Dimanche 11 février 2007
La Garde, pour l'étudiant en médecine dans ses premières années, ça fait partie avec la Blouse Blanche et le Stétho du package qui fera de lui un médecin. Au moins aux yeux des autres.
Alors, sa première garde, dans le fond, il n'attend que ça. Ca a son petit côté rite de passage.
Ne vous y trompez pas si vous en entendez un vous dire d'un air affecté
ah non, pas ce soir là je peux pas je suis de garde, en dépit de la mine sinistre qu'il affiche, il jubile intérieurement de pouvoir caser cette phrase dans la conversation. Quelque part, ça le dédommage un peu, et c'est tant mieux, car ce ne sont pas ses 20€ d'indemnités (montant fixe, même pour les nuits de dimanche ou de jour férié) qui le feront.

Il s'imagine déjà Urgences, de l'action, du sang, de l'excitation, faire une sternotomie avec les dents pour pouvoir faire un massage cardiaque interne.
Vous l'aurez compris, il a trop regardé Urgences. Alors disons le tout net, les urgences, ça n'a rien à voir. Mais alors rien à voir du tout.

En France, bien souvent (et idéalement), les cas les plus critiques sont pris en charge par le samu et emenés directement en Réa (l'idéal étant donc de faire des gardes en réa).

Pendant ce temps là, quelques étages plus bas, l'externe fraîchement émoulu commence à déchanter. Il se sent un peu dans la peau d'un gamin à qui l'on aurait promis qu'il pourrait jouer aux cowboys et indiens à balles réelles et qui se retrouve à faire une partie endiablée de petits chevaux avec Tatie Georgette qui a un poireau qui pique sur la joue et lui fait manger des gâteaux moisis en accompagnement de sa camomille.

Le pire étant les gardes de chir car aux Urgences on ne voit alors que les foulures, les poignets cassés ou les arcades ouvertes, pendant que l'externe de med, lui, au moins, voit de vraies pathologies de temps à autre (noyées au milieu de bricoles), IDM ou EP...

Parfois il y a vraiment des choses spectaculaires, mais ça c'est une fois par an, quand le soleil batifole avec la Lune, que Mars est dans la maison de Jupiter à prendre le pied (le thé voulais je écrire, mais le lapsus est suffisamment stupide pour mériter d'être laissé en place) avec Pluton, et, surtout, condition sine qua non, que l'Externe de garde a le dos tourné.
Bonheur.

Les gardes se veulent un excellent exercice pédagogique (en dehors du fait qu'on donne un sérieux coup de main). Ce qui n'est pas faux. C'est intéressant de voir les patients en premier hors cadre bien défini, ça entraine à l'analyse clinique, aller à l'essentiel, quels examens je fais, quels prélèvements, est il nécessaire d'hospitaliser. Vous gagnez en autonomie. Les ECG, envoyer les gens faire les radios etc.
Ca c'est la théorie. Qui se vérifie parfois. Si les urgences ne sont pas en train d'imploser, que votre sénior est sympa. Et que lla garde est calme, quoi. Ce qui dans un des deux hôpitaux où je fais des gardes est rarissime: on est saturés quasi en permanence.

En pratique, on apprend surtout deux choses fondamentales :
1) Les gens sont cons quand ils sont bourrés. Mais alors vraiment cons. Ca va du mec qui donne un coup de poing dans une vitre (le grand classique), ou dans un mur (très virilement con) aux défis idiots (vas y saute du mur, garçon, saute du mur), en passant par toutes les bagares possibles et imaginables, ou la chute bête.

2) Les gens peuvent être cons même sobres. J'ai  déjà vu un amant, qui au lieu de se cacher dans un placard comme tout amant qui se respecte, a décidé que la meilleure façon d'échapper au retour du mari était de sauter par la fenêtre. Du deuxième étage.
D'un certain côté, Le mari a peut être été suffisament distrait par le fait qu'un mec à poil venait de s'éclater sur le trottoir en contrebas de sa fenêtre pour réaliser que sa femme était en tenue d'ève dans son lit. Je vous rassure tout de suite, la femme et l'amant vont bien.
On était un peu inquiets quand le type en question assurait ne se souvenir de rien, (non non je ne comprends pas, les pompiers m'ont ramassé c'est tout), puis quand il nous a raconté l'histoire in extenso ("ah oui ça y est ça me reviens" (tu parles charles)), on a compris que ce n'était pas un problème neuro, mais bien un mécanisme d'auto défense de son amour propre.

Il y a une multitudes de gens n'ayant rien en commun qui viennent aux Urgences
Il y a les Tri 5. Qu'on pourrait tout aussi bien appeller "je n'ai rien à faire ici", mais ce serait trop long à écrire. Tri 5 ça veut dire qu'à peut près tout le monde est prioritaire sur eux. Sauf l'autre tri 5 qui est arrivé après. Ils sont venus en espérant que ce soit plus simple que chez leur médecin traitant, et dommage pour eux, voilà trois heures (au moins) qu'ils attendent. Au début on culpabilise vraiment en voyant le délai. Puis on voit le motif d'admission "douleur au fond du palais depuis 3mois". "Légère céphalée depuis 15jours". Et on déculpabilise. Parce que dans le fond leur présence montre bien la confusion qui règne... Urgences ne veut pas dire "consultation médicale sans rendez vous", mais Urgences. C'est pour ça qu'on les a appellées ainsi d'ailleurs.
Certains finissent par partir, lassés, d'autres au contraire s'obstinent, et s'énervent dans leur coin.

Et ce qui devait arriver arrive, Mr "Douleur au fond du palais depuis 3 mois", un peu agacé par de longues heures d'attente finit par s'en prendre à une blouse blanche quelconque venue chercher quelqu'un d'autre dans la salle d'attente. Quelqu'un d'arrivé après lui.
C'est un scandale, et apparement au delà de ses facultés intellectuelles de comprendre que quelqu'un qui vomit et a la nuque raide, ou qui crache du sang mettons, est plus urgent que lui. 

Il y a les hypochondriaques. On lit "traumatisme Crânien" sur la feuille remplie à l'accueil, et en creusant un peu on obtient la traduction : "Je suis tombée à la renverse de mon banc de gymnastique haut de 5cm sur un tapis en mousse, tout allait bien mais ce soir en me couchant, je me suis dit "Ah mais quand même, et si j'avais quelque chose"".

Le samedi soir il y a les sportifs blessés lors de matchs amateurs, entorses, point de sutures... Le dimanche, il y a les footballeurs, joggeurs, le dimanche soir, les bricolos, le mercredi, les gamins.

Et puis il y a la misère humaine, des gens aux conditions de vie incroyablement précaires ou sdf, dont la vie part en lambeaux sans qu'ils ne comprennent vraiment pourquoi, les femmes battues, parfois.
Et aux petites heures du matin, le lot de naufragés pour qui l'aube était vraiment trop loin, qui arrivent avec des plaintes somatiques invraisemblables juste pour être écoutés, ou de TS volontairement ratées.

