Samedi 27 janvier 2007
[P1 qui recherche de la motivation, surtout ne lis pas cela, et garde en toi cette illusion stupide "la p1, c'est le plus dur".
A partir d'un moment (celui où l'on réalise la masse de travail pour l'internat, et je suis pas persuadée de l'avoir vraiment fait encore) on comprend que cette phrase est la plus drôle du monde.]
Janvier, l'externe moyen révise ses partiels en essayant de pas trop penser au fait que ça va aller en s'empirant, c'est pas comme d'habitude, c'est pas un exam qu'on révise une fois et c'est finit. Et non, il va falloir remettre ça, encore et encore, pendant trois ans, sans prendre de retard. Compulsivement on relit, et rerelit, en espérant que ça finira par rentrer (aah, la joie des maladies infs), ou on procrastine (en faisant des posts tout pourris ici par exemple, et parce qu'on a oublié toutes ses annales chez soi et qu'on est dans l'appart parental pour le week end**) en culbabilisant, et surtout, surtout, en se disant que putain (parce que c'est une période de l'année qui rend vulgaire), ceux qui ont fait dentaire et qui ont pratiquement finit leurs études avaient tout compris en ce jour de juillet 2004 où ils ont refusé une place en P2 pour s'inscrire en dentaire (et que fait on de toutes ces parenthèses ?).
On glande autour de la machine à café, les discussions volent bas, sur le thème "j'aurais mieux fait de faire caissière à cora, intellectuellement c'est reposant". Normalement, à ce moment, il y aura toujours un petit rigolo qui sera tenté de dire "ou chirurgien, hein, intellectuellement c'est du même niveau", mais les chirs ont eu leur internat en leur temps, alors on se la ferme.
Certes, dans le fond, on les a choisies ces études et on aime ce qu'on fait, mais on aime encore plus se plaindre et se noyer dans l'auto complaisance.
Honte sur moi, hier matin en staff, j'ose présenter mon patient admis pendant la nuit et dont le dossier a disparu : j'accroche au négatoscope le seul examen disponible, à savoir son IRM (le plus important de toutes façons) seul élément du dossier que j'aie réussi à trouver....
Il fallait s'y attendre : introuvable n'est pas français pour l'imposant chirurgien qui dirige plus ou moins le côté "orthopédie" de ce service de "chir générale".
Effondré sur sa chaise, il m'interrompt et me foudroie de ses yeux porcins "non, mais attends, il est où son dossier ?". L'absence du dossier le rend furibard et ça me retombe dessus (évidemment) ; j'essaie d'objecter quelque chose, que je suis allée le voir le patient, je l'ai interrogé et examiné, avant le staff par acquis de conscience, bref que je le CONNAIS, merde, et que je peux le présenter, même sans le dossier complet.
Eh bien non, non, ce n'est pas assez pour lui, il m'assène l'argument qui tue "il a FORCEMENT le dossier des urgences avec lui", et me regarde ensuite s'attendant apparament à ce que je ponde le dossier ou à ce que je le sorte de sous ma chemise genre "ahaha pouet pouet je vous ai bien eus".
Sa mauvaise foi n'ayant pas de limite, j'attends que ça passe, pendant qu'il enchaîne. Content de lui, de toute évidence, suintant la satisfaction d'enfoncer ainsi la "gamine" devant sa cour, pendant qu'un coin de son esprit prépare sans doute la prochaine blague mysogine qu'il sortira à propos d'une mamie et d'un col du fémur pété, "vieille femelle ostéoporotique qu'il faudrait piquer". Habituellement ça me glisse dessus, mais là, il est un peu tôt, et en le voyant face à moi, confit dans sa graisse, j'en ai presque la nausée.
GC, ayant manifestement le sentiment que GP (Gros Porc) a besoin d'aide, ou, ne supportant pas de se faire voler la vedette, allez savoir s'y met aussi "Non mais t'es sûre qu'il est pas là ?".
Il me faut me mordre les joues pour me retenir d'être vraiment désobligeante ou d'éclater de rire... oui, j'en suis sûre : j'étais dans le service en même temps que les internes, c'est à dire 20 minutes avant votre arrivée, à vous les gros... les internes m'ont refilé le bébé, et hop, j'ai fouillé tous les chariots et les casiers... mais vous avez raison. Restons concentrés sur le dossier absent et oublions le fait que le seul examen ici présent est là parce que j'ai fait l'effort d'aller le chercher pendant que vous étiez encore en chemin vers l'hôpital, et continuons à gaspiller le temps de tout le monde. On a bien compris que vous étiez chirs, et qu'il fallait pas vous demander de réfléchir, hein.
