Vendredi 24 novembre 2006


Comme on a tous besoin de rire un coup, voici mon premier bullettin de salaire. Ceux qui ont de bons yeux constateront par eux même la magnanimité de l'hôpital. 97,67centimes. Je crois ce sont les 67 centimes qui me font le plus rire. Quelle générosité.
Ces même pourront constater que ce n'est pas en représailles suite à un absentéisme de ma part puisqu'on constate bien que j'ai travaillé 86,67 heures (mensuelles, hein).
Quant à mes gardes, elles seront payées avec un mois de retard. Eh oui, c'est comme ça.

Juste pour le plaisir de râler, en dessous, une partie de  ma carte d'étudiante. Avec les frais de scolarité :
Alors je sais que ça peut paraître peu par rapport à d'autres en France (et à l'étranger n'en parlons pas) mais c'est parce que je ne paye pas la sécu (que je paye sur mon salaire en fait).
Bref, je commencerait à faire du bénéfice en février. Enfin en janvier peut être, si mes gardes (à 20€ la nuit) me sont versées.



A noël, mes amis auront des sablés et des cookies. Fait avec les ingrédients pris dans le placard maternel.


Par Ephélide - Publié dans : Lexique
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Mardi 21 novembre 2006
[moi] "Oui, bonjour c'est l'externe de la réa, j'appelle pour Mr Truc, il a une irm ce matin à l'heure à laquelle il devait venir chez vous... Pourriez vous me proposer une autre date pour son autopsie ?"

[interlocuteur, mort de rire] : Comme vous y allez, laissez nous faire sa biopsie d'abord.

[moi] ...

(in petto : oh merde non, j'ai pas dit ça, non non, j'ai pas pas dit ça, ouf, la porte de la chambre est fermée il n'a pas pu entendre).


[à mes co externes] : les filles, j'ai la vague impression que ce stage commence à atteindre mon optimisme naturel...
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Vendredi 17 novembre 2006
Hier soir, au début de ma garde, mon sénior m'a dit très clairement, que madame Unetelle allait très probablement mourrir dans les heures à venir. Son petit fils venait de repartir, ses enfants arrivaient un par un. Nous avions désactivé les alarmes des machines, et depuis le poste de soin situé à côté de la chambre, ouvrant de temps en temps les stores nous permettant de voir à l'intérieur, nous étions là. Je relisais le dossier de mes patients, tentait de récupérer leurs derniers examens, ou j'accompagnais mon sénior dans le tour du service d'avant la nuit, le check up pour voir qui allait bien ou pas, mais nous n'étions pas loin.
Et je dois avouer que, ce faisant, une part de moi attendait avec une immense curiosité cet instant où tout s'arrêterait. J'ai honte de l'écrire, mais c'est vrai. Déformation étudiante, sans doute, fascination morbide aussi, probablement. Bien sûr j'étais immensément émue par la détresse de son fils, qu'on a entendu s'effondrer de l'autre côté de la cloison. Tout le monde l'était, et l'ambiance balançait, entre tristesse et déconnade silencieuse.
Mais quelque chose en moi en revenait toujours à elle, si proche, son coeur qui s'arrêterait bientôt, et, finalement, cet immense mystère qui s'abatterait si près. Parce que ce serait la première fois que j'en serai le témoin direct. On a les rites de passage qu'on peut (ou qu'on mérite)
A mi chemin entre une vision trop technique et trop romancée de la mort, j'attendais.

Mais ce qu'il y a de bien avec la médecine, c'est que lorsqu'on s'égare un peu, on peut toujours compter sur elle pour vous balancer une grande claque en pleine face.
Un médecin, venu d'un autre étage, venu pour discuter de deux cas, particulièrement difficilles, des décisions de ne pas aller plus loin, d'arrêter des traitements, parce que plus d'espoir. En salle de repos avec ce médecin et mon sénior, je m'efforcais de me concentrer pour comprendre les traitements très techniques décrits quand tout à coup le nom du jeune homme dont nous parlions fut prononcé.
Ce jeune homme a vingt ans et va mourrir, très bientôt, quelques étages au dessus de mon service, après 3 ans de lutte (dont seulement une vraie année de répit). Le médecin nous décrivait la chose (car on aime confronter ce genre de décisions à l'avis des autres), expliquant le pronostic effroyable et la volonté commune à lui, sa famille et les soignants, de ne pas en faire plus.
Et son nom a soudain explosé.