L'avantage étant que tout cela fait une provision quasi inépuisable d'anectodes, qui à postériori sont hilarantes. On rit même de choses en soi absolument pas risibles. Comme les TS faites par des moyens dérisoires par exemple (overdose d'herbes chinoises, de laxatifs, deux gorgées de paic vaisselle et j'en passe). On ne respecte rien ma bonne dame.

A ceux qui seraient tentés de me taxer de cynisme pour cela, qu'ils aient bien conscience que la différence fondamentale entre eux, que ça ne fait pas rire, et ils ont bien raison, et moi, c'est que moi, à quatre heures du matin, quand cette personne arrive et que le téléphone sonne dans la chambre de garde (si je vennais de me coucher) ou que je m'apprêtais à aller dormir, j'y retourne, je prends le dossier, je m'enferme dans le box avec le patient.
Et  je reste là, après un examen clinique rapide à écouter des histoires tristes à en pleurer, car quelque soit le malaise qui vous pousse à attenter à votre vie, même par des moyens dérisoires, il est intolérable.
Et je suis là, donc, impuissante comme jamais, car ils sont au delà de l'aide que je suis en mesure de proposer -je n'ai pas fait de psy, et c'est un travail de longue haleine-. J'attends le psy de garde ou que la personne aille un peu moins mal pour partir.
Que mon impuissance face à leur douleur, j'ai du mal à la gêrer. Alors si je n'en ris pas je ne le fais pas.

Hier soir, une jeune ado, 16 ans, trop mince dans ses habits, venait pour problèmes gynécos. J'ai un peu parlé avec elle, seule, avant de faire rentrer son père. Pour qu'elle me dise ce que son père ne pouvait pas entendre, à ma question sur un éventuel rapport avant le début des symptômes, elle a rougit et s'est assurée que j'étais tenue au secret professionnel même vis à vis de son père. Tout était dit, et je n'avais presque pas besoin qu'elle achève.
Et soudain, j'ai été frappée par sa beauté fragile, même à minuit sur son brancard d
'hôpital, pas celle à laquelle les séries pour ados américaines essaient de nous faire croire, mais quelque chose de plus universel qui émanait d'elle,
une grâce maladroite et inconsciente d'elle même.

(ce post est confus, non ?.. C'est la fatigue)
Par Ephélide - Publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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Dimanche 4 février 2007
A défaut d'une claque de ma main dans sa gueule, un tout petit bonheur au coin duquel je me réchauffe quand l'agressivité reprend le dessus.

Comme GP et GC ne peuvent pas toujours avoir le dessus, on passera sous silence ce jeudi soir où ils ont réussi à me faire pleurer à distance. Ils n'en savent rien et là est l'essentiel, j'ai trop entendu à propos de certains "ohlàlà, lui il en a fait pleurer plus d'une" dit sur un ton mi-répprobateur-pour-la-forme mi-admiratif, pour avoir envie de faire partie d'un quelconque tableau de chasse.
En fait la fatigue accumulée des réveils matinaux, du stage usant nerveusement, des révisions et d'une garde mercredi soir -la veille donc-, n'a pas résisté au coup de fil de mon co-externe m'avertissant que "ils étaient mécontents que tu ne sois pas venue ce matin, d'après eux on a PAS le droit au repos de sécurité (qui nous autorise à ne pas aller en stage un lendemain de garde), alors méfie toi demain matin, te laisse pas déstabiliser". Lui même devant être absent le lendemain il préférait m'avertir, grand bien lui en a pris. Un gros partiel m'attendant après le stage, ce n'était pas le moment de perdre contenan
ce.

Revenons plus tôt dans la semaine et
concentrons nous sur le plus drôle.
Nous sommes lundi matin.
Godeffroy en grande forme débarque dans le bureau des internes où, les dits internes mon coexterne et moi-même, lisons les dossiers des personnes admises en urgence et devant être opérées le jour même, qu'il nous faudra donc présenter au staff.
GC prend un dossier, parcours le compte rendu des urgences, et, rubrique "antécédents", tombe en arrêt sur une abréviation.
Il ne la connaît pas, et se lance alors dans un de ces laïus chiantissimes pseudo pédagogiques dont il a le secret, qui se veulent didactiques mais qui devraient plutôt s'intituler "J'ai une opinion sur tout, même quand c'est pas de la chirurgie et voici la médecine telle que je la vois" (en l'occurence, avec du caca dans les yeux).

Le laïus du jour ayant pour thème "Yen a marre de ces gros incapables des urgences (les urgentistes apprécieront), faut pas utiliser des abbréviations que personne ne connaît, il y en a quelques une qui sont universelles, comme HTA, mais sinon il ne faut pas! Quelle bande d'abrutis, maintenant on sait pas ce qu'il a ce patient.".
Un peu las, mon coexterne et moi jettons un oeil sur l'abbréviation coupable pointée par un doigt rageur, et relevons la tête avec un bel ensemble "Ah mais ça veut dire Dégénérescence Maculaire Liée à l'Age". On est bien braves et on pensait aider, promis, il n'y avait aucune arrière pensée, la jubilation n'est venue qu'après, en voyant l'effet de ces quelques mots. Je n'aurai jamais qualifié cela "d'avoir le dessus", si il n'avait pas réagit comme il l'a fait.

GC marque un temps d'arrêt. Nous dévisage, reprend sa respiration.
Sous nos yeux ébahis, il hausse le ton, et commence un discours d'une mauvaise foi inébranlable affirmant que "merde, c'est une abbréviation de spécialistes, ça devrait pas être utilisé comme ça, ne l'utilisez pas les jeunes! Je suis pas sûr que ce soit admis aux ECN! Je dis pas que ça existe pas, je veux bien que les ophtalmos entre eux l'utilisent, mais en dehors personne ne devrait le faire, surtout pas vous, je dis ça pour vous, hein,  parce que personne ne vous comprendra...". Le tout débité en s'agitant fébrilement, s'interrompant de temps à autre, nous laissant croire qu'il a finit, mais reprenant de plus belle cinq minutes plus tard, un nouvel argument ayant éclot dans son petit cerveau de chirurgien [Disclaimer ! Ceci n'est qu'un trait d'humour sans sous entendu, je suis sûre que il y a beaucoup de chirurgiens gentils et au cerveau normalement proportionné et que même si ce n'était pas le cas ils n'en seraient pas moins digne de respect, que tous ceux qui ont un chirurgien dans leur famille ou sont chir eux même veuillent bien m'en excuser, j'ai cédé à la facilité].

Les yeux ronds je le regarde et dois me rendre à l'évidence... Il est vexé comme un pou.
Le voilà qui, depuis 10minutes se justifie et affirme avec un culot incroyable que "ce n'est même pas une étiologie courante", (vérification faite,c'est une des premières causes de cécité de l'adulte avec la cataracte), semblant oublier qu'il est chir, que personne ne lui demande d'être super bon en médecine et encore moins en ophtalmo.

