Samedi 3 mars 2007
C'est très simple, si vous en avez une face à vous aux Urgences ou n'importe où, appellez la systématiquement "infirmière". D'autres le font, après tout, pourquoi vous priver ?

Message au brave (tout au fond de lui, je n'en doute pas) malade qui hier, en dépit de la douleur que lui causait son angiocholit a trouvé la force de demander à la chir qui se présentait à lui de façon pourtant explicite (bonjour, je suis votre chirurgien, on va vous opérer de la vésicule blabla) "Mais, il est où LE chirurgien":

Si j'avais été à sa place, je vous aurais pas seulement enlevé votre vésicule, je vous aurais tatoué mon nom sous le téton, ou mieux, "un jour, une femme m'a pénétré" ou dessiné un petit symbole "girl power" quelque part sur votre corps. Je vous laisse deviner où.

J'ai bien conscience que c'était pas du sexisme volontaire de  votre part, que c'était un réflexe de votre insconscient, vous vous attendiez à un chirurgien bronzé et baraqué et vous avez devant vous une femme, vous êtes désemparé. Mais c'est encore pire finalement, parce que ça veut dire que c'est une certitude bien ancrée en vous chir=homme.

"Vous êtes l'infirmière ?"
"Non". Connard, d'ailleurs si tu regardais bien, j'ai pas une tenue d'infirmière, d'ailleurs ton infirmière vient de quitter la chambre, d'ailleurs je me suis déjà présentée hier mais on va faire comme si de rien n'était (Tout ce qui est hors guillemets m'a toujours brûlé les lèvres mais ne les a jamais franchies).

Combien de fois ai je eu cette conversation ? Avec des hommes, souvent, des femmes aussi, des vieux souvent, mais des jeunes aussi. Pas quotidiennement, mais trop souvent, malgré tout.

Non pas que le fait d'être confondue avec une infirmière me pose problème en soi. Mais que certains déduisent systématiquement, parce que je ne suis pas un mec, que je suis sans doute une infirmière m'en pose un. Ou qu'on continue à m'appeller infirmière après que j'ai posément expliqué les choses. (et qu'on le fasse aussi à mon interne (qui n'est pas non plus un mec) ne me rassure pas vraiment)
De même que ça me pose problème qu'on me demande "mais votre collègue il veut pas me la faire la ponction là ?", Non, il veut pas, parce que c'est un stagiaire de 2ème année qui voulait voir comment on ponctionne de l'ascite, et que moi, justement, j'allais lui montrer, parce que je sais, voyez vous. Mais, si vous y tenez vraiment, oui je peux le laisser faire, après tout il est là pour apprendre le jeune homme. Et je peux même sortir de la chambre si je vous gêne.

Alors juste une mise au point.
Habituez vous très vite, parce que à l'avenir, une majorité de médecin seront des femmes. Même votre urologue -j'en connais. Alors préparez vous, parce que si en arrivant dans leur cabinet vous les confondez avec leur sécrétaire, vous aurez l'air fin.
Et vous savez pourquoi ? Parce qu'on a été meilleures en première année, qu'on en a chié pendant toutes nos étude pour devenir compétentes (parce que je n'en doute pas, je verrais le bout de ces études, un jour), tout autant que nos copains mecs, mais en devant en plus supporter les allusions plus que douteuses de certains médecins (si l'esprit carabin est souvent drôle, les libidineux mal placés sont justes pathétiques, de même que les mysogines encore persuadé qu'on fait médecine "pour se trouver un mari". Ouais, si j'étais lesbienne, ça pourrait peutêtre être un bon plan), ou le sexisme latent de gens comme vous.

Alors, en toute sobriété, la prochaine fois que je vous sourirais en répondant "non, je ne suis pas l'infirmière, comme je vous l'ai dit hier je suis externe, donc étudiante en médecine", sachez que derrière cela je pense :

Fuck off. Connard.
(on ne se refait pas, je n'ai jamais su être classe dans l'exaspération)
par Ephélide publié dans : Galères
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Vendredi 2 mars 2007
L'intérêt du stage en chirurgie -obligatoire même si la chirurgie vous attire autant que la procto, en plus de la légendaire amabilité des chirurgiens ortho est d'avoir l'occasion d'aller au bloc. Voire même d'aider le chir.
Le bloc.
Et revoilà la grande amie de l'externe : la Frime. Parce que pouvoir caser dans la conversation "ah ouais, non je suis en retard, je sors du bloc", ça en jette. Au moins aux yeux de tout individu qui ne sait pas bien ce qu'est un externe.