J'ai balbutié "je le connais". Ce qui était un euphémisme pour dire "
J'ai fait toute ma scolarité, depuis les premières classes du primaire, jusqu'au lycée, quand il a arrêté pour se faire soigner, avec lui. Sans qu'il soit mon meilleur ami nous faisions partie du même groupe forgé par les habitudes et les affinités. Et merde, je croyais, nous croyions tous qu'il était guéri. Nous n'étions plus proches, mais il est dans mes souvenirs, une part inamovible de mon enfance et de mon adolescence, de ce patchwork de souvenirs de soirées, de cinémas, de mots passés en cours et de profs honnis de concert."
On a une vingtaine de jours de différence, mais je serais probablement la seule à fêter mes 21 ans le mois prochain.

Et merde.

J'ai attendu une heure, d'avoir une occasion de m'eclipser. Je suis allée dans les vestiaires et ait craqué un bon et grand coup. Nécessaire pour ne pas le faire plus tard, nécessaire pour ne pas montrer un visage décomposé à une famille ayant besoin de tout sauf de ça.

La fascination avait volé en éclats et seule l'infinie tristesse subsistait. C'est impressionant la dernière respiration de quelqu'un et le silence qui suit, seule preuve que tout a changé quand rien n'est différent.

Une patiente a été admise à notre étage peu de temps après, avec elle, les sourires et les blagues revenaient pour la rassurer, j'ai entrepris ce si gratifiant boulot d'externe consistant à éplucher le dossier (en désordre) pour en tirer l'essentiel et résumer la situation. Je l'examinais et le semblant de contrôle que nous avions de la situation m'a réconforté, les choses rentraient dans les normes, je me sentais bien soudainement.

J'ai passé 4heures dans la chambre de garde cette nuit là, mais n'ai dormi guère plus de deux.
Paris brillait au loin.

Merde.


[promis, les prochains articles seront plus gais]
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Samedi 11 novembre 2006
Lors de ce mois-et demi qui inaugure notre première année d'externat, tous les externes avec qui j'ai eu l'occasion de bavarder au dessus d'un café en piétinant devant la fac -et moi la première- (l'une des trois activités de base de l'externe l'après midi, avec dormir à la bibliothèque et travailler à la bibiothèque) ont fini par atteindre ce point, où ils ont dit, d'une façon plus ou moins explicite, en regardant d'un oeil fatigué le fond de leur gobelet, à quel point il se sentaient submergés par leur nouvelle vie. Pour le meilleur ou surtout, par ces après midi d'automne où tout paraît plus gris, pour le pire. Le "plus ou moins explicite" allant de l'élégant "putain ça me saoule, j'ai l'impression qu'il n'y a plus que la médecine dans ma vie", au sobre "c'est étrange, j'ai comme l'impression d'avoir moins de temps à moi".

Car oui, si, en 4ème année l'internat est encore loin et nous permet en théorie de profiter de plus de temps libre -faites du sport, de la musique, allez au cinéma, nous conseillait un interne avec tout le recul que 3ans d'internat lui apportaient déjà- , la 4ème année est aussi l'occasion de faire un maximum de gardes pour éviter d'avoir à en faire en 6ème, de se "débarasser" du stage obligatoire et, souvent, aux horaires particulièrement prenants de chirurgie. [Ou, comme me l'expliquait un ami,  De l'art de serrer les dents, quand, à 14h30, le chirurgien que vous assistez -tâche gratifiante s'il n'en n'est pas, vous lance "allez t'as une demi heure pour manger et on attaque la dernière opération". Joie.].

Un reproche qui est souvent fait est que l'on ne sait que parler médecine, entre nous, voire avec les autres. En même temps, ces temps ci, lorsque l'on me demande "alors, quoi de neuf"
force est de constater que les seules choses de neuves dans ma vie est ce qui m'arrive en stage, et mes cours. Si cela vous semble trop pathétique, libre à vous de m'offrir un cd, un livre, ou un billet d'avion pour Ouagadougou.
Les premières semaines, c'est plutôt de l'enthousiasme. La première garde est quelque chose d'excitant, rite initiatique comme un autre (la première blouse, le premier interrogatoire, le premier bloc, la première INTUBATION -réalisée il y a peu et en bonne geek, j'en suis fière-), on veut veiller tard, et on est content au matin. Les semaines suivantes, l'attrait de la nouveauté en moins, ou l'automne en plus je ne sais pas trop, mais tout paraît plus usant.

