante en médecine", sachez que derrière cela je pense :

Fuck off. Connard.
(on ne se refait pas, je n'ai jamais su être classe dans l'exaspération)
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Vendredi 2 mars 2007
L'intérêt du stage en chirurgie -obligatoire même si la chirurgie vous attire autant que la procto, en plus de la légendaire amabilité des chirurgiens ortho est d'avoir l'occasion d'aller au bloc. Voire même d'aider le chir.
Le bloc.
Et revoilà la grande amie de l'externe : la Frime. Parce que pouvoir caser dans la conversation "ah ouais, non je suis en retard, je sors du bloc", ça en jette. Au moins aux yeux de tout individu qui ne sait pas bien ce qu'est un externe.

Aller au bloc, la première fois, c'est impressionant, et très exitant. Petits conseils à d'éventuels futurs stagiaires là bas. Le Principe de Base : "Tu Es Probablement En Train De Faire Une Connerie".
1) Au bloc, tout est propre et toi tu es sale. Mais Sale. Même si tu as un pyjama bleu, tu es sale. Tu ne touche en AUCUN cas à quoi que ce soit qui soit de couleur verte, ou bleue, ou posé sur quelque chose de couleur verte, ou bleue.  Mieux, tu ne touches à rien du tout. Tu ne touches pas au malade. Tu ne te rapproches pas trop près des gens, et tu t'écartes de leur chemin. Tu mets ta charlotte sans moufter même si t'as l'air du roi des cons avec.
2) A l'inverse si tu es habillé en stérile, tout est sale et toi tu es propre, du moins tes mains, et les trucs stériles que tu enfile. Et ce n'est pas parce que tu as lavé ton visage au biactol ce matin qu'il est propre. Tu viens de passer 5minutes à te laver les mains, ta maman serait fière de toi, tu as enfilé tes gants stériles dans les règles de l'art (c'est à dire que tu en as gâché deux paires avant de parvenir à les enfiler sanstoucher l'extérieur), alors NON, bon dieu, ce n'est pas le moment de te gratter le nez. Et demander à quelqu'un d'autre de le faire, n'y pense même pas. T'es un grand, tu prends sur toi. Tu entrecroises les doigts de tes deux mains, tu les poses sur ton ventre (si tu as déjà mis la casaque stérile hein), tu te rapproches de la table, et tu bouges pas.
3) Si tu as envie de faire un truc, réfléchis à deux fois, c'est propablement une connerie.
J'ai entendu parler d'un stagiaire de deuxième année qui dans un grand mouvement de bonne volonté avait ramassé une pince tombée par terre et l'avait reposée sur le plateau de l'instrumentiste (stérile ainsi que tout son contenu, et à la différence du sol, cela va sans dire). Je ne sais pas ce qu'il est advenu de lui exactement, mais je suis sûre que dans l'imaginaire du chirurgien, ça impliquait le scialytique, les boyaux du stagiaire, les seconds servant à pendre le stagiaire au premier.

Bon, brisons un peu la frime :
s'il n'est pas en stérile, l'externe a lle droit d'être (dans le meilleur des cas), sur un tabouret, afin de pouvoir regarder l'opération par dessus l'épaule du chirurgien.
Si il est habillé (sous entendu : en stérile, donc d'avoir le droit de toucher au malade), son boulot est relativment simple : tenir les écarteurs, ou des pinces, ou passer des instruments.
Bonheur. A la limite, si il est sage, on le laisse faire un geste totalement sans risque ou suturer à la fin, si la cicatrice implique des points qu'il maîtrise et n'est pas dans un endroit trop visible.
Quand vous tenez les écarteurs, l'avantage est que vous êtes pile au dessus de l'opération et que le chir peut vous apprendre des trucs. Ca a un intérêt pédagogique. Certes. Mais ça vous permet aussi de prendre conscience à quel point ça peut être chiant. Fascinant parfois, rapide, parfois oui. Mais long souvent.

Pendant que le chirurgien bataille pour ouvrir sa voie d'abord (période casse pied de l'opération, ou l'on dissèque, parfois très longtemps, les tissus, afin d'arriver à l'organe voulu), vous tenez les écarteurs, et votre esprit vagabonde.
Vous vous dandinez d'un pied sur l'autre, il est midi et quart, c'est la deuxième opération de la matinée, vous mourrez de faim et vous avez une conscience aiguë des premiers signes d'activation de votre parasympathique (aaah la sueur froide sous la casaque),  et vous cherchez un moyen de parvenir à partir d'une façon honorable, sans donner l'impression de laisser tomber le chirurgien sympa avec vous et qui a encore besoin de vous un peu, mais avant de tomber dans les pommes sur le malade.

Alors, voilà ce que fait réellement l'externe qui, plus tard, frimera avec un amplomb monstre (ne vous y laissez pas prendre) : il meurt de faim pendant que ses varices gonflent.

Il apprend aussi un truc essentiel : ne s'étonner de rien.

Même en assitant un ortho. Les orthos, c'est des bourrins. Ils sont à la chirurgie ce que l'équarisseur est à la boucherie. Leur matériel implique des visseuses électriques, des scies, des clous longs comme le doigt, des tiges de métal grandes comme le bras, bref, c'est des brutes. Ca doit coller avec la personalité.
Il y en a quelques uns qui font des trucs un peu subtil, genre "chirurgie de la main", mais ne vous y laissez pas prendre, tapi en eux, il y a un type capable d'utiliser un instrument ressemblant méchamment à un tire bouchon pour extraire une tête du fémur de sa loge. Ce que l'externe que je suis regarde l'oeil rond,
en tenant à la main la scie que le chir vient d'utilise
r, partagée entre la fascination malsaine (celle surlaquelle jouent les films gores) et une vague nausée.