Sa réaction d'un lamentable rare me ravissant au plus au point, je scrute le bout de mes chaussures, faisant mon possible pour ne pas lui rire au nez. Que ce type à l'égo si monstrueux se sente ainsi menacé parce que deux externes connaissent une abréviation qu'il ignore me comble de bonheur.

Au bout d'une semaine, il n'avait toujours pas digéré l'affaire, nous réexpliquant de temps en temps (revenant là dessus à tout propos) à quel point les abréviations sont néfastes et ne doivent en aucun cas être employées, hein, avec un faux détachement dans la voix.

Quant à moi, au bout de la semaine, chacune des petites explosions de son pathétique orgueil si stupidement blessé me font toujours le même effet :
Je suis envahie d'un tel ravissement que je frôle régulièrement l'évanouissement.

Mercredi, grand staff, un interne perdait pied sous le feu de leurs questions (le grand staff est assez terrifiant et les chirurgiens plus exigeants que jamais (ce qui chez eux se manifeste malheureusement par un ton agressif)), et plus il coulait, plus il était hilare, ayant manifestement atteint cet état d'esprit où les choses sont tellement pourries qu'elles ne peuvent plus s'empirer et se détachent de vous, flottant dans l'immensité de vos problèmes.
Je suis passée au bord de l'asphyxie à essayer de ne pas rire, et je l'aurai volontiers embrassé, face à lui, les gros paraissaient plus vains que jamais.

Mercredi soir, de garde, donc, lorsque je voyais un patient suceptible d'être hospitalisé en ortho, je remplissais avec soin la case antécédents, usant d'un maximum d'abréviations.
La résistance passive a des charmes insoupçonnés. (on fait ce qu'on peut)
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Samedi 27 janvier 2007
[P1 qui recherche de la motivation, surtout ne lis pas cela, et garde en toi cette illusion stupide "la p1, c'est le plus dur".
A partir d'un moment (celui où l'on réalise la masse de travail pour l'internat, et je suis pas persuadée de l'avoir vraiment fait encore) on comprend que cette phrase est la plus drôle du monde.]

Janvier, l'externe moyen révise ses partiels en essayant de pas trop penser au fait que ça va aller en s'empirant, c'est pas comme d'habitude, c'est pas un exam qu'on révise une fois et c'est finit. Et non, il va falloir remettre ça, encore et encore, pendant trois ans, sans prendre de retard. Compulsivement on relit, et rerelit, en espérant que ça finira par rentrer (aah, la joie des maladies infs), ou on procrastine (en faisant des posts tout pourris ici par exemple, et  parce qu'on a oublié toutes ses annales chez soi et qu'on est dans l'appart parental pour le week end**) en culbabilisant, et surtout, surtout, en se disant que putain (parce que c'est une période de l'année qui rend vulgaire), ceux qui ont fait dentaire et qui ont pratiquement finit leurs études avaient tout compris en ce jour de juillet 2004 où ils ont refusé une place en P2 pour s'inscrire en dentaire (et que fait on de toutes ces parenthèses ?).

On glande autour de la machine à café, les discussions volent bas, sur le thème "j'aurais mieux fait de faire caissière à cora, intellectuellement c'est reposant". Normalement, à ce moment, il y aura toujours un petit rigolo qui sera tenté de dire "ou chirurgien, hein, intellectuellement c'est du même niveau", mais les chirs ont eu leur internat en leur temps, alors on se la ferme.
Certes, dans le fond, on les a choisies ces études et on aime ce qu'on fait, mais on aime encore plus se plaindre et se noyer dans l'auto complaisance.


Honte sur moi, hier matin en staff, j'ose présenter mon patient admis pendant la nuit et dont le dossier a disparu : j'accroche au négatoscope le seul examen disponible, à savoir son IRM (le plus important de toutes façons) seul élément du dossier que j'aie réussi à trouver....
I
l fallait s'y attendre : introuvable n'est pas français pour l'imposant chirurgien qui dirige plus ou moins le côté "orthopédie" de ce service de "chir générale".
Effondré sur sa chaise, il m'interrompt et me foudroie de ses yeux porcins "non, mais attends, il est où son dossier ?". L'absence du dossier le rend furibard et ça me retombe dessus (évidemment) ; j'essaie d'objecter quelque chose, que je suis allée le voir le patient, je l'ai interrogé et examiné, avant le staff par acquis de conscience, bref  que je le CONNAIS, merde, et que je peux le présenter, même sans le dossier complet.
Eh bien non,  non, ce n'est pas assez pour lui, il m'assène l'argument qui tue "il a FORCEMENT le dossier des urgences avec lui", et me regarde ensuite s'attendant apparament à ce que je ponde le dossier ou à ce que je le sorte de sous ma chemise genre "ahaha pouet pouet je vous ai bien eus".
S
a mauvaise foi n'ayant pas de limite, j'attends que ça passe, pendant qu'il enchaîne. Content de lui, de toute évidence, suintant la satisfaction d'enfoncer ainsi la "gamine" devant sa cour, pendant qu'un coin de son esprit prépare sans doute la prochaine blague mysogine qu'il sortira à propos d'une mamie et d'un col du fémur pété, "vieille femelle ostéoporotique qu'il faudrait piquer". Habituellement ça me glisse dessus, mais là, il est un peu tôt, et en le voyant face à moi, confit dans sa graisse, j'en ai presque la nausée.

GC, ayant manifestement le sentiment que GP (Gros Porc) a besoin d'aide, ou, ne supportant pas de se faire voler la vedette, allez savoir s'y met aussi "Non mais t'es sûre qu'il est pas là ?".
Il me faut me mordre les joues pour me retenir d'être vraiment désobligeante ou d'éclater de rire... oui, j'en suis sûre : j'étais dans le service en même temps que les internes, c'est à dire 20 minutes avant votre arrivée, à vous les gros... les internes m'ont refilé le bébé, et hop, j'ai fouillé tous les chariots et les casiers... mais vous avez raison. Restons concentrés sur le dossier absent et oublions le fait que le seul examen ici présent est là parce que j'ai fait l'effort d'aller le chercher pendant que vous étiez encore en chemin vers l'hôpital, et continuons à gaspiller le temps de tout le monde. On a bien compris que vous étiez chirs, et qu'il fallait pas vous demander de réfléchir, hein.

Ravalant tout cela de travers, j'abandonne, pas envie de leur donner la satisfaction de ne serait ce que rougir devant leurs remarques, je tourne les talons, faisant mine d'aller chercher de nouveau ce foutu dossier.Tous ces crétins ayant réussi à me faire douter de moi, je vérifie une dernière fois l'abscence du truc et, finalement, me réfugie sur la passerelle de verre qui relie l'entrée du service au bâtiment principal. petit mais alors tout petit Havre, d'Où on peut profiter d'un panorama assez sympa, si l'on oublie les voies rapides au premier plan, et cela a quelque chose d'apaisant.
J'aimerais bien aller boire un café en bas, ou me réfugier dans le service voisin, auprès d'amis externes, faire le plein de sympathie, mais il n'est 8h20 et la journée commence, alors je reste là, dans ce shoot d'eau de javel et de puanteur qui émane d'une chambre non loin, à regarder la banlieue ébrouer son sommeil.