Aller au bloc, la première fois, c'est impressionant, et très exitant. Petits conseils à d'éventuels futurs stagiaires là bas. Le Principe de Base : "Tu Es Probablement En Train De Faire Une Connerie".
1) Au bloc, tout est propre et toi tu es sale. Mais Sale. Même si tu as un pyjama bleu, tu es sale. Tu ne touche en AUCUN cas à quoi que ce soit qui soit de couleur verte, ou bleue, ou posé sur quelque chose de couleur verte, ou bleue.  Mieux, tu ne touches à rien du tout. Tu ne touches pas au malade. Tu ne te rapproches pas trop près des gens, et tu t'écartes de leur chemin. Tu mets ta charlotte sans moufter même si t'as l'air du roi des cons avec.
2) A l'inverse si tu es habillé en stérile, tout est sale et toi tu es propre, du moins tes mains, et les trucs stériles que tu enfile. Et ce n'est pas parce que tu as lavé ton visage au biactol ce matin qu'il est propre. Tu viens de passer 5minutes à te laver les mains, ta maman serait fière de toi, tu as enfilé tes gants stériles dans les règles de l'art (c'est à dire que tu en as gâché deux paires avant de parvenir à les enfiler sanstoucher l'extérieur), alors NON, bon dieu, ce n'est pas le moment de te gratter le nez. Et demander à quelqu'un d'autre de le faire, n'y pense même pas. T'es un grand, tu prends sur toi. Tu entrecroises les doigts de tes deux mains, tu les poses sur ton ventre (si tu as déjà mis la casaque stérile hein), tu te rapproches de la table, et tu bouges pas.
3) Si tu as envie de faire un truc, réfléchis à deux fois, c'est propablement une connerie.
J'ai entendu parler d'un stagiaire de deuxième année qui dans un grand mouvement de bonne volonté avait ramassé une pince tombée par terre et l'avait reposée sur le plateau de l'instrumentiste (stérile ainsi que tout son contenu, et à la différence du sol, cela va sans dire). Je ne sais pas ce qu'il est advenu de lui exactement, mais je suis sûre que dans l'imaginaire du chirurgien, ça impliquait le scialytique, les boyaux du stagiaire, les seconds servant à pendre le stagiaire au premier.

Bon, brisons un peu la frime :
s'il n'est pas en stérile, l'externe a lle droit d'être (dans le meilleur des cas), sur un tabouret, afin de pouvoir regarder l'opération par dessus l'épaule du chirurgien.
Si il est habillé (sous entendu : en stérile, donc d'avoir le droit de toucher au malade), son boulot est relativment simple : tenir les écarteurs, ou des pinces, ou passer des instruments.
Bonheur. A la limite, si il est sage, on le laisse faire un geste totalement sans risque ou suturer à la fin, si la cicatrice implique des points qu'il maîtrise et n'est pas dans un endroit trop visible.
Quand vous tenez les écarteurs, l'avantage est que vous êtes pile au dessus de l'opération et que le chir peut vous apprendre des trucs. Ca a un intérêt pédagogique. Certes. Mais ça vous permet aussi de prendre conscience à quel point ça peut être chiant. Fascinant parfois, rapide, parfois oui. Mais long souvent.

Pendant que le chirurgien bataille pour ouvrir sa voie d'abord (période casse pied de l'opération, ou l'on dissèque, parfois très longtemps, les tissus, afin d'arriver à l'organe voulu), vous tenez les écarteurs, et votre esprit vagabonde.
Vous vous dandinez d'un pied sur l'autre, il est midi et quart, c'est la deuxième opération de la matinée, vous mourrez de faim et vous avez une conscience aiguë des premiers signes d'activation de votre parasympathique (aaah la sueur froide sous la casaque),  et vous cherchez un moyen de parvenir à partir d'une façon honorable, sans donner l'impression de laisser tomber le chirurgien sympa avec vous et qui a encore besoin de vous un peu, mais avant de tomber dans les pommes sur le malade.

Alors, voilà ce que fait réellement l'externe qui, plus tard, frimera avec un amplomb monstre (ne vous y laissez pas prendre) : il meurt de faim pendant que ses varices gonflent.