Même quand le Pr Untel, chir viscéral renommé, la cinquantaine, aimable, drôle, et plutôt pédagogue se met à jurer comme un charretier. En le croisant plus tôt dans les couloirs ou le service, il semblait très normal. Et voilà qu'un matin vous êtes au bloc avec lui, l'opération se complique -un peu-, et là, vous commencez à entendre "bordeldequeuedebitedemerde" (je coupe là, mais c'est allé aussi loin que son souffle le pouvait). Médusée, vous jetez un oeil à la panseuse -impassible, à l'anesthésiste -qui est en train de régler le ventilateur, et enfin au chir, qui à cet instant même, lâche une nouvelle bordée. Soit. Tout a l'air normal, vous pouvez retourner à votre préoccupation du moment : tenir votre écarteur en vous demandant s'il y aura des frites à la cantine.

Même quand vous êtes avec le "deux en un". Il est très drôle. Quand il est fier de lui il vous montre "ah regardez ça, c'est du bon boulot". C'est pas tellement de la prétention, mais de la fierté quasi puérile, celle du gosse de 5 ans qui vous montre ses réalisations en pâte à modeler. Et puis il est plutôt sympathique. L'instant d'après, une chose de travers, et voilà ce type qui à première vue vous paraissait sain d'esprit, qui s'auto engueule "ah t'es vraiment un gros nul, gros con va" (j'édulcore le language).
Restez impassible.

Mais même habitué à toutes ces bizarreries, vous finirez surpris  :
 
Au bloc avec le chef de viscéral, un type brillant et altier hors bloc, mais vous savez bien que ça ne veut pas forcément dire quelque chose ici. Opération cauchemardesque dès le début. L'interne sue à grosses gouttes, maugrée dans son masque, vous tenez vaguement une ou deux pinces, la dissection est pénible. Et au bout de trois quarts d'heures, une nouvelle difficulté surgit, l'interne gémit, vous manquez en pleurer de frustration..
Et là, surviennent, les premiers mots autres que "Bip', bistouri froid, dissecteur" ou autres qu'un conseil à l'interne ou à vous, prononcés  par le chef depuis le début de l'opération :
"Ah, la Barbe".
La classe, tout simplement.

[Je ne me suis donc pas pendue. J'ai changé d'aîle dans le service : en viscéral, en laissant GP et GC derrière moi (on se reverra pour les évaluations de stage, bonheur). J'aime les viscéraux,  déjà parce qu'ils ne se détestent pas les un les autres, et surtout parce que les chefs sont aimables et pédagogues et les internes adorables.]

Par Ephélide - Publié dans : Lexique
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Dimanche 18 février 2007
Si les partiels ne servent pas à cela, et j'entends par "cela" profiter de la pure liberté qui suit, (pure du moins si on oublie le stage le matin), ce qui consiste donc à condenser en une semaine tout ce dont on a été frustrée le mois précédent, entre ciné, restos, flirt à deux balles pour le plaisir d'y croire un peu, et surtout le soir de la dernière épreuve, soirée capitale à ne pas louper, aller voir une amie pas en médecine (ce point de détail est important), manger des crêpes en faisant méthodiquement un sort à la malheureuse bouteille de blanc, à la santé des profs qui posent des questions même pas traitées en cours, parce que bordel, qu'est ce que la tuberculose venait faire au 1er semestre, hein?, et qu'est ce que cette putain d'hépatite C faisait là?, du coup traverser la matinée de stage suivante un peu nébuleusement, puis aller à Paris, acheter un ou deux bouquins de cours pour le 2nd semestre (parce que le 1er a fait mal aux dents quand même), et surtout finir la journée sur ces petits bijoux que sont 12h08 à l'est de Bucarest et La vie des autres (j'enfonce des portes ouvertes), franchement je ne sais pas à quoi ils servent (les partiels, oui oui, c'est bien de cela dont il était question à l'origine).


Non bon, en vrai, tout cela permet de ne pas prendre TOUT de suite conscience que vous êtes un boulet. Vous ne ferez ça que deux jours après la dernière épreuve, les idées un peu plus claires à nouveau, quand vous réalisez que vous avez plus ou moins tué un de vos patients (virtuel hein), dans un cas clinique...
Bon je dramatise, je l'ai pas tué, j'ai juste foutu ses reins en l'air. Ce qui est gênant. Un peu.
De l'art d'envoyer un malade faire un TDM injecté alors qu'il est insuffisant rénal. (et que, les 2 grandes contre indications sont, l'allergie au produit de contraste, et l'insuffisance rénale bien sûr). Le pire étant que j'ai justifié la nécessité de l'examen pendant 5 ou 6 lignes, on sent que je suis vachement contente de moi d'y avoir pensé, hein.

Hum...
Je parlerai de choses moins inintéressantes quand j'aurais officiellement décidé de ne pas me pendre.

(certes, il vaut mieux faire ça maintenant que le jour de l'internat, mais quand même, ya des baffes qui se perdent).

Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Dimanche 11 février 2007
La Garde, pour l'étudiant en médecine dans ses premières années, ça fait partie avec la Blouse Blanche et le Stétho du package qui fera de lui un médecin. Au moins aux yeux des autres.
Alors, sa première garde, dans le fond, il n'attend que ça. Ca a son petit côté rite de passage.
Ne vous y trompez pas si vous en entendez un vous dire d'un air affecté
ah non, pas ce soir là je peux pas je suis de garde, en dépit de la mine sinistre qu'il affiche, il jubile intérieurement de pouvoir caser cette phrase dans la conversation. Quelque part, ça le dédommage un peu, et c'est tant mieux, car ce ne sont pas ses 20€ d'indemnités (montant fixe, même pour les nuits de dimanche ou de jour férié) qui le feront.

Il s'imagine déjà Urgences, de l'action, du sang, de l'excitation, faire une sternotomie avec les dents pour pouvoir faire un massage cardiaque interne.
Vous l'aurez compris, il a trop regardé Urgences. Alors disons le tout net, les urgences, ça n'a rien à voir. Mais alors rien à voir du tout.

En France, bien souvent (et idéalement), les cas les plus critiques sont pris en charge par le samu et emenés directement en Réa (l'idéal étant donc de faire des gardes en réa).

Pendant ce temps là, quelques étages plus bas, l'externe fraîchement émoulu commence à déchanter. Il se sent un peu dans la peau d'un gamin à qui l'on aurait promis qu'il pourrait jouer aux cowboys et indiens à balles réelles et qui se retrouve à faire une partie endiablée de petits chevaux avec Tatie Georgette qui a un poireau qui pique sur la joue et lui fait manger des gâteaux moisis en accompagnement de sa camomille.

Le pire étant les gardes de chir car aux Urgences on ne voit alors que les foulures, les poignets cassés ou les arcades ouvertes, pendant que l'externe de med, lui, au moins, voit de vraies pathologies de temps à autre (noyées au milieu de bricoles), IDM ou EP...

Parfois il y a vraiment des choses spectaculaires, mais ça c'est une fois par an, quand le soleil batifole avec la Lune, que Mars est dans la maison de Jupiter à prendre le pied (le thé voulais je écrire, mais le lapsus est suffisamment stupide pour mériter d'être laissé en place) avec Pluton, et, surtout, condition sine qua non, que l'Externe de garde a le dos tourné.
Bonheur.

Les gardes se veulent un excellent exercice pédagogique (en dehors du fait qu'on donne un sérieux coup de main). Ce qui n'est pas faux. C'est intéressant de voir les patients en premier hors cadre bien défini, ça entraine à l'analyse clinique, aller à l'essentiel, quels examens je fais, quels prélèvements, est il nécessaire d'hospitaliser. Vous gagnez en autonomie. Les ECG, envoyer les gens faire les radios etc.
Ca c'est la théorie. Qui se vérifie parfois. Si les urgences ne sont pas en train d'imploser, que votre sénior est sympa. Et que lla garde est calme, quoi. Ce qui dans un des deux hôpitaux où je fais des gardes est rarissime: on est saturés quasi en permanence.

En pratique, on apprend surtout deux choses fondamentales :
1) Les gens sont cons quand ils sont bourrés. Mais alors vraiment cons. Ca va du mec qui donne un coup de poing dans une vitre (le grand classique), ou dans un mur (très virilement con) aux défis idiots (vas y saute du mur, garçon, saute du mur), en passant par toutes les bagares possibles et imaginables, ou la chute bête.

2) Les gens peuvent être cons même sobres. J'ai  déjà vu un amant, qui au lieu de se cacher dans un placard comme tout amant qui se respecte, a décidé que la meilleure façon d'échapper au retour du mari était de sauter par la fenêtre. Du deuxième étage.
D'un certain côté, Le mari a peut être été suffisament distrait par le fait qu'un mec à poil venait de s'éclater sur le trottoir en contrebas de sa fenêtre pour réaliser que sa femme était en tenue d'ève dans son lit. Je vous rassure tout de suite, la femme et l'amant vont bien.
On était un peu inquiets quand le type en question assurait ne se souvenir de rien, (non non je ne comprends pas, les pompiers m'ont ramassé c'est tout), puis quand il nous a raconté l'histoire in extenso ("ah oui ça y est ça me reviens" (tu parles charles)), on a compris que ce n'était pas un problème neuro, mais bien un mécanisme d'auto défense de son amour propre.

Il y a une multitudes de gens n'ayant rien en commun qui viennent aux Urgences
Il y a les Tri 5. Qu'on pourrait tout aussi bien appeller "je n'ai rien à faire ici", mais ce serait trop long à écrire. Tri 5 ça veut dire qu'à peut près tout le monde est prioritaire sur eux. Sauf l'autre tri 5 qui est arrivé après. Ils sont venus en espérant que ce soit plus simple que chez leur médecin traitant, et dommage pour eux, voilà trois heures (au moins) qu'ils attendent. Au début on culpabilise vraiment en voyant le délai. Puis on voit le motif d'admission "douleur au fond du palais depuis 3mois". "Légère céphalée depuis 15jours". Et on déculpabilise. Parce que dans le fond leur présence montre bien la confusion qui règne... Urgences ne veut pas dire "consultation médicale sans rendez vous", mais Urgences. C'est pour ça qu'on les a appellées ainsi d'ailleurs.
Certains finissent par partir, lassés, d'autres au contraire s'obstinent, et s'énervent dans leur coin.

Et ce qui devait arriver arrive, Mr "Douleur au fond du palais depuis 3 mois", un peu agacé par de longues heures d'attente finit par s'en prendre à une blouse blanche quelconque venue chercher quelqu'un d'autre dans la salle d'attente. Quelqu'un d'arrivé après lui.
C'est un scandale, et apparement au delà de ses facultés intellectuelles de comprendre que quelqu'un qui vomit et a la nuque raide, ou qui crache du sang mettons, est plus urgent que lui. 