Un peu plus tard, un anesthésiste en goguette dans le service croise mon regard alors que GC passe en gesticulant entre nous. Ni l'un ni l'autre ne pouvons retenir un sourire narquois. Mais le mien doit être teinté d'amertume parce que l'anesthésiste  se rapproche de moi et me tape sur l'épaule, l'oeil rieur.T'inquiète pas, ça va aller.

Sur les observs que je rédige soigneusement et que GC aime à relire derrière moi pour pouvoir faire des remarques aussi débiles que "c'est parfois trop détaillé" (quand on sait que mes observs font une page et demi grand maximum, le terme détaillé est vraiment hilarant), j'essaie de tourner mes phrases afin de caser anodinement ces capitales :
FUCK, ou plus expansive JE TEMMERDE.
Mes tournures de phrases en pâtissent parfois souvent,
c'est puéril et d'un débile fini.

Mais bon, je résiste comme je peux, et il n'y a pas toujours des anesthésistes pour me donner des signes de sympathie.

Le pire étant que ça me fait rire.

On va mettre ça sur le compte des exams, hein.

*ok c'est pas le bon terme en fait, mais c'était plus court que "J'en suis réduite à mettre des insultes cachées dans mes observations et je me crois maligne"
**QUI a dit "oh le bel acte manqué ?"
PS: Je vous rassure, dans le service, il y a une kiné et une assistante sociale adorable, toutes aussi navrées que moi par eux, et deux autres chirs, que je vois très très rarement, mais qui sont corrects et pédagogues quand je descends au bloc avec eux, trop rarement.
Par Ephélide - Publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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Samedi 20 janvier 2007
Hier matin, je traversais le hall de l'hôpital en courant pour rattrapper la patiente dont j'étais censée faire l'observ' et qui était censée se trouver dans sa chambre. Mais son lit était vide, j'avais fouillé le service avant de comprendre qu'elle était partie DieuSaitOu, sans que personne ne le remarque. En réalité elle était au pied de l'hôpital, hors du bâtiment, pyjama vert et pied à perf à ses côtés, fumant une clope offerte par une autre malade rencontrée là.
Je courais donc vers elle, tout en tentant de retenir mes carnets, stylos, et sthétoscopes dans mes poches de blouse, et à cet instant précis, sous les yeux des gens qui vaquaient là, les derniers restes de ma crédibilité m'ont quitté.

J'ai donc réccupéré Mme X sous les regards rieurs des autres personnes prenant l'air à l'extérieur, et essayé de lui faire comprendre que On Ne Quitte Pas Un Service Sans Prévenir Personne, et il m'est très clairement apparu qu'elle était "un peu psy" comme on dit pudiquement.

En même temps Mme X venant de se faire tabasser par des membres de sa famille, elle avait le droit de l'être.

Revennue dans sa chambre, je déployais déjà mentalement le plan des questions qu'il me fallait lui poser pour rédiger correctement mon observation, mais avant même que j'ouvre la bouche,  un flot interrompu (mais alors vraiment ininterrompu) de paroles sorti de la sienne. J'attendais une pause, des éléments dans son discours surlesquels rebondir pour placer mes questions, mais c'était quasiment impossible. Les minutes filaient et elle enchainait les anectodes sans reprendre haleine, tandis que je dégageais laborieusement quelques points médicalement importants.

En sortant mon coexterne exaspéré (et désoeuvré qui avait donc tenu à venir avec moi) me dit "t'es vraiment trop gentille". Ce à quoi ma réponse un peu débile fut "Tu vois, elle vient de se faire tabasser, je considère qu'elle a le droit de s'épancher, et j'avais rien de vraiment mieux à faire, c'est pas comme si j'avais d'autres patients à voir". Mais là n'était pas la vraie raison.

Quelque chose dans son discours m'avait à la fois attristée et fascinée, en l'écoutant s'égarer dans des anectodes sur sa vie et celle de sa famille.
De ce flot de paroles, se dégageaient les grandes lignes de son quotidien, un marasme absolu, un concentré de misère sociale à pleurer. Avec des neveux et nièces à la DDASS, une fille dans la nature, un frère et une belle soeur qui l'avaient rackettée et tabassée pour quelques grammes de drogue de plus.
J'entrevoyais son quotidien, entre aides sociales, tutelle, compagnon injoignable autrement que par l'intermédiaire de juges ou tutelles (sans que je comprenne vraiment pourquoi), aides alimentaires et un peu de charité du voisinage pour survivre.

Et au milieu de tout cela, maladroitement, elle ne cessait de répêter ce qui faisait d'elle et selon elle quelqu'un à la conscience citoyenne très développée, de mettre en avant son implication dans le social et l'associatif, sa volonté d'aider les autres,.Un altruisme éperdu, qui dans sa situation était un exutoire tellement évident à son propre quotidien, qu'il en devenait immensément poignant.

Et plus poignante encore, était sa volonté de mettre cela en avant, ainsi que de parler de  sa soif de lire ou de s'instruire, qu'elle ne cessait de souligner maladroitement, arguant qu'elle préfèrait écouter france Inter que Skyrock, et lire le plus possible, des livres de "gens impliqués, comme le testament de l'abbé pierre", ou donner et s'impliquer dans les bonnes oeuvres. Comme si chaque instant, chaque geste de son quotidien devait être à propos de l'autre, de la misère du monde.
Un concentré de bons sentiments, qui émanait d'une femme au visage tuméfié double oeil au beurre noir et collier cervical.

Cette façon de monter en épingle sa bonté et ses bons sentiments universels, avait quelque chose d'un cri pour de la dignité, un pladoyer pour sa propre personnalité, comme une supplique à ne pas voir de la pitié mais quelque chose de positif dans mes yeux.
Tout son être criait qu'elle refusait d'être uniquement "la pauvre femme qui s'était fait tabasser par sa famille", ou "le cas social", comme si c'était la seule façon de nous faire oublier ses bleus de lire du respect sur nos visages.

Et c'est cela qui me fascinait au final, son mécanisme de résistance à sa misère quotidienne, cruellement mis à nu dans cette situation, et rendu presque grotesque par son faciès tuméfié.

Je n'avais pas pitié d'elle, mais une espèce d'intense sympathie (ou empathie ?), même si le terme n'est pas vraiment celui là, qui m'empèchait de lui couper la parole pour poser des questions dont je n'avais pas besoin plus que ça.
Je suis contentée, d'un examen physique rapide, (car il avait déjà était fait avant moi de façon exhaustive aux urgences et complété d'un Scanner corps entier, et qu'elle devait repartir le lendemain), puis, de l'écouter, en approuvant vaguement aux points forts de son discours. Je l'écoutais parler de ses livres, de la faim en afrique et des enfants de Don Quichotte, de ses emplois "dans l'animation, le social ou l'associatif, enfin quelque chose de citoyen", sans savoir quelle part était fantasmée et quelle part était réelle; tout en couchant sur le papier mon observation, et mon examen clinique, une longue description de tuméfactions et de bleus.
 Omoplates, visage, oeil droit, gauche, fosses lombaires, bras, cuisses.