Je viens de passer deux semaines en Anesthésie à faire plein de trucs qui mettent en transe le premier néo externe venu. Si vous n'avez pas encore compris, j'ai réussit à intuber, et à cet instant j'ai fait mentalement ma "danse de la victoire" à la Eliott dans Scrubs, la seule chose m'empêchant de le faire vraiment étant que nous autres anesthésistes étions en retard (une sombre histoire de péri ratée par mon interne alors que j'étais là, ce qui m'a valu la réputation de "porte la poisse") et que toute l'équipe de chirurgiens me regardait intensément depuis le mur sur lequel ils étaient adossés. Et je doutais que cette laborieuse intubation à laquelle ils venaient d'assister, mérite à leur yeux que je me mette à faire tournoyer mon stéto au dessus de ma tête en criant j'ai réussit j'ai réussiiiiiiiiiit.
"Tu t'en fous, c'est des chirs, ils trouveront toujours que les anesthésistes vont trop lentement" m'affirmait mon interne au début du processus. Certes. Reste que il n'y a pas grand chose de plus stressant au moment d'intuber quelqu'un que trois personnes vous regardant fixement et vous faisant sentir par le poids de leur silence, à quel point il serait bien que vous réussissiez.
Ah si. Quand le patient se vide de son sang et ne respire plus ça doit être un peu stressant pour intuber aussi, mais là est la magie de l'anesthésie, ou l'on programme tout ça : ça se fait dans le calme et non dans l'urgence. Bref, je referme cette longue parenthèse qui m'a servi à illustrer à quel point ces quinze jours étaient bien pour en venir là où je voulais aller en premier lieu : mon retour en réa fut difficile.
La réa, à la base, c'est bien. Mais dans cet hôpital spécialisé dans le cancer etc, ça ressemble à un concours d'histoires plus tragiques et plus palliatives les unes que les autres.

Et finalement c'est aussi la difficulté de cela. Je ne vois que les cas les plus tragiques, j'ai un échantillon de malades complètement biaisé par le fait d'être dans ce centre (donc souvent orientés là parce que leur pathologie est de "pas super" pronostic), et ça commence à me miner. Je ne ferai pas de cancéro plus tard -et j'admire ceux qui en font-. Mais surtout au bout d'une dizaine de jours, j'ai compris qu'il y avait certaines choses que je ne pouvais pas vider sur ma famille, certaines histoires que je ne pouvais pas raconter. En dehors du risque d'en faire des hypochondriaques, je ne veux pas marquer durablement leurs esprits d'un profond pessimisme concernant cette maladie. Ou parfois quand ils me parlent d'une connaissance malade, et que avec mes bribes de savoirs, je flaire que ça pue, je retiens mes mots et j'écoute, parce que sur une histoire racontée comme ça on ne peut jamais savoir. Et que surtout, parfois, mieux vaut être le seul à savoir.


Je m'égare beaucoup ce matin, j'ai du mal à structurer tout ça. Je pensais juste au reproche bien connu que l'on  nous fait souvent : vous ne parlez que de ça.
Pour dire deux choses : 1) on le fait parce que nous sommes noyés par cela, que nous trouvons souvent cela passionant (à tort, je sais), et que parfois des situations sont extrêmes et ont besoin d'être évacuées [entre moi et d'autres amis dans des stages durs, cela vire au concours de l'histoire la plus glauque. Il faudrait penser à codifier tout cela. Genre moins de 50 ans : 1 pt de bonus, moins de 35, 2pts, moins de 18 : 5 pts, moins de 10 : 10pts. Un mari/femme aimant qui va être veuf ou veuve, pouf des points en plus, et si il y a des orphelins, jackpot !], mais on sait aussi que les situations drôles vues en garde vous font souvent rire. On a juste du mal à doser. Et pas grand chose d'autre à dire.
2) On en dit peut être moins que vous ne le pensez.

Et une dernière chose, la prochaine fois que vous en voyez un de sociopathe d'étudiant en medecine... Soyez gentils. Trainez le au ciné, au resto, à piscine (où, atout du lieu, vous pourrez le noyer s'il est trop insupportable). Et rappellez lui qu'il n'y a pas que ça dans la vie.
Par Ephélide - Publié dans : Sous la blouse, sous le badge
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Lundi 30 octobre 2006
A quoi reconnait on un chirurgien sympa ?
Quand en réponse à sa question "Qui êtes vous ?", vous bredouillez "Euh bonjour, Truc Muche Externe de Réa, en stage en Anesth. pour 15j ", il ne se désinteresse pas de vous (parce que bon bien souvent c'est "ah petit salaud d'anesthésiste, rien à voir avec moi, qu'il se démerde).
Il vous sourit et dit "oh d'accord, n'hésitez pas à me poser des questions." Il vous explique l'opération qu'il s'apprête à faire et commente les scanners sans sembler s'appercevoir de votre étonnement. Il vous lance "Allez chercher le marchepied avec l'accoudoir, vous pourrez mieux voir".
Ensuite au fur et à mesure de l'opération il prend le temps de vous expliquer ce qu'il fait. Il répond à vos questions.