Il y a les hypochondriaques. On lit "traumatisme Crânien" sur la feuille remplie à l'accueil, et en creusant un peu on obtient la traduction : "Je suis tombée à la renverse de mon banc de gymnastique haut de 5cm sur un tapis en mousse, tout allait bien mais ce soir en me couchant, je me suis dit "Ah mais quand même, et si j'avais quelque chose"".

Le samedi soir il y a les sportifs blessés lors de matchs amateurs, entorses, point de sutures... Le dimanche, il y a les footballeurs, joggeurs, le dimanche soir, les bricolos, le mercredi, les gamins.

Et puis il y a la misère humaine, des gens aux conditions de vie incroyablement précaires ou sdf, dont la vie part en lambeaux sans qu'ils ne comprennent vraiment pourquoi, les femmes battues, parfois.
Et aux petites heures du matin, le lot de naufragés pour qui l'aube était vraiment trop loin, qui arrivent avec des plaintes somatiques invraisemblables juste pour être écoutés, ou de TS volontairement ratées.

L'avantage étant que tout cela fait une provision quasi inépuisable d'anectodes, qui à postériori sont hilarantes. On rit même de choses en soi absolument pas risibles. Comme les TS faites par des moyens dérisoires par exemple (overdose d'herbes chinoises, de laxatifs, deux gorgées de paic vaisselle et j'en passe). On ne respecte rien ma bonne dame.

A ceux qui seraient tentés de me taxer de cynisme pour cela, qu'ils aient bien conscience que la différence fondamentale entre eux, que ça ne fait pas rire, et ils ont bien raison, et moi, c'est que moi, à quatre heures du matin, quand cette personne arrive et que le téléphone sonne dans la chambre de garde (si je vennais de me coucher) ou que je m'apprêtais à aller dormir, j'y retourne, je prends le dossier, je m'enferme dans le box avec le patient.
Et  je reste là, après un examen clinique rapide à écouter des histoires tristes à en pleurer, car quelque soit le malaise qui vous pousse à attenter à votre vie, même par des moyens dérisoires, il est intolérable.
Et je suis là, donc, impuissante comme jamais, car ils sont au delà de l'aide que je suis en mesure de proposer -je n'ai pas fait de psy, et c'est un travail de longue haleine-. J'attends le psy de garde ou que la personne aille un peu moins mal pour partir.
Que mon impuissance face à leur douleur, j'ai du mal à la gêrer. Alors si je n'en ris pas je ne le fais pas.

Hier soir, une jeune ado, 16 ans, trop mince dans ses habits, venait pour problèmes gynécos. J'ai un peu parlé avec elle, seule, avant de faire rentrer son père. Pour qu'elle me dise ce que son père ne pouvait pas entendre, à ma question sur un éventuel rapport avant le début des symptômes, elle a rougit et s'est assurée que j'étais tenue au secret professionnel même vis à vis de son père. Tout était dit, et je n'avais presque pas besoin qu'elle achève.
Et soudain, j'ai été frappée par sa beauté fragile, même à minuit sur son brancard d
'hôpital, pas celle à laquelle les séries pour ados américaines essaient de nous faire croire, mais quelque chose de plus universel qui émanait d'elle,
une grâce maladroite et inconsciente d'elle même.

(ce post est confus, non ?.. C'est la fatigue)
Par Ephélide - Publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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Dimanche 4 février 2007
A défaut d'une claque de ma main dans sa gueule, un tout petit bonheur au coin duquel je me réchauffe quand l'agressivité reprend le dessus.

Comme GP et GC ne peuvent pas toujours avoir le dessus, on passera sous silence ce jeudi soir où ils ont réussi à me faire pleurer à distance. Ils n'en savent rien et là est l'essentiel, j'ai trop entendu à propos de certains "ohlàlà, lui il en a fait pleurer plus d'une" dit sur un ton mi-répprobateur-pour-la-forme mi-admiratif, pour avoir envie de faire partie d'un quelconque tableau de chasse.
En fait la fatigue accumulée des réveils matinaux, du stage usant nerveusement, des révisions et d'une garde mercredi soir -la veille donc-, n'a pas résisté au coup de fil de mon co-externe m'avertissant que "ils étaient mécontents que tu ne sois pas venue ce matin, d'après eux on a PAS le droit au repos de sécurité (qui nous autorise à ne pas aller en stage un lendemain de garde), alors méfie toi demain matin, te laisse pas déstabiliser". Lui même devant être absent le lendemain il préférait m'avertir, grand bien lui en a pris. Un gros partiel m'attendant après le stage, ce n'était pas le moment de perdre contenan
ce.

Revenons plus tôt dans la semaine et
concentrons nous sur le plus drôle.
Nous sommes lundi matin.
Godeffroy en grande forme débarque dans le bureau des internes où, les dits internes mon coexterne et moi-même, lisons les dossiers des personnes admises en urgence et devant être opérées le jour même, qu'il nous faudra donc présenter au staff.
GC prend un dossier, parcours le compte rendu des urgences, et, rubrique "antécédents", tombe en arrêt sur une abréviation.
Il ne la connaît pas, et se lance alors dans un de ces laïus chiantissimes pseudo pédagogiques dont il a le secret, qui se veulent didactiques mais qui devraient plutôt s'intituler "J'ai une opinion sur tout, même quand c'est pas de la chirurgie et voici la médecine telle que je la vois" (en l'occurence, avec du caca dans les yeux).