Médicalement mon interrogatoire était nullissime, mon examen clinique sommaire, mais ce matin là, il me semblait impossible d'être médicale.
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Vendredi 12 janvier 2007
Mercredi matin, réveillée en sueur, une heure avant le déclenchement de mon radio réveil. Je vérifie frénétiquement l'heure, paniquée à l'idée de ne pas l'avoir entendu: Je me suis réveillée de moi même et vu que j'ai une heure de bus pour aller en stage où je suis tenue d'être à 7h50 pétantes, vous comprendrez aisément que je trouve cela anormal.
C'est alors que je me souviens des derniers instants du rêve expliquant mon réveil : un insecte se faisait piétinner, encore et encore. C'était sanglant. J'ai du vaguement m'identifier à la chose, d'où le réveil.

Je suis pas très forte en interprétation psychanalytique de rêves, mais je subbodore que ça a un lien avec GC. Godeffroy le Cyclothymique, aka Gros Cinglé, mais ça marche avec plein d'autres trucs pas aimables.

Une de mes grandes activités en stage, (ça aide à oublier le gros sentiment de honte vis à vis des patients ressenti pendant la visite où aucun chir ne leur parle vraiment) est d'imaginer les différentes réponses possibles à cet abruti.
Qui toutes, à mon avis, le mèneraient à la crise d'apoplexie, ce qui ajoute de l'intérêt au jeu

[sursaut d'orgueil] : Ah ouais ? ah ouais le gros ? Ce que tu ne sais pas c'est qu'un jour je serai chirurgienne, bien meilleure que toi, je dirigerais un service, et tu te traîneras à mes pieds pour récolter les miettes de mon savoir.
(sauf que je ne veux pas être chir)

[placide] : Hein ? Pardon ? J'ai mal compris ce que vous avez dit. Pourriez vous répêter plus doucement, en articulant bien je vous prie ?

[la compréhensive] : Vous avez des problèmes relationnels avec les femmes ? Vous voulez en parler ? Calmez vous. lààà, lààà, respirez un grand coup. Leentement. Leeeeeeeentement. Calez vous sur ma respiration. Allez, ensemble, on inspire. Mais enfin calmez vous. Retirez les mains de mon cou. RETIREZ LES. Non. Serrer n'est pas une solution. Vraiment pas. vraim...

[la condescendante] : Ecoutez, je comprends que vous vous sentiez menacé par ma beauté, mon intelligence clinique et mon sens inné du relationnel avec mes patients. C'est humain, et la plupart des gens ressentent ça en ma présence. Il n'y a pas que quoi avoir honte. Mais quand même, cessez de crier.

[curieuse] : Vous êtes sûr que c'est absolument normal votre veine qui palpite, là, sur le front ?

[admirative] : Vous savez, avec un coffre pareil, vous auriez dû être chanteur. Si je vous laisse le numéro de ma grand mère qui cherche des voix graves pour sa chorale, vous me promettez de l'appeller ?

[concernée] : Vous devriez faire une pause de temps en temps, sinon vous n'aurez plus de voix demain. Et vous devriez trouver un exutoire plus sain à votre agressivité.

[consciencieuse] : Ne pas sourire, dites vous ? Noté. Mais me moquer des petites vieilles devant elles, comme vous ? Oui, ça c'est ok ? oh. Je suis loin de saisir toutes les subtilités, hein, j'ai encore du boulot.

[informative] : Vous savez si vous avez des problèmes pour.. euh, enfin, si vous... Ya pas de honte hein, faut pas rester comme ça, tout frustré. Le viagra, c'est pas pour les chiens.

[logique] : Si je suis une sous-merde, j'en conclus que vous êtes...
(non rassurez vous il ne m'a pas encore appellée ainsi, mais son comportement est plutôt clair. Quoique je dois également avoir un petit côté clebs, car quand il est content il adoore nous tapoter le dos (voire la tête) en disant "c'est bien". Je ne plaisante pas)

[médicale] : En un sens vous avez raison d'évacuer tout ce stress, ça vous évite peut être des TFI ou un infarctus, mais je doute que ce soit très bon pour mon audition. Puis je compter une diminution de mon audiogramme comme Maladie Professionnelle ?

[psy] : Etes vous sûr d'avoir réglé tous vos conflits oedipiens avec votre maman ? Parce que votre acharnement sur les plus faibles, de préférence les filles, ça a de quoi étonner hein.

Voyez à quoi j'en suis réduite.

En tout cas je connais peu de gens à être parvenus à se décrédibiliser aussi totalement et rapidement à mes yeux. Vraiment très peu.

Je parlerai de choses intéressantes un autre jour. (Comme le manque de communication chir/patients, la mauvaise gestion du côté "médical" (et non chir) des patients, la honte de la visite, parfois..). Mais ce soir, rien à dire d'intéressant.
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Vendredi 5 janvier 2007
Voilà une semaine j'étais satisfaite du changement de mon terrain de stage : En effet je suis, depuis le 2 janvier au matin en stage dans un service de Chirurgie. Orthopédique pour être précis. C'était avant de commencer ce stage.
Où j'allais avec un à priori plutôt positif, essayant bravement de mettre de côté les clichés de ces gros salauds de chirurgiens. Ceux que j'avais (occasionnellement) côtoyés pendant mon stage précédent ne paraissaient après tout pas si terribles
. Cet enthousiasme aveugle fut vite douché, croyez moi, par la rencontre avec mon CCA. Avant que je vous explique ces menus détails qui font le charme du quotidien de l'externe en chir, laissez moi vous présenter mon nouveau CCA (Chef de Clinique Assistant, en gros un jeune médecin responsable également de l'enseignement aux internes et, pour mon malheur, aux externes).


Physiquement (oui je commence toujours par les attaques physiques, c'est gratuit et ça fait du bien), il a la coupe de cheveux et le profil de Godefroy le Hardy. J’ai sans cesse la vague impression qu’il va se mettre à hurler « Montjoie ! Saint Denis ! », et nous exhorter à charger les Sarazins.
Si seulement.


C’est un nerveux, un colérique, un impulsif
.
Je crois que la meilleure illustration est ce qui s'est passé mercredi matin.

Monsieur semblait de mauvais poil. Moi et mon coexterne avions assistés médusés à une engueulade en règle de l'interne sortant de garde, au terme de laquelle il apparut que l'interne n'était aucunement en tort.