Certes. Ce sont des bons signes. Mais j'ai le test ultime. Expérimenté ce matin.

Perdez l'équilibre sur votre marchepied bancal, et passez à un cheveu de tomber la tête la première dans l'abdomen ouvert du patient. Sauvez la situation en vous rejettant d'une manière efficace mais peu discrète en arrière.

Pendant que votre interne pouffe derrière son masque et que tout le bloc vous regarde d'un air étonné balbutiez "ah euh ouais, euh excusez moi j'ai perdu l'équilibre". Vous vous donneriez des baffes, et  vous vous attendez à vous faire jeter du bloc comme la malstérile que vous êtes.

Et là, le chirurgien sympa hausse les épaules, baisse la tête, et pointe quelque chose du doigt "allons bon. Regardez ici, vous voyez la veine splénique ?"
Par Ephélide - Publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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Dimanche 22 octobre 2006
Il y a une chose à ne pas oublier, un externe, ça passe autant de temps en cours qu'en stage. Ou à travailler seul. Oui, parce que les cours, on a beau être motivé, on finit par ne plus y aller.
Le système de nos études est assez pervers, les doyens et les profs poussant leurs étudiants à l'élitisme afin d'avoir les meilleurs résultats possibles aux ECN (l'équivalent de l'ancien internat), comme si une spé était le seul objectif digne d'être poursuivit. Sauf que 50% d'entre nous seront médecins G., les chiffres sont formels, au vu des postes offerts. Médecine G à laquelle nous ne sommes quasi pas sensibilisés durant nos études. Bref.
Une fois pris en compte le fait que notre doyen n'est PAS CONTENT des derniers résultats et nous le fait savoir par divers moyens aussi subtils qu'inventifs (demander aux profs de nous pressuriser, menacer d'augmenter les moyennes de validation des partiels, faire redoubler massivement), on se dit que les cours vont être bien et adaptés à la préparation des ECN. Eh bien non. Quasi pas. Quand le prof daigne venir, il fait trop souvent un cours qu'il faudra entièrement reprendre, seul, avec un bouquin. Résultat on ne va pas en cours et on travaille directement sur les livres. Et les profs de pester contre ces petits cons. J'exagère, jusqu'à présent 2 nous aident vraiment là dedans. Dont 1 qui est en permanence dans le même état d'excitation qu'un Sarko confronté simultanément à une crise conjugale et banlieusarde. Et qui n'a manifestement qu'un but (le prof, pas sarko), nous rendre aussi stressés que lui, et pourquoi pas, réussir à faire péter un anévrysme chez l'un d'entre nous avant 3ans. Allez savoir pourquoi, j'ai tendance à considérer qu'à 3 ans des épreuves, c'est quelque peu contre productif.

En dehors de ça, voici un échantillon de ce(ux) à quoi nous sommes confrontés.

- Le vieux : Celui là ne fait plus que des cours de culture G aux premières années. Des cours d'éthique, ou d'histoire de la médecine. De rares exercent encore (chefs de services), et sont à jour, mais la plupart sont dépassés, d'où l'absence de cours dans d'autres années. Quand on le voit la première fois, on dit en blaguant qu'il a du voir de son vivant l'invention du stéthoscope (par ce brave Laënnec, c'est la minute culturelle). Tel est pris qui croyait moquer, s'il n'a pas vu ceci, Papy a commencé à exercer alors qu'on soignait encore la syphillys par des injections de mercure dans le cerveau, et a assisté en tant que médecin à l'arrivée des premiers antibiotiques. Respects formolés.

- Le passioné et passionant : La perle rare. Souvent encore relativement jeune, celui là a choisi sa spé, l'aime, et ça ce sent. C'est le genre de personne capable, en une heure, de créer des vocations pour sa spé chez les trois quarts de son public. Certes les vocations d'étudiants peuvent être très labile, mais ça tient malgré tout de l'exploit. Il est drôle. Il est jeune. Il arrive à vous passioner pour le Pick Flow ou l'indice de Sokolow (choses chiantissimes s'il en est). Il fait de gros efforts pour être accessible, synthétique et clair. Et en plus il est sympathique. Gloire à lui.