Le laïus du jour ayant pour thème "Yen a marre de ces gros incapables des urgences (les urgentistes apprécieront), faut pas utiliser des abbréviations que personne ne connaît, il y en a quelques une qui sont universelles, comme HTA, mais sinon il ne faut pas! Quelle bande d'abrutis, maintenant on sait pas ce qu'il a ce patient.".
Un peu las, mon coexterne et moi jettons un oeil sur l'abbréviation coupable pointée par un doigt rageur, et relevons la tête avec un bel ensemble "Ah mais ça veut dire Dégénérescence Maculaire Liée à l'Age". On est bien braves et on pensait aider, promis, il n'y avait aucune arrière pensée, la jubilation n'est venue qu'après, en voyant l'effet de ces quelques mots. Je n'aurai jamais qualifié cela "d'avoir le dessus", si il n'avait pas réagit comme il l'a fait.

GC marque un temps d'arrêt. Nous dévisage, reprend sa respiration.
Sous nos yeux ébahis, il hausse le ton, et commence un discours d'une mauvaise foi inébranlable affirmant que "merde, c'est une abbréviation de spécialistes, ça devrait pas être utilisé comme ça, ne l'utilisez pas les jeunes! Je suis pas sûr que ce soit admis aux ECN! Je dis pas que ça existe pas, je veux bien que les ophtalmos entre eux l'utilisent, mais en dehors personne ne devrait le faire, surtout pas vous, je dis ça pour vous, hein,  parce que personne ne vous comprendra...". Le tout débité en s'agitant fébrilement, s'interrompant de temps à autre, nous laissant croire qu'il a finit, mais reprenant de plus belle cinq minutes plus tard, un nouvel argument ayant éclot dans son petit cerveau de chirurgien [Disclaimer ! Ceci n'est qu'un trait d'humour sans sous entendu, je suis sûre que il y a beaucoup de chirurgiens gentils et au cerveau normalement proportionné et que même si ce n'était pas le cas ils n'en seraient pas moins digne de respect, que tous ceux qui ont un chirurgien dans leur famille ou sont chir eux même veuillent bien m'en excuser, j'ai cédé à la facilité].

Les yeux ronds je le regarde et dois me rendre à l'évidence... Il est vexé comme un pou.
Le voilà qui, depuis 10minutes se justifie et affirme avec un culot incroyable que "ce n'est même pas une étiologie courante", (vérification faite,c'est une des premières causes de cécité de l'adulte avec la cataracte), semblant oublier qu'il est chir, que personne ne lui demande d'être super bon en médecine et encore moins en ophtalmo.

Sa réaction d'un lamentable rare me ravissant au plus au point, je scrute le bout de mes chaussures, faisant mon possible pour ne pas lui rire au nez. Que ce type à l'égo si monstrueux se sente ainsi menacé parce que deux externes connaissent une abréviation qu'il ignore me comble de bonheur.

Au bout d'une semaine, il n'avait toujours pas digéré l'affaire, nous réexpliquant de temps en temps (revenant là dessus à tout propos) à quel point les abréviations sont néfastes et ne doivent en aucun cas être employées, hein, avec un faux détachement dans la voix.

Quant à moi, au bout de la semaine, chacune des petites explosions de son pathétique orgueil si stupidement blessé me font toujours le même effet :
Je suis envahie d'un tel ravissement que je frôle régulièrement l'évanouissement.

Mercredi, grand staff, un interne perdait pied sous le feu de leurs questions (le grand staff est assez terrifiant et les chirurgiens plus exigeants que jamais (ce qui chez eux se manifeste malheureusement par un ton agressif)), et plus il coulait, plus il était hilare, ayant manifestement atteint cet état d'esprit où les choses sont tellement pourries qu'elles ne peuvent plus s'empirer et se détachent de vous, flottant dans l'immensité de vos problèmes.
Je suis passée au bord de l'asphyxie à essayer de ne pas rire, et je l'aurai volontiers embrassé, face à lui, les gros paraissaient plus vains que jamais.

Mercredi soir, de garde, donc, lorsque je voyais un patient suceptible d'être hospitalisé en ortho, je remplissais avec soin la case antécédents, usant d'un maximum d'abréviations.
La résistance passive a des charmes insoupçonnés. (on fait ce qu'on peut)
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Samedi 27 janvier 2007
[P1 qui recherche de la motivation, surtout ne lis pas cela, et garde en toi cette illusion stupide "la p1, c'est le plus dur".
A partir d'un moment (celui où l'on réalise la masse de travail pour l'internat, et je suis pas persuadée de l'avoir vraiment fait encore) on comprend que cette phrase est la plus drôle du monde.]

Janvier, l'externe moyen révise ses partiels en essayant de pas trop penser au fait que ça va aller en s'empirant, c'est pas comme d'habitude, c'est pas un exam qu'on révise une fois et c'est finit. Et non, il va falloir remettre ça, encore et encore, pendant trois ans, sans prendre de retard. Compulsivement on relit, et rerelit, en espérant que ça finira par rentrer (aah, la joie des maladies infs), ou on procrastine (en faisant des posts tout pourris ici par exemple, et  parce qu'on a oublié toutes ses annales chez soi et qu'on est dans l'appart parental pour le week end**) en culbabilisant, et surtout, surtout, en se disant que putain (parce que c'est une période de l'année qui rend vulgaire), ceux qui ont fait dentaire et qui ont pratiquement finit leurs études avaient tout compris en ce jour de juillet 2004 où ils ont refusé une place en P2 pour s'inscrire en dentaire (et que fait on de toutes ces parenthèses ?).