Ravalant tout cela de travers, j'abandonne, pas envie de leur donner la satisfaction de ne serait ce que rougir devant leurs remarques, je tourne les talons, faisant mine d'aller chercher de nouveau ce foutu dossier.Tous ces crétins ayant réussi à me faire douter de moi, je vérifie une dernière fois l'abscence du truc et, finalement, me réfugie sur la passerelle de verre qui relie l'entrée du service au bâtiment principal. petit mais alors tout petit Havre, d'Où on peut profiter d'un panorama assez sympa, si l'on oublie les voies rapides au premier plan, et cela a quelque chose d'apaisant.
J'aimerais bien aller boire un café en bas, ou me réfugier dans le service voisin, auprès d'amis externes, faire le plein de sympathie, mais il n'est 8h20 et la journée commence, alors je reste là, dans ce shoot d'eau de javel et de puanteur qui émane d'une chambre non loin, à regarder la banlieue ébrouer son sommeil.
Un peu plus tard, un anesthésiste en goguette dans le service croise mon regard alors que GC passe en gesticulant entre nous. Ni l'un ni l'autre ne pouvons retenir un sourire narquois. Mais le mien doit être teinté d'amertume parce que l'anesthésiste se rapproche de moi et me tape sur l'épaule, l'oeil rieur.T'inquiète pas, ça va aller.
Sur les observs que je rédige soigneusement et que GC aime à relire derrière moi pour pouvoir faire des remarques aussi débiles que "c'est parfois trop détaillé" (quand on sait que mes observs font une page et demi grand maximum, le terme détaillé est vraiment hilarant), j'essaie de tourner mes phrases afin de caser anodinement ces capitales :
FUCK, ou plus expansive JE TEMMERDE.
Mes tournures de phrases en pâtissent parfois souvent, c'est puéril et d'un débile fini.
Mais bon, je résiste comme je peux, et il n'y a pas toujours des anesthésistes pour me donner des signes de sympathie.
Le pire étant que ça me fait rire.
On va mettre ça sur le compte des exams, hein.
*ok c'est pas le bon terme en fait, mais c'était plus court que "J'en suis réduite à mettre des insultes cachées dans mes observations et je me crois maligne"
**QUI a dit "oh le bel acte manqué ?"
PS: Je vous rassure, dans le service, il y a une kiné et une assistante sociale adorable, toutes aussi navrées que moi par eux, et deux autres chirs, que je vois très très rarement, mais qui sont corrects et pédagogues quand je descends au bloc avec eux, trop rarement.
A partir d'un moment (celui où l'on réalise la masse de travail pour l'internat, et je suis pas persuadée de l'avoir vraiment fait encore) on comprend que cette phrase est la plus drôle du monde.]
Janvier, l'externe moyen révise ses partiels en essayant de pas trop penser au fait que ça va aller en s'empirant, c'est pas comme d'habitude, c'est pas un exam qu'on révise une fois et c'est finit. Et non, il va falloir remettre ça, encore et encore, pendant trois ans, sans prendre de retard. Compulsivement on relit, et rerelit, en espérant que ça finira par rentrer (aah, la joie des maladies infs), ou on procrastine (en faisant des posts tout pourris ici par exemple, et parce qu'on a oublié toutes ses annales chez soi et qu'on est dans l'appart parental pour le week end**) en culbabilisant, et surtout, surtout, en se disant que putain (parce que c'est une période de l'année qui rend vulgaire), ceux qui ont fait dentaire et qui ont pratiquement finit leurs études avaient tout compris en ce jour de juillet 2004 où ils ont refusé une place en P2 pour s'inscrire en dentaire (et que fait on de toutes ces parenthèses ?).
On glande autour de la machine à café, les discussions volent bas, sur le thème "j'aurais mieux fait de faire caissière à cora, intellectuellement c'est reposant". Normalement, à ce moment, il y aura toujours un petit rigolo qui sera tenté de dire "ou chirurgien, hein, intellectuellement c'est du même niveau", mais les chirs ont eu leur internat en leur temps, alors on se la ferme.
Certes, dans le fond, on les a choisies ces études et on aime ce qu'on fait, mais on aime encore plus se plaindre et se noyer dans l'auto complaisance.
Honte sur moi, hier matin en staff, j'ose présenter mon patient admis pendant la nuit et dont le dossier a disparu : j'accroche au négatoscope le seul examen disponible, à savoir son IRM (le plus important de toutes façons) seul élément du dossier que j'aie réussi à trouver....
Il fallait s'y attendre : introuvable n'est pas français pour l'imposant chirurgien qui dirige plus ou moins le côté "orthopédie" de ce service de "chir générale".