- Le médecin idéal : L'autre perle rare. En général, c'est un passioné passionant que vous avez eu l'occasion de voir exercer quand vous avez été en stage dans son service. Et c'est là que vous avez réalisé, qu'en plus d'être passionant, il était humain. Qu'en plus d'être pédagogue avec ses stagiaires, il savait être à l'écoute de ses malades. Ses connaissances vous semblent infinies, à la limite de la science infuse (celui que j'ai rencontré faisait de la Med. Interne, ça vous situe le niveau). Et qu'en plus il est beau. Celle qui a dépouillé les évaluations des terrains de stage qu'on remplit pour le BDE m'a confié avoir trouvé sur plusieurs CCA intelligent, intéressant, beau, mais marié. Oui, il fallait bien un mais quelque part.
Quoiqu'il en soit, c'est le genre de personne qu'il est bon de rencontrer. Parce que ça vous fixe des modèles, des référents positifs.

- L'élististe excité. J'ai failli écrire "le connard", ayant eu à en subir un vendredi soir, mais je me suis dit qu'il fallait rester correcte. Il arrive souvent en retard en cours, parce que il ne faudait pas oublier que monsieur est important, qu'il a des choses à faire, plus que vous en tout cas. Mais son retard, c'est vous qui le payez. Parce qu'il ira au bout de son powerpoint prévu pour durer 2h, même s'il est vendredi soir, qu'il est 18h25, et que le cours devrait être finit depuis 25 minutes. Il vous regarde avec hauteur "non, un dernier cas, après tout on a commencé en retard". LA faute à qui ? ce cri du coeur vous a échappé, il n'y a que le "connard" final que vous avez réussi à retenir. Heureusement pour vous (ne jamais insulter avec un professeur alors que vous risquez de devoir faire des stages dans son service). Parce que bon, QUI est arrivé avec 25 minutes de retard ? Qui a jugé utile de commencer son cours par un laïus sur les ECN ? Qui s'est interrompu régulièrement parce que, honte sur vous, vous ne connaissiez pas les doses d'HNF réglementaire dans le traitement de cette pathologie que vous découvrez avec son cours ? Non, parce que lui, les connait (lui semble oublier qu'il est cardiologue depuis 25ans donc que le contraire serait inquiétant), et que pour les ECN faut les connaitre, hein, va falloir penser à se mettre au travail. Il parle vite, gesticule avec son micro et grimace. Il est surexcité, hautain, pédant et vous rend nerveux. Vous lui colleriez bien des baffes, ça serait peut être plus productif que le stress qu'il essaie de susciter chez vous.

- Le passioné pas passionant : C'est un peu aux cours ce que "questions au gouvernement" est à la télé. Vous regardez, sentant bien que quelque chose d'important est en train d'être dit, que les gens dans la petite lucarne ont même l'air d'y trouver de l'intérêt, mais non, impossible de faire le lien avec les bruits monotones que vous entendez. Ce prof là, est le midas de l'ennui. Quelque soit le domaine auquel il s'attaque,il vous le rend inintéressant. Le pire qui puisse vous arriver ? Vous retrouver en stage avec lui.

- Les chercheurs : de l'illuminé au désabusé, ils ont tous quelque chose qui me les rend éminement sympathique, ce petit côté Don quichotte, se lancer dans des programmes sans bien savoir où ça va les mener. C'est grâce à eux que les choses avancent.