Il apprend aussi un truc essentiel : ne s'étonner de rien.

Même en assitant un ortho. Les orthos, c'est des bourrins. Ils sont à la chirurgie ce que l'équarisseur est à la boucherie. Leur matériel implique des visseuses électriques, des scies, des clous longs comme le doigt, des tiges de métal grandes comme le bras, bref, c'est des brutes. Ca doit coller avec la personalité.
Il y en a quelques uns qui font des trucs un peu subtil, genre "chirurgie de la main", mais ne vous y laissez pas prendre, tapi en eux, il y a un type capable d'utiliser un instrument ressemblant méchamment à un tire bouchon pour extraire une tête du fémur de sa loge. Ce que l'externe que je suis regarde l'oeil rond,
en tenant à la main la scie que le chir vient d'utilise
r, partagée entre la fascination malsaine (celle surlaquelle jouent les films gores) et une vague nausée.

Même quand le Pr Untel, chir viscéral renommé, la cinquantaine, aimable, drôle, et plutôt pédagogue se met à jurer comme un charretier. En le croisant plus tôt dans les couloirs ou le service, il semblait très normal. Et voilà qu'un matin vous êtes au bloc avec lui, l'opération se complique -un peu-, et là, vous commencez à entendre "bordeldequeuedebitedemerde" (je coupe là, mais c'est allé aussi loin que son souffle le pouvait). Médusée, vous jetez un oeil à la panseuse -impassible, à l'anesthésiste -qui est en train de régler le ventilateur, et enfin au chir, qui à cet instant même, lâche une nouvelle bordée. Soit. Tout a l'air normal, vous pouvez retourner à votre préoccupation du moment : tenir votre écarteur en vous demandant s'il y aura des frites à la cantine.

Même quand vous êtes avec le "deux en un". Il est très drôle. Quand il est fier de lui il vous montre "ah regardez ça, c'est du bon boulot". C'est pas tellement de la prétention, mais de la fierté quasi puérile, celle du gosse de 5 ans qui vous montre ses réalisations en pâte à modeler. Et puis il est plutôt sympathique. L'instant d'après, une chose de travers, et voilà ce type qui à première vue vous paraissait sain d'esprit, qui s'auto engueule "ah t'es vraiment un gros nul, gros con va" (j'édulcore le language).
Restez impassible.

Mais même habitué à toutes ces bizarreries, vous finirez surpris  :
 
Au bloc avec le chef de viscéral, un type brillant et altier hors bloc, mais vous savez bien que ça ne veut pas forcément dire quelque chose ici. Opération cauchemardesque dès le début. L'interne sue à grosses gouttes, maugrée dans son masque, vous tenez vaguement une ou deux pinces, la dissection est pénible. Et au bout de trois quarts d'heures, une nouvelle difficulté surgit, l'interne gémit, vous manquez en pleurer de frustration..
Et là, surviennent, les premiers mots autres que "Bip', bistouri froid, dissecteur" ou autres qu'un conseil à l'interne ou à vous, prononcés  par le chef depuis le début de l'opération :
"Ah, la Barbe".
La classe, tout simplement.

[Je ne me suis donc pas pendue. J'ai changé d'aîle dans le service : en viscéral, en laissant GP et GC derrière moi (on se reverra pour les évaluations de stage, bonheur). J'aime les viscéraux,  déjà parce qu'ils ne se détestent pas les un les autres, et surtout parce que les chefs sont aimables et pédagogues et les internes adorables.]

par Ephélide publié dans : Lexique
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Dimanche 18 février 2007
Si les partiels ne servent pas à cela, et j'entends par "cela" profiter de la pure liberté qui suit, (pure du moins si on oublie le stage le matin), ce qui consiste donc à condenser en une semaine tout ce dont on a été frustrée le mois précédent, entre ciné, restos, flirt à deux balles pour le plaisir d'y croire un peu, et surtout le soir de la dernière épreuve, soirée capitale à ne pas louper, aller voir une amie pas en médecine (ce point de détail est important), manger des crêpes en faisant méthodiquement un sort à la malheureuse bouteille de blanc, à la santé des profs qui posent des questions même pas traitées en cours, parce que bordel, qu'est ce que la tuberculose venait faire au 1er semestre, hein?, et qu'est ce que cette putain d'hépatite C faisait là?, du coup traverser la matinée de stage suivante un peu nébuleusement, puis aller à Paris, acheter un ou deux bouquins de cours pour le 2nd semestre (parce que le 1er a fait mal aux dents quand même), et surtout finir la journée sur ces petits bijoux que sont 12h08 à l'est de Bucarest et La vie des autres (j'enfonce des portes ouvertes), franchement je ne sais pas à quoi ils servent (les partiels, oui oui, c'est bien de cela dont il était question à l'origine).