On glande autour de la machine à café, les discussions volent bas, sur le thème "j'aurais mieux fait de faire caissière à cora, intellectuellement c'est reposant". Normalement, à ce moment, il y aura toujours un petit rigolo qui sera tenté de dire "ou chirurgien, hein, intellectuellement c'est du même niveau", mais les chirs ont eu leur internat en leur temps, alors on se la ferme.
Certes, dans le fond, on les a choisies ces études et on aime ce qu'on fait, mais on aime encore plus se plaindre et se noyer dans l'auto complaisance.


Honte sur moi, hier matin en staff, j'ose présenter mon patient admis pendant la nuit et dont le dossier a disparu : j'accroche au négatoscope le seul examen disponible, à savoir son IRM (le plus important de toutes façons) seul élément du dossier que j'aie réussi à trouver....
I
l fallait s'y attendre : introuvable n'est pas français pour l'imposant chirurgien qui dirige plus ou moins le côté "orthopédie" de ce service de "chir générale".
Effondré sur sa chaise, il m'interrompt et me foudroie de ses yeux porcins "non, mais attends, il est où son dossier ?". L'absence du dossier le rend furibard et ça me retombe dessus (évidemment) ; j'essaie d'objecter quelque chose, que je suis allée le voir le patient, je l'ai interrogé et examiné, avant le staff par acquis de conscience, bref  que je le CONNAIS, merde, et que je peux le présenter, même sans le dossier complet.
Eh bien non,  non, ce n'est pas assez pour lui, il m'assène l'argument qui tue "il a FORCEMENT le dossier des urgences avec lui", et me regarde ensuite s'attendant apparament à ce que je ponde le dossier ou à ce que je le sorte de sous ma chemise genre "ahaha pouet pouet je vous ai bien eus".
S
a mauvaise foi n'ayant pas de limite, j'attends que ça passe, pendant qu'il enchaîne. Content de lui, de toute évidence, suintant la satisfaction d'enfoncer ainsi la "gamine" devant sa cour, pendant qu'un coin de son esprit prépare sans doute la prochaine blague mysogine qu'il sortira à propos d'une mamie et d'un col du fémur pété, "vieille femelle ostéoporotique qu'il faudrait piquer". Habituellement ça me glisse dessus, mais là, il est un peu tôt, et en le voyant face à moi, confit dans sa graisse, j'en ai presque la nausée.

GC, ayant manifestement le sentiment que GP (Gros Porc) a besoin d'aide, ou, ne supportant pas de se faire voler la vedette, allez savoir s'y met aussi "Non mais t'es sûre qu'il est pas là ?".
Il me faut me mordre les joues pour me retenir d'être vraiment désobligeante ou d'éclater de rire... oui, j'en suis sûre : j'étais dans le service en même temps que les internes, c'est à dire 20 minutes avant votre arrivée, à vous les gros... les internes m'ont refilé le bébé, et hop, j'ai fouillé tous les chariots et les casiers... mais vous avez raison. Restons concentrés sur le dossier absent et oublions le fait que le seul examen ici présent est là parce que j'ai fait l'effort d'aller le chercher pendant que vous étiez encore en chemin vers l'hôpital, et continuons à gaspiller le temps de tout le monde. On a bien compris que vous étiez chirs, et qu'il fallait pas vous demander de réfléchir, hein.

Ravalant tout cela de travers, j'abandonne, pas envie de leur donner la satisfaction de ne serait ce que rougir devant leurs remarques, je tourne les talons, faisant mine d'aller chercher de nouveau ce foutu dossier.Tous ces crétins ayant réussi à me faire douter de moi, je vérifie une dernière fois l'abscence du truc et, finalement, me réfugie sur la passerelle de verre qui relie l'entrée du service au bâtiment principal. petit mais alors tout petit Havre, d'Où on peut profiter d'un panorama assez sympa, si l'on oublie les voies rapides au premier plan, et cela a quelque chose d'apaisant.
J'aimerais bien aller boire un café en bas, ou me réfugier dans le service voisin, auprès d'amis externes, faire le plein de sympathie, mais il n'est 8h20 et la journée commence, alors je reste là, dans ce shoot d'eau de javel et de puanteur qui émane d'une chambre non loin, à regarder la banlieue ébrouer son sommeil.


Un peu plus tard, un anesthésiste en goguette dans le service croise mon regard alors que GC passe en gesticulant entre nous. Ni l'un ni l'autre ne pouvons retenir un sourire narquois. Mais le mien doit être teinté d'amertume parce que l'anesthésiste  se rapproche de moi et me tape sur l'épaule, l'oeil rieur.T'inquiète pas, ça va aller.

Sur les observs que je rédige soigneusement et que GC aime à relire derrière moi pour pouvoir faire des remarques aussi débiles que "c'est parfois trop détaillé" (quand on sait que mes observs font une page et demi grand maximum, le terme détaillé est vraiment hilarant), j'essaie de tourner mes phrases afin de caser anodinement ces capitales :
FUCK, ou plus expansive JE TEMMERDE.
Mes tournures de phrases en pâtissent parfois souvent,
c'est puéril et d'un débile fini.

Mais bon, je résiste comme je peux, et il n'y a pas toujours des anesthésistes pour me donner des signes de sympathie.