C'est loin d'être exhaustifs, mais c'est pas tout ça, j'ai des choses à faire moi.
Non, je ne suis pas importante, non, je ne travaille pas non plus, j'ai juste promis à mon Interne qui doit partir bientôt (changement de stage bi annuel oblige) de lui faire un gâteau.
Par Ephélide - Publié dans : Lexique
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Samedi 14 octobre 2006
C'est en me voyant mercredi matin dans le petit miroir surpombant le lavabo de la chambre de garde que j'ai eu une pensée compatissante pour ma mère.
Je me suis lavée le visage à grande eau, ai raccroché badge à mon pyjama, et remis dans mes poches les bricoles que je traine partout (carnet, stylos, feuilles d'observ' à moitié remplies, torche, marteau et stétho) et que j'avais délogées pour la nuit, pour cause de "tiens mon marteau réflexe incrusté entre ma rate et une cote, c'est pas confort confort pour dormir...". Oui je sais, j'ai un esprit de déduction très puissant.
J'ai récupéré mes petites affaires donc, sauté dans mes baskets et suis retournée dans mon service.
le grognement compatissant poussé par une infirmière de jour en me voyant m'a confortée dans mon idée. Ce matin, mon badge serait mon plus beau miroir. Je buvais mon café en me répêtant que non, le nid d'oiseau sur la tête, les containers sous les yeux injectés de sang et la trace du drap sur le visage n'étaient pas graves.
Le cours hebdomadaire et obligatoire dispensé par les pontes cet hopital était juste assez intéressant (et obligatoire) pour me persuader de ne pas aller dormir et de faire un effort. J'ai donc gratifié les autres externes de ma présence, arrivée à la bourre post-staff, ni changée ni douchée, je me suis échouée sur une chaise telle une phoque sur la banquise et ai fait tout mon possible pour garder les yeux ouverts, et prendre des notes sans trop piquer du nez.
A un moment, j'ai croisé le regard d'un autre externe et son sourire mi moqueur mi compatissant, m'a fait rire en silence. Je repensais de nouveau à ma mère, qui me parlait le week end précédent (et ce midi encore) du mariage du fils d'une de ses amis. Ma mère marche beaucoup aux insinuations. Mais j'ai connu plus subtil. A côté Goebbels faisait dans le subliminal.

Mais je dois avouer qu'il y a un certain plaisir, -certes masochiste, dans tout ça. Ce matin, fin de ma deuxième garde, première aux urgences (la précédente était plus cool, dans mon service), particulièrement éprouvante, "couchée" à 5h30 et levée à 9h00.

"oui c'est l'agent d'entretien, je viens faire la chambre".
Soit.
Enfiler mon jean à tatons (parce que j'avais les yeux collants, le superbe plafonnier en néon était bien allumé, hein), garder le haut de pyjama (bleu cette fois) pour cause de tee shirt personnel sali (histoire peu ragoutante qui m'a servie de leçon), rassembler mes affaires, rapporter la clé à l'accueil du service, échanger un sourire fatigué avec l'externe du jour, un merci et aurevoir.
Surtout, trainer ma lassitude physique et mentale au travers du CHU endormi (samedi matin oblige) et brumeux, en sortir, rentrer dans mon studio, prendre une douche pendant que le thé se prépare, enfiler un tee shirt propre, filer sous la couette avec un bol de thé et une bédé surlaquelle m'endormir.
Profiter de la douche, du thé, et de la douce quiétude de la couette comme rarement.

Et quelque part au fond, alors que les muscles se détendent, derrière l'énervement induit par l'engorgement, le dysfonctionnement du système, la fatigue de la nuit surajoutée à celle de la semaine et des profs qui nous mettent déjà la pression pour le concours ; derrière le souvenir de mes propres maladresses nocturnes de boulet un peu perdu qui aurait voulu mieux faire, derrière la dureté de certaines situations rencontrées, la mise à distance difficile à faire, derrière tout ça ressurgit le sentiment irremplaçable d'avoir été utile, d'avoir été là, pour au moins une personne.

Le premier qui dit "bon t'as finit de te la jouer "knacki le goût des choses simples" ?" se prend des claques.
Par Ephélide - Publié dans : Sous la blouse, sous le badge
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Mercredi 4 octobre 2006
Tout néo externe à peu près normalement constitué (ce qui ne va pas de soi, remarquez), stresse au matin de son nouveau stage. Bon, après, chacun le cache plus ou moins bien  : entre la technique du kéké "non, pas de problème je suis au taquet, je sais plein de trucs, les doigts dans le nez et je bois du burn", et son exact contraire, technique du "oh mon dieu, je ne sais rien, alors que j'ai travaillé toutes les vacances pour me préparer à cela, mais faut pas le dire", tous les intermédiaires sont possibles, grâce à la merveuilleuse diversité de la psychologie humaine.
L'ironie de tout ça est qu'on se rend malade, qu'on dort mal, pour se retrouver face à quoi nous sommes parfaitement préparés depuis trois ans.

Non, rassurez vous, je ne m'apprête pas à faire l'apologie de notre formation à l'université, non non. Je parle ici de cette chose qui nous poursuivra toujours : la paperasserie et l'administration.