Non bon, en vrai, tout cela permet de ne pas prendre TOUT de suite conscience que vous êtes un boulet. Vous ne ferez ça que deux jours après la dernière épreuve, les idées un peu plus claires à nouveau, quand vous réalisez que vous avez plus ou moins tué un de vos patients (virtuel hein), dans un cas clinique...
Bon je dramatise, je l'ai pas tué, j'ai juste foutu ses reins en l'air. Ce qui est gênant. Un peu.
De l'art d'envoyer un malade faire un TDM injecté alors qu'il est insuffisant rénal. (et que, les 2 grandes contre indications sont, l'allergie au produit de contraste, et l'insuffisance rénale bien sûr). Le pire étant que j'ai justifié la nécessité de l'examen pendant 5 ou 6 lignes, on sent que je suis vachement contente de moi d'y avoir pensé, hein.

Hum...
Je parlerai de choses moins inintéressantes quand j'aurais officiellement décidé de ne pas me pendre.

(certes, il vaut mieux faire ça maintenant que le jour de l'internat, mais quand même, ya des baffes qui se perdent).

par Ephélide publié dans : Galères
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Dimanche 11 février 2007
La Garde, pour l'étudiant en médecine dans ses premières années, ça fait partie avec la Blouse Blanche et le Stétho du package qui fera de lui un médecin. Au moins aux yeux des autres.
Alors, sa première garde, dans le fond, il n'attend que ça. Ca a son petit côté rite de passage.
Ne vous y trompez pas si vous en entendez un vous dire d'un air affecté
ah non, pas ce soir là je peux pas je suis de garde, en dépit de la mine sinistre qu'il affiche, il jubile intérieurement de pouvoir caser cette phrase dans la conversation. Quelque part, ça le dédommage un peu, et c'est tant mieux, car ce ne sont pas ses 20€ d'indemnités (montant fixe, même pour les nuits de dimanche ou de jour férié) qui le feront.

Il s'imagine déjà Urgences, de l'action, du sang, de l'excitation, faire une sternotomie avec les dents pour pouvoir faire un massage cardiaque interne.
Vous l'aurez compris, il a trop regardé Urgences. Alors disons le tout net, les urgences, ça n'a rien à voir. Mais alors rien à voir du tout.

En France, bien souvent (et idéalement), les cas les plus critiques sont pris en charge par le samu et emenés directement en Réa (l'idéal étant donc de faire des gardes en réa).

Pendant ce temps là, quelques étages plus bas, l'externe fraîchement émoulu commence à déchanter. Il se sent un peu dans la peau d'un gamin à qui l'on aurait promis qu'il pourrait jouer aux cowboys et indiens à balles réelles et qui se retrouve à faire une partie endiablée de petits chevaux avec Tatie Georgette qui a un poireau qui pique sur la joue et lui fait manger des gâteaux moisis en accompagnement de sa camomille.

Le pire étant les gardes de chir car aux Urgences on ne voit alors que les foulures, les poignets cassés ou les arcades ouvertes, pendant que l'externe de med, lui, au moins, voit de vraies pathologies de temps à autre (noyées au milieu de bricoles), IDM ou EP...

Parfois il y a vraiment des choses spectaculaires, mais ça c'est une fois par an, quand le soleil batifole avec la Lune, que Mars est dans la maison de Jupiter à prendre le pied (le thé voulais je écrire, mais le lapsus est suffisamment stupide pour mériter d'être laissé en place) avec Pluton, et, surtout, condition sine qua non, que l'Externe de garde a le dos tourné.
Bonheur.