Le pire étant que ça me fait rire.

On va mettre ça sur le compte des exams, hein.

*ok c'est pas le bon terme en fait, mais c'était plus court que "J'en suis réduite à mettre des insultes cachées dans mes observations et je me crois maligne"
**QUI a dit "oh le bel acte manqué ?"
PS: Je vous rassure, dans le service, il y a une kiné et une assistante sociale adorable, toutes aussi navrées que moi par eux, et deux autres chirs, que je vois très très rarement, mais qui sont corrects et pédagogues quand je descends au bloc avec eux, trop rarement.
Par Ephélide - Publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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Samedi 20 janvier 2007
Hier matin, je traversais le hall de l'hôpital en courant pour rattrapper la patiente dont j'étais censée faire l'observ' et qui était censée se trouver dans sa chambre. Mais son lit était vide, j'avais fouillé le service avant de comprendre qu'elle était partie DieuSaitOu, sans que personne ne le remarque. En réalité elle était au pied de l'hôpital, hors du bâtiment, pyjama vert et pied à perf à ses côtés, fumant une clope offerte par une autre malade rencontrée là.
Je courais donc vers elle, tout en tentant de retenir mes carnets, stylos, et sthétoscopes dans mes poches de blouse, et à cet instant précis, sous les yeux des gens qui vaquaient là, les derniers restes de ma crédibilité m'ont quitté.

J'ai donc réccupéré Mme X sous les regards rieurs des autres personnes prenant l'air à l'extérieur, et essayé de lui faire comprendre que On Ne Quitte Pas Un Service Sans Prévenir Personne, et il m'est très clairement apparu qu'elle était "un peu psy" comme on dit pudiquement.

En même temps Mme X venant de se faire tabasser par des membres de sa famille, elle avait le droit de l'être.

Revennue dans sa chambre, je déployais déjà mentalement le plan des questions qu'il me fallait lui poser pour rédiger correctement mon observation, mais avant même que j'ouvre la bouche,  un flot interrompu (mais alors vraiment ininterrompu) de paroles sorti de la sienne. J'attendais une pause, des éléments dans son discours surlesquels rebondir pour placer mes questions, mais c'était quasiment impossible. Les minutes filaient et elle enchainait les anectodes sans reprendre haleine, tandis que je dégageais laborieusement quelques points médicalement importants.

En sortant mon coexterne exaspéré (et désoeuvré qui avait donc tenu à venir avec moi) me dit "t'es vraiment trop gentille". Ce à quoi ma réponse un peu débile fut "Tu vois, elle vient de se faire tabasser, je considère qu'elle a le droit de s'épancher, et j'avais rien de vraiment mieux à faire, c'est pas comme si j'avais d'autres patients à voir". Mais là n'était pas la vraie raison.

Quelque chose dans son discours m'avait à la fois attristée et fascinée, en l'écoutant s'égarer dans des anectodes sur sa vie et celle de sa famille.
De ce flot de paroles, se dégageaient les grandes lignes de son quotidien, un marasme absolu, un concentré de misère sociale à pleurer. Avec des neveux et nièces à la DDASS, une fille dans la nature, un frère et une belle soeur qui l'avaient rackettée et tabassée pour quelques grammes de drogue de plus.
J'entrevoyais son quotidien, entre aides sociales, tutelle, compagnon injoignable autrement que par l'intermédiaire de juges ou tutelles (sans que je comprenne vraiment pourquoi), aides alimentaires et un peu de charité du voisinage pour survivre.

Et au milieu de tout cela, maladroitement, elle ne cessait de répêter ce qui faisait d'elle et selon elle quelqu'un à la conscience citoyenne très développée, de mettre en avant son implication dans le social et l'associatif, sa volonté d'aider les autres,.Un altruisme éperdu, qui dans sa situation était un exutoire tellement évident à son propre quotidien, qu'il en devenait immensément poignant.

Et plus poignante encore, était sa volonté de mettre cela en avant, ainsi que de parler de  sa soif de lire ou de s'instruire, qu'elle ne cessait de souligner maladroitement, arguant qu'elle préfèrait écouter france Inter que Skyrock, et lire le plus possible, des livres de "gens impliqués, comme le testament de l'abbé pierre", ou donner et s'impliquer dans les bonnes oeuvres. Comme si chaque instant, chaque geste de son quotidien devait être à propos de l'autre, de la misère du monde.
Un concentré de bons sentiments, qui émanait d'une femme au visage tuméfié double oeil au beurre noir et collier cervical.

Cette façon de monter en épingle sa bonté et ses bons sentiments universels, avait quelque chose d'un cri pour de la dignité, un pladoyer pour sa propre personnalité, comme une supplique à ne pas voir de la pitié mais quelque chose de positif dans mes yeux.
Tout son être criait qu'elle refusait d'être uniquement "la pauvre femme qui s'était fait tabasser par sa famille", ou "le cas social", comme si c'était la seule façon de nous faire oublier ses bleus de lire du respect sur nos visages.

Et c'est cela qui me fascinait au final, son mécanisme de résistance à sa misère quotidienne, cruellement mis à nu dans cette situation, et rendu presque grotesque par son faciès tuméfié.