Effondré sur sa chaise, il m'interrompt et me foudroie de ses yeux porcins "non, mais attends, il est où son dossier ?". L'absence du dossier le rend furibard et ça me retombe dessus (évidemment) ; j'essaie d'objecter quelque chose, que je suis allée le voir le patient, je l'ai interrogé et examiné, avant le staff par acquis de conscience, bref que je le CONNAIS, merde, et que je peux le présenter, même sans le dossier complet.
Eh bien non, non, ce n'est pas assez pour lui, il m'assène l'argument qui tue "il a FORCEMENT le dossier des urgences avec lui", et me regarde ensuite s'attendant apparament à ce que je ponde le dossier ou à ce que je le sorte de sous ma chemise genre "ahaha pouet pouet je vous ai bien eus".
Sa mauvaise foi n'ayant pas de limite, j'attends que ça passe, pendant qu'il enchaîne. Content de lui, de toute évidence, suintant la satisfaction d'enfoncer ainsi la "gamine" devant sa cour, pendant qu'un coin de son esprit prépare sans doute la prochaine blague mysogine qu'il sortira à propos d'une mamie et d'un col du fémur pété, "vieille femelle ostéoporotique qu'il faudrait piquer". Habituellement ça me glisse dessus, mais là, il est un peu tôt, et en le voyant face à moi, confit dans sa graisse, j'en ai presque la nausée.
GC, ayant manifestement le sentiment que GP (Gros Porc) a besoin d'aide, ou, ne supportant pas de se faire voler la vedette, allez savoir s'y met aussi "Non mais t'es sûre qu'il est pas là ?".
Il me faut me mordre les joues pour me retenir d'être vraiment désobligeante ou d'éclater de rire... oui, j'en suis sûre : j'étais dans le service en même temps que les internes, c'est à dire 20 minutes avant votre arrivée, à vous les gros... les internes m'ont refilé le bébé, et hop, j'ai fouillé tous les chariots et les casiers... mais vous avez raison. Restons concentrés sur le dossier absent et oublions le fait que le seul examen ici présent est là parce que j'ai fait l'effort d'aller le chercher pendant que vous étiez encore en chemin vers l'hôpital, et continuons à gaspiller le temps de tout le monde. On a bien compris que vous étiez chirs, et qu'il fallait pas vous demander de réfléchir, hein.
Ravalant tout cela de travers, j'abandonne, pas envie de leur donner la satisfaction de ne serait ce que rougir devant leurs remarques, je tourne les talons, faisant mine d'aller chercher de nouveau ce foutu dossier.Tous ces crétins ayant réussi à me faire douter de moi, je vérifie une dernière fois l'abscence du truc et, finalement, me réfugie sur la passerelle de verre qui relie l'entrée du service au bâtiment principal. petit mais alors tout petit Havre, d'Où on peut profiter d'un panorama assez sympa, si l'on oublie les voies rapides au premier plan, et cela a quelque chose d'apaisant.
J'aimerais bien aller boire un café en bas, ou me réfugier dans le service voisin, auprès d'amis externes, faire le plein de sympathie, mais il n'est 8h20 et la journée commence, alors je reste là, dans ce shoot d'eau de javel et de puanteur qui émane d'une chambre non loin, à regarder la banlieue ébrouer son sommeil.
Un peu plus tard, un anesthésiste en goguette dans le service croise mon regard alors que GC passe en gesticulant entre nous. Ni l'un ni l'autre ne pouvons retenir un sourire narquois. Mais le mien doit être teinté d'amertume parce que l'anesthésiste se rapproche de moi et me tape sur l'épaule, l'oeil rieur.T'inquiète pas, ça va aller.
Sur les observs que je rédige soigneusement et que GC aime à relire derrière moi pour pouvoir faire des remarques aussi débiles que "c'est parfois trop détaillé" (quand on sait que mes observs font une page et demi grand maximum, le terme détaillé est vraiment hilarant), j'essaie de tourner mes phrases afin de caser anodinement ces capitales :
FUCK, ou plus expansive JE TEMMERDE.
Mes tournures de phrases en pâtissent parfois souvent, c'est puéril et d'un débile fini.
Mais bon, je résiste comme je peux, et il n'y a pas toujours des anesthésistes pour me donner des signes de sympathie.
Le pire étant que ça me fait rire.
On va mettre ça sur le compte des exams, hein.
*ok c'est pas le bon terme en fait, mais c'était plus court que "J'en suis réduite à mettre des insultes cachées dans mes observations et je me crois maligne"
**QUI a dit "oh le bel acte manqué ?"
PS: Je vous rassure, dans le service, il y a une kiné et une assistante sociale adorable, toutes aussi navrées que moi par eux, et deux autres chirs, que je vois très très rarement, mais qui sont corrects et pédagogues quand je descends au bloc avec eux, trop rarement.
par Ephélide
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Avec la blouse, avec le badge
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