Les gardes se veulent un excellent exercice pédagogique (en dehors du fait qu'on donne un sérieux coup de main). Ce qui n'est pas faux. C'est intéressant de voir les patients en premier hors cadre bien défini, ça entraine à l'analyse clinique, aller à l'essentiel, quels examens je fais, quels prélèvements, est il nécessaire d'hospitaliser. Vous gagnez en autonomie. Les ECG, envoyer les gens faire les radios etc.
Ca c'est la théorie. Qui se vérifie parfois. Si les urgences ne sont pas en train d'imploser, que votre sénior est sympa. Et que lla garde est calme, quoi. Ce qui dans un des deux hôpitaux où je fais des gardes est rarissime: on est saturés quasi en permanence.

En pratique, on apprend surtout deux choses fondamentales :
1) Les gens sont cons quand ils sont bourrés. Mais alors vraiment cons. Ca va du mec qui donne un coup de poing dans une vitre (le grand classique), ou dans un mur (très virilement con) aux défis idiots (vas y saute du mur, garçon, saute du mur), en passant par toutes les bagares possibles et imaginables, ou la chute bête.

2) Les gens peuvent être cons même sobres. J'ai  déjà vu un amant, qui au lieu de se cacher dans un placard comme tout amant qui se respecte, a décidé que la meilleure façon d'échapper au retour du mari était de sauter par la fenêtre. Du deuxième étage.
D'un certain côté, Le mari a peut être été suffisament distrait par le fait qu'un mec à poil venait de s'éclater sur le trottoir en contrebas de sa fenêtre pour réaliser que sa femme était en tenue d'ève dans son lit. Je vous rassure tout de suite, la femme et l'amant vont bien.
On était un peu inquiets quand le type en question assurait ne se souvenir de rien, (non non je ne comprends pas, les pompiers m'ont ramassé c'est tout), puis quand il nous a raconté l'histoire in extenso ("ah oui ça y est ça me reviens" (tu parles charles)), on a compris que ce n'était pas un problème neuro, mais bien un mécanisme d'auto défense de son amour propre.

Il y a une multitudes de gens n'ayant rien en commun qui viennent aux Urgences
Il y a les Tri 5. Qu'on pourrait tout aussi bien appeller "je n'ai rien à faire ici", mais ce serait trop long à écrire. Tri 5 ça veut dire qu'à peut près tout le monde est prioritaire sur eux. Sauf l'autre tri 5 qui est arrivé après. Ils sont venus en espérant que ce soit plus simple que chez leur médecin traitant, et dommage pour eux, voilà trois heures (au moins) qu'ils attendent. Au début on culpabilise vraiment en voyant le délai. Puis on voit le motif d'admission "douleur au fond du palais depuis 3mois". "Légère céphalée depuis 15jours". Et on déculpabilise. Parce que dans le fond leur présence montre bien la confusion qui règne... Urgences ne veut pas dire "consultation médicale sans rendez vous", mais Urgences. C'est pour ça qu'on les a appellées ainsi d'ailleurs.
Certains finissent par partir, lassés, d'autres au contraire s'obstinent, et s'énervent dans leur coin.

Et ce qui devait arriver arrive, Mr "Douleur au fond du palais depuis 3 mois", un peu agacé par de longues heures d'attente finit par s'en prendre à une blouse blanche quelconque venue chercher quelqu'un d'autre dans la salle d'attente. Quelqu'un d'arrivé après lui.
C'est un scandale, et apparement au delà de ses facultés intellectuelles de comprendre que quelqu'un qui vomit et a la nuque raide, ou qui crache du sang mettons, est plus urgent que lui. 

Il y a les hypochondriaques. On lit "traumatisme Crânien" sur la feuille remplie à l'accueil, et en creusant un peu on obtient la traduction : "Je suis tombée à la renverse de mon banc de gymnastique haut de 5cm sur un tapis en mousse, tout allait bien mais ce soir en me couchant, je me suis dit "Ah mais quand même, et si j'avais quelque chose"".

Le samedi soir il y a les sportifs blessés lors de matchs amateurs, entorses, point de sutures... Le dimanche, il y a les footballeurs, joggeurs, le dimanche soir, les bricolos, le mercredi, les gamins.

Et puis il y a la misère humaine, des gens aux conditions de vie incroyablement précaires ou sdf, dont la vie part en lambeaux sans qu'ils ne comprennent vraiment pourquoi, les femmes battues, parfois.
Et aux petites heures du matin, le lot de naufragés pour qui l'aube était vraiment trop loin, qui arrivent avec des plaintes somatiques invraisemblables juste pour être écoutés, ou de TS volontairement ratées.