Je n'avais pas pitié d'elle, mais une espèce d'intense sympathie (ou empathie ?), même si le terme n'est pas vraiment celui là, qui m'empèchait de lui couper la parole pour poser des questions dont je n'avais pas besoin plus que ça.
Je suis contentée, d'un examen physique rapide, (car il avait déjà était fait avant moi de façon exhaustive aux urgences et complété d'un Scanner corps entier, et qu'elle devait repartir le lendemain), puis, de l'écouter, en approuvant vaguement aux points forts de son discours. Je l'écoutais parler de ses livres, de la faim en afrique et des enfants de Don Quichotte, de ses emplois "dans l'animation, le social ou l'associatif, enfin quelque chose de citoyen", sans savoir quelle part était fantasmée et quelle part était réelle; tout en couchant sur le papier mon observation, et mon examen clinique, une longue description de tuméfactions et de bleus.
 Omoplates, visage, oeil droit, gauche, fosses lombaires, bras, cuisses.

Médicalement mon interrogatoire était nullissime, mon examen clinique sommaire, mais ce matin là, il me semblait impossible d'être médicale.
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Vendredi 12 janvier 2007
Mercredi matin, réveillée en sueur, une heure avant le déclenchement de mon radio réveil. Je vérifie frénétiquement l'heure, paniquée à l'idée de ne pas l'avoir entendu: Je me suis réveillée de moi même et vu que j'ai une heure de bus pour aller en stage où je suis tenue d'être à 7h50 pétantes, vous comprendrez aisément que je trouve cela anormal.
C'est alors que je me souviens des derniers instants du rêve expliquant mon réveil : un insecte se faisait piétinner, encore et encore. C'était sanglant. J'ai du vaguement m'identifier à la chose, d'où le réveil.

Je suis pas très forte en interprétation psychanalytique de rêves, mais je subbodore que ça a un lien avec GC. Godeffroy le Cyclothymique, aka Gros Cinglé, mais ça marche avec plein d'autres trucs pas aimables.

Une de mes grandes activités en stage, (ça aide à oublier le gros sentiment de honte vis à vis des patients ressenti pendant la visite où aucun chir ne leur parle vraiment) est d'imaginer les différentes réponses possibles à cet abruti.
Qui toutes, à mon avis, le mèneraient à la crise d'apoplexie, ce qui ajoute de l'intérêt au jeu

[sursaut d'orgueil] : Ah ouais ? ah ouais le gros ? Ce que tu ne sais pas c'est qu'un jour je serai chirurgienne, bien meilleure que toi, je dirigerais un service, et tu te traîneras à mes pieds pour récolter les miettes de mon savoir.
(sauf que je ne veux pas être chir)

[placide] : Hein ? Pardon ? J'ai mal compris ce que vous avez dit. Pourriez vous répêter plus doucement, en articulant bien je vous prie ?

[la compréhensive] : Vous avez des problèmes relationnels avec les femmes ? Vous voulez en parler ? Calmez vous. lààà, lààà, respirez un grand coup. Leentement. Leeeeeeeentement. Calez vous sur ma respiration. Allez, ensemble, on inspire. Mais enfin calmez vous. Retirez les mains de mon cou. RETIREZ LES. Non. Serrer n'est pas une solution. Vraiment pas. vraim...

[la condescendante] : Ecoutez, je comprends que vous vous sentiez menacé par ma beauté, mon intelligence clinique et mon sens inné du relationnel avec mes patients. C'est humain, et la plupart des gens ressentent ça en ma présence. Il n'y a pas que quoi avoir honte. Mais quand même, cessez de crier.

[curieuse] : Vous êtes sûr que c'est absolument normal votre veine qui palpite, là, sur le front ?

[admirative] : Vous savez, avec un coffre pareil, vous auriez dû être chanteur. Si je vous laisse le numéro de ma grand mère qui cherche des voix graves pour sa chorale, vous me promettez de l'appeller ?

[concernée] : Vous devriez faire une pause de temps en temps, sinon vous n'aurez plus de voix demain. Et vous devriez trouver un exutoire plus sain à votre agressivité.

[consciencieuse] : Ne pas sourire, dites vous ? Noté. Mais me moquer des petites vieilles devant elles, comme vous ? Oui, ça c'est ok ? oh. Je suis loin de saisir toutes les subtilités, hein, j'ai encore du boulot.

[informative] : Vous savez si vous avez des problèmes pour.. euh, enfin, si vous... Ya pas de honte hein, faut pas rester comme ça, tout frustré. Le viagra, c'est pas pour les chiens.

[logique] : Si je suis une sous-merde, j'en conclus que vous êtes...
(non rassurez vous il ne m'a pas encore appellée ainsi, mais son comportement est plutôt clair. Quoique je dois également avoir un petit côté clebs, car quand il est content il adoore nous tapoter le dos (voire la tête) en disant "c'est bien". Je ne plaisante pas)

[médicale] : En un sens vous avez raison d'évacuer tout ce stress, ça vous évite peut être des TFI ou un infarctus, mais je doute que ce soit très bon pour mon audition. Puis je compter une diminution de mon audiogramme comme Maladie Professionnelle ?

[psy] : Etes vous sûr d'avoir réglé tous vos conflits oedipiens avec votre maman ? Parce que votre acharnement sur les plus faibles, de préférence les filles, ça a de quoi étonner hein.

Voyez à quoi j'en suis réduite.

En tout cas je connais peu de gens à être parvenus à se décrédibiliser aussi totalement et rapidement à mes yeux. Vraiment très peu.

Je parlerai de choses intéressantes un autre jour. (Comme le manque de communication chir/patients, la mauvaise gestion du côté "médical" (et non chir) des patients, la honte de la visite, parfois..). Mais ce soir, rien à dire d'intéressant.
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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