C'est la visite. On entre dans la chambre d’un patient. Je souris. Une combinaison de réflexe pavlovien en accompagnement de mon « bonjour », mon naturel plutôt souriant, et aussi parce que le CCA venait de fourrer dans la main de mon co-stagiaire tous les papiers qu’il tenait, sans un mot, dans le plus pur style « tiens, esclave. » qu'il pratiquait depuis le début de la visite (mon co-stagiaire lui ayant servit de porte-stétho, etc, sans un mot de remerciement à son égard). J’affiche donc un quart de sourire.
Et c’est le drame, si vous me pardonnez cette formule trop usée.
Godefroy se retourne vers moi, me regarde comme si je venais de lui pisser dans ses poches de blouse, et a un geste vers la porte restée entrebaillée. Me méprenant sur ses intentions j’esquisse un geste pour la fermer complètement.
Ah, tiens, Non, ce n'était pas ça, de toute évidence.
Il s’abat sur moi,
tel la vérole sur le bas clergé, le visage furibard. D’une main ferme, il me chope le bras, m’emmène hors de la chambre, ferme la porte et à ma plus totale surprise, j’essuie la plus monstrueuse gueulante que j’aie jamais eue à encaisser à l’hôpital.
En fait la seule. Et sans doute la plus méprisante, jamais subie, tout court.

Totalement prise au dépourvu, j’expérimente un nouveau rôle pour moi : le Punching Ball humain.
Il m’assène « J’ai remarqué que tu riais et souriais beaucoup. C’est lamentable. On fait un métier sérieux, si tu ne comprends pas ça, change tout de suite de métier» etc etc (Authentique)

Avec le volume sonore d’un entraîneur de Rugby appelant son milieu de terrain depuis le banc de touche et l’agressivité d’un pitbull, il tacle directement les tibias de ma vocation médicale.  Il me broie le bras (sa main fait aisément le tour de mon biceps), et à son ton, j’ai le sentiment d’être une trace de merde de chien écrasée sous sa semelle.

Il voudrait me déstabiliser gratuitement qu’il ne s’y prendrait pas autrement.


Je dois avouer avoir été tellement surprise par la violence de sa diatribe, que, durant ¼ de seconde, j’ai eu peur de me pisser dessus.
Au sens propre du terme.
D’autres auraient eut une réaction d’orgueil, auraient protesté,  (Une réponse valable mais hasardeuse eut été « écoute connard, t'as le droit d'être énervé, mais moi j’y suis pour rien, hein, et sourire en disant bonjour n’est pas encore un crime… Par ailleurs, parler à ton malade de la sévérité de son état c’est bien, le faire avec ménagement, c’est mieux »). Mais non, moi, je reste abasourdie et mobilise l’ensemble mes facultés intellectuelles pour faire ce qu’un gosse de maternelle accomplit au quotidien sans y penser : contrôler mes sphincters.
Cela en dit long sur ma Grande Classe, et mon côté Glamour.

L’avantage étant que je me suis alors tellement concentrée sur mes sphincters qu’une partie de la violence de la chose m’est passée à côté.


Ce qui en dit long sur Sa grande classe étant ces  faits :

- Il mesure 20cm, pèse 30kg, a 15ans de plus que moi, et a, à la fois un ascendant hiérarchique et pédagogique sur moi. J'étais ce matin là, probablement la personne la plus vulnérable : la plus jeune, externe, et par-dessus seule représentante du sexe féminin de l’équipe médicale. Et sur qui choisit il de se passer les nerfs ?
Moi. Comme je suis surprise.
Il n'aurait jamais fait l’erreur de se mettre à dos, volontairement, une infirmière ou AideSoignante. Elles sont indispensables aux soins de suite et le maintient d'une relative bonne ambiance inter équipes méd/paramed est indispensable. Ca s'appelle des intérêts bien compris.
Par contre, moi, une externe, cela n’a aucune conséquence. Mais alors vraiment aucune. Son attitude avec moi peut être méprisable, lamentable, personne ne viendra la remettre en question. D'autant qu'il se complaît dans son rôle de "chir un peu dur avec ses étudiants" (ainsi qu'il se perçoit manifestement), alors mes protestations n'y changeraient rien. J'ai connu des médecins "un peu durs avec les étudiants". La différence fondamentale avec lui étant qu'ils ne confondaient pas dureté pédagogique et attaques personnelles gratuites. Je suis la première à admettre que si je passe une borne un médecin est en droit de me remettre à ma place. Croyez moi, les seules bornes franchies ce matin là n'étaient pas de mon fait.


- Il se comporte aussi comme ça avec ses internes étrangers, profitant de leur français hésitant pour se lancer dans d’homériques gueulantes avant de reconnaître que, peut être, finalement, l’interne n'avait pas tort. Le pire étant que les internes ont intégré ce traitement comme normal. Hier matin, j'ai cru qu'un des internes aller pleurer de joie quand ce CCA lui a dit "c'est bien tu as raison". Il s'est retourné vers nous et nous a dit "c'est la première fois qu'il me dit ça". Cette réplique est particulièrement savoureuse quand on sait que cet interne a commencé son stage voilà deux mois.


- Il a tellement d’empathie qu’il a balancé à un malade (celui auquel j'avais souri) de grandes vérités sur l’état très critique de sa cheville (en substance qu'il risquait de ne plus jamais pouvoir marcher correctement, le monsieur étant jeune et sportif),  avec à peu près autant de ménagement que ma concierge quand elle explique aux souris qu’elles ne peuvent pas vivre dans nos caves (comprennez: à grands coups de Mort au Rats).
Revenant dans la chambre faire l’observation du malade, je ramasse les morceaux. « Dites, il m’a vraiment foutu les jetons votre patron », me dit le malade,
au bord des larmes. Je tourne 7fois ma langue dans ma bouche pour ne pas répondre « oui, à moi aussi il me fait peur ». Cet homme devant se faire opérer l’après midi même, je décide de le laisser dans l’ignorance de quel psychopathe son chirurgien est.

Décidemment, la vie d'externe est un bonheur qui se savoure au quotidien.

Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Samedi 30 décembre 2006
Une chose que l'on découvre en travaillant sa sémio et son anat : les médecins fameux dont les noms baptisent les aîles et pavillons de nos hôpitaux ne se privaient pas d'être poètes en nommant les signes cliniques ou syndrômes qu'ils décrivaient.
Enfin, beaucoup assouvissaient avant tout leur mégalomanie et les nommaient d'après eux mêmes,  et c'est ainsi que tu as en toi, lecteur, une bronche parmi tant d'autres, qui au lieu d'être décrite comme ses soeurs par sa position anatomique (genre latéro supérieure gauche), fut baptisée voilà longtemps "Bronche de Nelson", va savoir pourquoi.
Le Nelson en question a probablement décrit cette bronche en particulier, mais personnellement, dire qu'il y a une bronche dans un poumon, sans vouloir paraître mesquine, j'ai du mal à voir l'exploit.
Enfin, passons. Il y a les mégalomanes, donc, et les poètes.