Une rumeur persistante veut qu'une partie des postes du personnel d'accueil téléphonique de certains hôpitaux parisiens, dont je tairais le nom par pure charité athée, soit réservée aux contrats emploi-solidarité, notament à des gens un peu sourdingues, ou un peu... lents (je reste charitable). C'est l'explication donnée pour les interminables et homériques pérégrinations téléphoniques lorsque l'on cherche à joindre quelqu'un d'un autre CHU, ou d'un autre hôpital. Non pas que les gens soient plus performants dans le notre, c'est juste que dans son propre hôpital, on connait les numéros de bip des gens, et on les harcèle jusqu'à ce que réponse s'en suive.
Ca doit être un système pour éviter le sur-engorgement des lignes, seuls ceux qui le méritent accèdent à ce(ux) qu'ils veulent. Un peu comme "le livre dont vous êtes le héros", ou réussir à obtenir une assistance auprès d'une hotline d'un fournisseur internet, sauf que là, la communication téléphonique est gracieusement offerte par l'AP et que le "retour en page 25" est accompagné des 4 saisons (non, pas la pizza, malheureusement. Ce blog exige un minimum de culture de la part de ses lecteurs (donc... moi)).

Mais je m'égare. Tout ça pour dire que je suis toute prête à lancer une nouvelle rumeur, le personnel chargé de la lingerie de l'hôpital où je suis en stage est fait d'emplois solidarité. Aussi. Pas des sourds, hein, l'autre catégorie citée plus haut.

Prenez une trentaine de nouveaux externes. Il leur faut une blouse. Un badge à la rigueur.
D'abord le badge, parce que là bas, tout est informatisé. Une petite puce dans votre badge enregistre votre nom, votre service, quel est le "trousseau" auquel vous avez le droit (dans mon cas, la totale, pyjama et blouse). Ensuite, juste en présentant ce badge au "Distributeur Automatique de Blouse", on doit pouvoir récupérer le trousseau complet. Cette machine diabolique sait si vous avez rendu votre linge sale, à combien de vêtements et la taille auquelle vous avez le droit etc.

Bref, confectionnons un badge, chargons le et roulez jeunesse.
Ca a l'air simple, beau, huilé comme un maître nageur brésilien au soleil de rio, n'est ce pas ?

Et bien non.

Prenez deux personnes pour faire le badge. Deux.
Un qui tape sur l'ordinateur nos petits noms, bien qu'ils soient déjà inscrits sur un listing à côté de l'ordinateur, soit dit en passant. Puisque nos noms sont connus, pourquoi ne pas les pré rentrer ? Mystère. Et qui, simultanément, braque sur nous la caméra numérique destinée à nous prendre en photo.
Non, je n'ai pas écrit "cadre". A dessein.
Mon menton sort du cadre, j'ai l'air d'une sale gamine qui est rentrée dans un photomaton sans parvenir à en régler le siège. Leur logiciel de traitement d'image nous applatit la face. C'est du moins ce qu'on aime à se répéter entre nous, sur le thème du "mais non t'as pas de grosses joues, c'est leur logiciel". La lumière spéciale "néon de deuxième sous sol sur fond de mur blafard" nous (me) donne un air cadavérique.
Et alors que, normalement, en sortant d'un photomaton, on est en droit de déchirer la photo et de tout jeter, voilà que c'est collé à un badge, par les soins de la deuxième personne qui récupère la photo imprimée à côté de notre nom sur du papier collant, le colle sur une plaquette plastique, ajoute une attache et nous rend le tout "voilà un badge".
Super.

Pour comprendre mon désespoir intense à la vue de cette horreur (oui, je parle de ma photo), il faut savoir que le badge est un outil essentiel d'interaction sociale à l'hôpital, surtout quand on est nouveau et qu'on change réguilièrement donc que personne ne nous connait et qu'on ne connait personne. Alors, bien sûr, ça requiert un peu d'entrainement, pour ne pas dire. "Bonjour, euh...". Regard en biais vers la poitrine de l'interlocuteur "Kinésithé...ra"... In petto, quel étrange nom, je crois qu'il y a de l'arnaque, re-regard en biais vers la poitrine de la personne (ce qui peut facilement faire passer n'importe quel homme pour le dernier des pervers dans un univers si féminin) 'Euh, bonjour, euh... Xavier".
Nos badges vont être reluqués en long et en large pendant les mois à venir. Et me voilà avec un parfait faciès hippocratique (= visage de la mort), une de mes plus belles prestations photomatonesques à ce jour, sourire incertain, yeux à mi chemin entre le faon égaré et le hérisson pris dans les phares d'une voiture, collé au sein gauche. Comprenez ma douleur.
Heureusement la plupart des patients de mon service sont inconscients. Et celui dont je m'occupe en particulier (oui, pour ceux qui sont externes et se disent "quoi, elle a qu'un seul malade la paresseuse ??", oui, c'est un petit service avec des grosses pathologies à la charge de travail très variable, donc oui je n'ai qu'un malade. Pour l'instant.) est conscient mais ne peut pas crier. Merci la maladie.