L'avantage étant que tout cela fait une provision quasi inépuisable d'anectodes, qui à postériori sont hilarantes. On rit même de choses en soi absolument pas risibles. Comme les TS faites par des moyens dérisoires par exemple (overdose d'herbes chinoises, de laxatifs, deux gorgées de paic vaisselle et j'en passe). On ne respecte rien ma bonne dame.

A ceux qui seraient tentés de me taxer de cynisme pour cela, qu'ils aient bien conscience que la différence fondamentale entre eux, que ça ne fait pas rire, et ils ont bien raison, et moi, c'est que moi, à quatre heures du matin, quand cette personne arrive et que le téléphone sonne dans la chambre de garde (si je vennais de me coucher) ou que je m'apprêtais à aller dormir, j'y retourne, je prends le dossier, je m'enferme dans le box avec le patient.
Et  je reste là, après un examen clinique rapide à écouter des histoires tristes à en pleurer, car quelque soit le malaise qui vous pousse à attenter à votre vie, même par des moyens dérisoires, il est intolérable.
Et je suis là, donc, impuissante comme jamais, car ils sont au delà de l'aide que je suis en mesure de proposer -je n'ai pas fait de psy, et c'est un travail de longue haleine-. J'attends le psy de garde ou que la personne aille un peu moins mal pour partir.
Que mon impuissance face à leur douleur, j'ai du mal à la gêrer. Alors si je n'en ris pas je ne le fais pas.

Hier soir, une jeune ado, 16 ans, trop mince dans ses habits, venait pour problèmes gynécos. J'ai un peu parlé avec elle, seule, avant de faire rentrer son père. Pour qu'elle me dise ce que son père ne pouvait pas entendre, à ma question sur un éventuel rapport avant le début des symptômes, elle a rougit et s'est assurée que j'étais tenue au secret professionnel même vis à vis de son père. Tout était dit, et je n'avais presque pas besoin qu'elle achève.
Et soudain, j'ai été frappée par sa beauté fragile, même à minuit sur son brancard d
'hôpital, pas celle à laquelle les séries pour ados américaines essaient de nous faire croire, mais quelque chose de plus universel qui émanait d'elle,
une grâce maladroite et inconsciente d'elle même.

(ce post est confus, non ?.. C'est la fatigue)
par Ephélide publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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Dimanche 4 février 2007
A défaut d'une claque de ma main dans sa gueule, un tout petit bonheur au coin duquel je me réchauffe quand l'agressivité reprend le dessus.

Comme GP et GC ne peuvent pas toujours avoir le dessus, on passera sous silence ce jeudi soir où ils ont réussi à me faire pleurer à distance. Ils n'en savent rien et là est l'essentiel, j'ai trop entendu à propos de certains "ohlàlà, lui il en a fait pleurer plus d'une" dit sur un ton mi-répprobateur-pour-la-forme mi-admiratif, pour avoir envie de faire partie d'un quelconque tableau de chasse.
En fait la fatigue accumulée des réveils matinaux, du stage usant nerveusement, des révisions et d'une garde mercredi soir -la veille donc-, n'a pas résisté au coup de fil de mon co-externe m'avertissant que "ils étaient mécontents que tu ne sois pas venue ce matin, d'après eux on a PAS le droit au repos de sécurité (qui nous autorise à ne pas aller en stage un lendemain de garde), alors méfie toi demain matin, te laisse pas déstabiliser". Lui même devant être absent le lendemain il préférait m'avertir, grand bien lui en a pris. Un gros partiel m'attendant après le stage, ce n'était pas le moment de perdre contenan
ce.

Revenons plus tôt dans la semaine et
concentrons nous sur le plus drôle.
Nous sommes lundi matin.
Godeffroy en grande forme débarque dans le bureau des internes où, les dits internes mon coexterne et moi-même, lisons les dossiers des personnes admises en urgence et devant être opérées le jour même, qu'il nous faudra donc présenter au staff.
GC prend un dossier, parcours le compte rendu des urgences, et, rubrique "antécédents", tombe en arrêt sur une abréviation.
Il ne la connaît pas, et se lance alors dans un de ces laïus chiantissimes pseudo pédagogiques dont il a le secret, qui se veulent didactiques mais qui devraient plutôt s'intituler "J'ai une opinion sur tout, même quand c'est pas de la chirurgie et voici la médecine telle que je la vois" (en l'occurence, avec du caca dans les yeux).