Qui vous décrivent, entre autres, des "yeux en coucher de soleil".
Sans photo à l'appui, l'externe lambda que je suis est perplexe.
L'externe lambda a alors recours a son plus cher ami en matière d'imagerie médicale "Google image". Je ne plaisante pas. Tapez "chancre" dans google image, vous verrez, il y a de l'image de qualité (et de quoi être calmé).
Bref, je tape "yeux en coucher de soleil", et paf, entre autres photos (prévisibles) de... couchers de soleil, je tombe sur les yeux de cocker de Patrick Bruel, qui a manifestement chanté en son temps "coucher de soleil dans tes yeux". D'après mon bouquin, ces fameux yeux... sont le symptôme d'un problème au niveau du cerveau (en très très gros).
No comment.
J'en ris encore.

Tout ça parce que, je ne savais pas comment dire : "j'ai vu mourrir deux personnes cette semaine, une femme vendredi matin, tout est allé très vite, et ce fut sous mes doigts immobiles parce qu'il n'y avait plus rien à tenter; et un homme, très jeune, pour qui tout devait être tenté, qui allait tellement mieux. Mais il a rompu une artère dans ses voies aériennes, hémorragie cataclysmique et, en une minute, il s'est vu mourir sous nos yeux impuissants. Ceux qui savent ce que c'est s'imaginent aisemment l'horreur, les autres ont de la chance". 
Mais, vous voyez, je ne savais pas vraiment quoi dire d'autre, ce soir.
Mon stage là bas s'achève, et c'est tant mieux.
Par Ephélide - Publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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Jeudi 21 décembre 2006
Ma mère fait des flans dégueulasses pour le commun des mortels, sans sucre, "pour finir le lait", comme elle dit. Elle y jette pommes oeufs et farines au jugé. Parfois il dégouline, et parfois il est sec et luit comme du cellophane, mais je l'aime -je n'aime pas les desserts normalement. Et je le mange en tapant ceci, libre à vous d'y voir un parallèle.

Dimanche soir dernier, garde dans une autre réa, "une vraie", serai je tentée de préciser, en tout cas pas dans ce fameux centre contre le cancer. Pathologies plus aiguës, plus communes, plus variées, patients aux histoires radicalement différentes.

Me voilà dans la chambre de cet homme, il a une trentaine d'années, à moitié paralysé, encore, mais une patate d'enfer, là depuis une vingtaine de jours, il appelle le chef de clinique par son prénom et lui emprunte ses bds. Le chouchou de tous, me confie l'interne alors que, à l'extérieur de la chambre, je lui demande à voix basse, pourquoi est il là ?
Maladie de pas super pronostic, tu perdras lentement contrôle et mourras jeune, camarade.
Sur le mur en face de son lit, le panneau velleda magnetique où on accroche les résultats d'examens et autres feuilles de températures, est à moitié dégagé de nos papiers barbares pour laisser place à de grandes photos de sa fille, bébé à l'oeil étonné d'une dizaine de mois.
Son volontarisme et son sourire me serrent le coeur, tu iras mieux provisoirement, mais bientôt ta fille verra son père dépérir, tu te verras décrépir, conscient jusqu'au bout.
Je n'ai pas pitié, j'éxècre pité et commisération, d'ailleurs tu n'attends pas ça de nous, et elles sont mauvaises conseillères et infectes de bons sentiments très mal placés, mais tout de même.
Le coeur serré. Tout cela ne devrait pas planer sur vous.

L'équipe infirmière, majoritairement masculine, de ce soir chahute, je suis baptisée à grands coups de d'antiseptiques colorés, ils jouent les innocents je me venge et finis avec du yaourt dans le dos.
File sous la douche avant de croiser une famille, et change mon pyjama.

Amené par le samu, monsieur truc a eu très mal à la tête et a fini par perdre conscience après une phase de paralysie. Sa famille a appelé le samu, passage aux urgences d'un autre hôpital il est récusé de neurochir, avant d'atterir dans notre réa. Au scan son tronc cérébral était noyé de sang.
Il était bien portant et n'avait aucun antécédent, rien de rien, même pas du cholestérol, 69 ans et il est mort comme une lampe claque, sans s'être vu partir.
Sa famille est pour, et même à son âge c'est possible, alors ses reins aideront deux malades, au moins.


L'hôpital me hante, non pas comme ces clichés de cinéma, (je ne m'effondre pas en pleurant en hurlant contre cette chienne de vie (sauf une fois mais c'était différent), je dors la nuit, je ris, sors, mange, bois et fume parfois), mais comme un parfum de pourriture insidieux, qui corrompt chaque instant si je n'y prends garde. 
Cinéma, je regardais audrey tautou fumer ses longues clopes, pseudo femme fatale de film en noir et blanc, en s'envoyant du champagne, et tout ce que j'ai pensé, c'est "ma vieille, fais gaffe au cancer de la gorge". Super.
Par Ephélide - Publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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Samedi 16 décembre 2006
La question du moment, qui divise l'amphi, crée des clans, réveille de vieilles animosités, n'est pas qui va prendre la garde du 31 décebre et du 24 au soir et du 25 journée, non, cette question là s'est reglée dans le sang il y a déjà trois mois, mais bien le dilemme de l'étudiant en médecine français qui prépare l'internat :

Dois je prendre une Conf ? Et si oui, laquelle ? Hippoptome, Hermetique, ou Emirat (comme nous surnommerons ici pour ne pas leur faire de leur pub les principales parisiennes).

Lecteur, je te sens déçu. C'est que tu ne saisis pas tout l'enjeu de la question. Petit rappel, pour les non initiés (bénis soient ils), les autres pouvant sauter les paragraphes à venir.

Les études de médecine Française ont ce charme particulier d'être sanctionnées par deux grands concours. Schématiquement, un pour y entrer, et un pour en sortir.
En fin de première année, entre 1/6 et 1/10 de la promo seulement (en fonction des facs, des quotas, du nombre d'inscrits etc), sont autorisés à passer en deuxième année. C'est le fameux Numérus Clausus, dont le gouvernement nous anonce régulièrement des hausses spectaculaires, annonce particulièrement drôle à entendre quand on comprend ensuite que cette hausse sera étalée sur 6ans donc que l'augmentation annuelle sera la même que celle des 10 dernières années.
Et le concours de l'internat, bien sûr  (Enfin, "Epreuves Nationnale Classante", comme il faut maintenant l'appeller), que nous devons tous passer en fin de 6ème année et à l'issue duquel un classement de tous les candidats est établi. Ensuite le plus ou moins heureux lauréat choisi dans un vaste panel de spécialités (de médecine générale à radiologue en passant par chir, spé medicales etc...), en fonction de son ordre de classement, et passe du statut d'externe, au très envié (c'est à dire très envié par les étudiants des 6années précédentes) statut d'interne. Le nombre de postes offert par villes étant limités, tu as compris lecteur qu'il vaut mieux être bien classé pour pouvoir choisir de faire la spé qu'on veut dans la ville qu'on veut.

Inutile de vous le dire, tout cela est quelque peu anxiogène. Et c'est là qu'interviennent les prépas privées (pour la première année), et les conf (pour l'internat).