Le laïus du jour ayant pour thème "Yen a marre de ces gros incapables des urgences (les urgentistes apprécieront), faut pas utiliser des abbréviations que personne ne connaît, il y en a quelques une qui sont universelles, comme HTA, mais sinon il ne faut pas! Quelle bande d'abrutis, maintenant on sait pas ce qu'il a ce patient.".
Un peu las, mon coexterne et moi jettons un oeil sur l'abbréviation coupable pointée par un doigt rageur, et relevons la tête avec un bel ensemble "Ah mais ça veut dire Dégénérescence Maculaire Liée à l'Age". On est bien braves et on pensait aider, promis, il n'y avait aucune arrière pensée, la jubilation n'est venue qu'après, en voyant l'effet de ces quelques mots. Je n'aurai jamais qualifié cela "d'avoir le dessus", si il n'avait pas réagit comme il l'a fait.

GC marque un temps d'arrêt. Nous dévisage, reprend sa respiration.
Sous nos yeux ébahis, il hausse le ton, et commence un discours d'une mauvaise foi inébranlable affirmant que "merde, c'est une abbréviation de spécialistes, ça devrait pas être utilisé comme ça, ne l'utilisez pas les jeunes! Je suis pas sûr que ce soit admis aux ECN! Je dis pas que ça existe pas, je veux bien que les ophtalmos entre eux l'utilisent, mais en dehors personne ne devrait le faire, surtout pas vous, je dis ça pour vous, hein,  parce que personne ne vous comprendra...". Le tout débité en s'agitant fébrilement, s'interrompant de temps à autre, nous laissant croire qu'il a finit, mais reprenant de plus belle cinq minutes plus tard, un nouvel argument ayant éclot dans son petit cerveau de chirurgien [Disclaimer ! Ceci n'est qu'un trait d'humour sans sous entendu, je suis sûre que il y a beaucoup de chirurgiens gentils et au cerveau normalement proportionné et que même si ce n'était pas le cas ils n'en seraient pas moins digne de respect, que tous ceux qui ont un chirurgien dans leur famille ou sont chir eux même veuillent bien m'en excuser, j'ai cédé à la facilité].

Les yeux ronds je le regarde et dois me rendre à l'évidence... Il est vexé comme un pou.
Le voilà qui, depuis 10minutes se justifie et affirme avec un culot incroyable que "ce n'est même pas une étiologie courante", (vérification faite,c'est une des premières causes de cécité de l'adulte avec la cataracte), semblant oublier qu'il est chir, que personne ne lui demande d'être super bon en médecine et encore moins en ophtalmo.

Sa réaction d'un lamentable rare me ravissant au plus au point, je scrute le bout de mes chaussures, faisant mon possible pour ne pas lui rire au nez. Que ce type à l'égo si monstrueux se sente ainsi menacé parce que deux externes connaissent une abréviation qu'il ignore me comble de bonheur.

Au bout d'une semaine, il n'avait toujours pas digéré l'affaire, nous réexpliquant de temps en temps (revenant là dessus à tout propos) à quel point les abréviations sont néfastes et ne doivent en aucun cas être employées, hein, avec un faux détachement dans la voix.

Quant à moi, au bout de la semaine, chacune des petites explosions de son pathétique orgueil si stupidement blessé me font toujours le même effet :
Je suis envahie d'un tel ravissement que je frôle régulièrement l'évanouissement.

Mercredi, grand staff, un interne perdait pied sous le feu de leurs questions (le grand staff est assez terrifiant et les chirurgiens plus exigeants que jamais (ce qui chez eux se manifeste malheureusement par un ton agressif)), et plus il coulait, plus il était hilare, ayant manifestement atteint cet état d'esprit où les choses sont tellement pourries qu'elles ne peuvent plus s'empirer et se détachent de vous, flottant dans l'immensité de vos problèmes.
Je suis passée au bord de l'asphyxie à essayer de ne pas rire, et je l'aurai volontiers embrassé, face à lui, les gros paraissaient plus vains que jamais.

Mercredi soir, de garde, donc, lorsque je voyais un patient suceptible d'être hospitalisé en ortho, je remplissais avec soin la case antécédents, usant d'un maximum d'abréviations.
La résistance passive a des charmes insoupçonnés. (on fait ce qu'on peut)
par Ephélide publié dans : Galères
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