La conf, koikesse ?
En gros, c'est un organisme privé, qui paye de jeunes internes ou chefsde clinique pour venir donner des conférences à des externes de 5ème et 6ème année sur leur spécialité, afin de réviser au mieux et le plus intensément possible l'internat. (cette affirmation étant à prendre avec tout le recul nécessaire).

Et au final c'est la grande hypocrisie du système universitaire médical. Alors que nous sommes tous tenus de passer les mêmes épreuves, nous n'y sommes absolument pas préparés de la même façon. Quand certaines facs de certaines pratiquent des politiques ultra volontaristes organisant avec leur propre personnel enseignant des confs n'ayant rien à envier aux privées, mais... gratuites... D'autres, comme la mienne, en sont encore à mouliner dans le vide en déplorant que nous ne venions pas en cours (non adaptés aux épreuves) et se contentant de vouloir durcir les partiels afin de nous inciter à travailler. Super. Sauf que préparer une épreuve de partiel pour un prof dont on connait les marottes n'a rien à voir avec préparer l'internat.
Débrouillez vous, et roulez jeunesse. Mais ne faites pas honte à votre fac et soyez bien classés, que diable.

Le 4ème année donc, s'il veut avoir un minimum de choix pour son avenir professionel tire vite la conclusion suivante "il va falloir que je m'inscrive à une conf".
Et décembre est pile la saison où, en même temps que les décos kitsh de Noël, fleurissent sur
les murs de nos facs des posters publicitaires nous expliquant comment nous inscrire à la conf Hippopotame, Hermétique etc... C'est à dire, bien souvent, sans tellement plus d'explications : "Ne réfléchis pas trop et envoie nous un chèque de préinscription, qui te donnera le droit de recevoir un dossier avec le décompte du gros chèque d'inscription que tu devras ensuite renvoyer".

Et la cerise pourrie sur ce gâteau d'hypocrisie est que certaines facs préparant mal leurs étudiants vont jusqu'à cautionner (voire inciter) de facto ce système assez gerbant : beaucoup de conf' (payantes donc) ont lieu dans des locaux prêtés (loués ?) par des facultés (pas la mienne, mais plusieurs parisiennes).

Au pays des %ù@!*, certains doyens sont les rois.

En résumé, et pour citer un des médecins de mon service "on l'a dans le fion bien profiond".

Et si ces boites privées sont aussi désinvoltes quant à l'information de leurs futurs étudiants, c'est qu'elles ont compris une chose essentielle : beaucoup d'étudiants sont prêts à tout pour s'y inscrire. Et c'est assez drôle (un publicitaire devrait étudier la chose), parce que c'est le genre de phénomène qui s'auto entretient parmi nous. Dès la deuxième année tu es au courant de l'existence de ces confs et tu as bien souvent ton avis sur la question (en faire ou pas ?), et en quatrième, quand l'heure est venue de s'inscrire, le phénomène atteint son acmé, les étudiants arrivant à débattre réellement interminablement sur les deux grandes questions "S'inscrire ou non", "à Hermétique ou à Emirat" ?

Le plus comique étant que grosso modo, ces conf se valent (il arrive qu'un conférencier fasse des cours dans les deux ai je entendu dire), et que vu la pauvreté des information données par ces boites, les débats, et la prise de décision se basent sur des trucs aussi débiles (et je pèse mes mots), que "quels soirs de la semaine cela va t il être ?", "est ce que duchmoll y va parce que je ne l'aime pas et j'ai pas envie de la voir en conf ?", et surtout "le cinquième année avec qui je suis en stage est à emirat et en dit beaucoup de bien", ce à quoi quelqu'un répond immanquablement "oui mais celle avec qui je suis en stage a dit que Hermétique était bien aussi".
Les mêmes arguments étant repris en boucle, et le nombre de conneries prononcées et d'affirmations non vérifiées élevées au rang de parole d'évangile est impressionnant.

C'est à peu près du niveau de la discussion politique avec Robert, rencontré dans un bar un vendredi soir, qui après deux vodkas te confie avec acuité et fulgurance sa vision du monde et de la politique telle qu'elle devrait être. Mais sans la fumée de cigarette.

La pub des confs : le buzz élevé au rang d'art.

Le plus frustrant étant que comme tout est basé sur la rumeur, le on-dit et des avis subjectifs, chaque fois que l'on pense avoir pris une décision sur ces critères débiles, on est satisfait et on retombe dans le panneau : On engage la discussion sur le sujet avec quelqu'un, et on la finit plus embrouillé qu'on ne l'avait commencée.
Pouf, retour à la case départ, sans toucher 20 000 francs, mais en s'apprêtant à débourser 400 € (minimum) par semestre, sans trop encore savoir à qui les donner.

Bref, cela vire à la tragédie grecque, entre les farouches opposants (les plus intègres d'entre nous, mais les moins nombreux) à la chose, les poules mouillées qui, comme moi, cèdent à la pression à contre coeur et vont s'inscrire par peur de ne pas réussir à se préparer tout seul à l'internat ; et ceux qui de toute façon ne voient pas où est le problème.
Et au sein de groupes d'amis la division règne entre ceux qui ont choisi l'une ou l'autre, chacun étant évidemment intimement persuadé d'avoir fait le meilleur choix. Ou alors le groupe d'ami essayant de se mettre d'accord pour aller à la même tous ensemble, donnant lieu à d'interminables tractations.

Assez intéressant à regarder sur le plan comique, mais éminement stupide.

Apparement, on n'a rien de mieux à faire.
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Samedi 2 décembre 2006
Quand on commence à faire des stages, à aborder tout ça on se jure à soi même et au monde entier, jamais je ne serai un de ces monstres d'insensibilité.  Jamais.

La semaine dernière, c'est un rêve qui m'a secouée le vendredi matin, bien avant mon radio-réveil.
Les temps y étaient troubles, et je croyais aider des gens, mais en réalité je les tirais vers un autre enfer.
A un moment j'ai choisi de fuir et de laisser tomber, par peur, pour moi -l'affaire était dangereuse voyez vous-, et aussi parce que je ne voulais pas choisir entre ne rien tenter et les laisser périr ou faire quelque chose et les précipiter dans quelque chose de pire. (soit dit en passant c'est tellement mégalo que c'en est pitoyable). Ma lâcheté ressort la nuit.
Mais au final, les évènements me rattrapaient jusque chez moi. Et me réveillaient.


Le matin précédant cette nuit, au saut du lit de garde, j'ai vu un mort. On a bipé le sénior que je doublais, et je suis allée avec lui dans le service qui le réclamait. A moitiée réveillée, je n'avais pas compris ce dont il s'agissait. Quand je suis entrée dans la chambre, je suis tombée sur le corps. Il était mort à n'en pas douter et il n'avait rien à faire, pas même à tenter.
La propreté de la chambre, son lit défait à l'arrière plan et sa veste de pyjama déboutonnée rendaient la scène indécente de banalité.

J'ai aidé les infirmières à le mettre sur son lit, il pesait une tonne et me glissait des mains. Et j'avais beau chercher, je ne ressentais rien.
Par Ephélide - Publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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