Remarquez, je commence à relativiser, à mesure que je rencontre des gens (et leurs badges), je me rends compte que, à l'évidence, personne n'avait été prévenu de la photo, et tout le monde a eu droit au même traitement surprise le jour de son arrivée.
Résultat, si on alignait tous les badges de l'hôpital on aurait un parfait musé photographique des horreurs. C'est un concept à creuser, je crois. Ca ferait peut être suffisament pitié pour attirer de nouvelles subventions.

Bref. Je m'égare encore. Ca devient laborieux.
Une fois Laurel et Hardy ayant pondu notre badge, il faut le charger. Hou, j'entends des esprits taquins "mais pourquoi ne pas le faire en même temps ?". Vous plaisantez, j'espère. Ca ressemblerait trop à de l'efficacité.

Nous sommes toujours trente. Et migrons en troupeau jusqu'à un autre bureau où une brave dame configure nos badges pour la lingerie. Ca doit bien faire 5 ans qu'elle est là, si elle sortait trop brutalement au soleil ça la tuerai probablement, mais non, elle ne maîtrise toujours pas et tape à deux doigts. Trente noms. et autant de références de linge.
J'ai donc récupéré un pyjama. Mais si vous savez ces tuniques de tissu, le cliché du médecin. Ce qu'ils portent dans Scrubs, en permanence. Oui. Et comme dans scrubs, seuls les plus "gradés" portent leurs vrais habits sous leurs blouses. Sauf que les notres sont blancs. Je sais pas, le bleu devait être trop gai. J'ai hâte que les dernières traces de bronzage s'estompent chez tout le monde qu'on soit raccords avec nos tenues, et les murs de l'hôpital.

Si on veut pouvoir manger au resto de l'hôpital il faut de nouveau charger son badge avec des crédits, dans un autre bureau à un autre étage, après l'avoir activé à un autre bureau et un autre étage. Je ne blague pas. J'imagine que ça doit bien prendre une demi heure. Or à midi, j'ai une heure pour manger-aller à la fac qui est dans la ville voisine- et être pile à l'heure pour mes cours.
Moralité, je mange un sandwich.


Le tout tapé à la va vite. Premiers jours avec un rythme un peu épuisant obligent. La suite bientôt.
Par Ephélide - Publié dans : Galères
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Samedi 30 septembre 2006
La preuve : Je ne suis pas au Vouuaille. Au WEI. Au week end d'intégration, quoi. Qui se déroule en ce moment même.
J'y avais bien rit quand j'étais bizuthe, (i.e. en deuxième année) je dois l'admettre, j'avais bu raisonnablement et je m'étais dévêtue (dans les limites du raisonnable, maman, dans les limites du raisonnable), pour le bien de mon équipe -l'altruisme me perdra, mais voilà, je n'ai pas l'esprit clanique.

Il suffit que quelqu'un revendique une appartenance à une catégorie exclusive, avec ses codes pour les initiés, et son univers siiiii particulier, pour que ça me donne des boutons. Surtout vu le degré d'artificialité de ce genre de chose. Si certains montrent leurs fesses aux cars de touristes japonais qui dépassent les cars en route pour le WEI, parce que c'est drôle (c'est leurs fesses, et leur problème, et c'est vrai que la tête du japonais étonné ou du retraité outré vaut le coup d'oeil)  d'autres appliquent la philosophie du "je bois un max et je montre mes fesses pour biiiien me persuader que je suis étudiant(e) en médecine. Et je raconte plein de blagues scatologiques, aussi". Et ça... c'est... triste. Non ?

Si. Triste comme ces "VIP" de mon amphi qui se sont tous mis à boire du "Burn" comme un seul homme, du jour au lendemain, lorsqu'on a repris les cours. Sous prétexte qu'on est externes maintenant et que l'externat, c'est crevant et qu'on a besoin de boissons énergétisantes pour travailler tard et tenir pour les gardes. Moi je veux bien, mais j'ai eu du mal à voir le crevant dans les trois jours de cours (sans stage ni gardes) qu'on vient d'avoir. Abrutissant, oui. Nécessitant un "burn" à 10h du matin ? Non.
Je suis injuste, c'est pas triste, ça a un petit côté attendrissant. Comme les enfants qui rangent leur doudou la veille de la rentrée en CP, parce que maintenant "ils sont grands". Sauf que là il sortent un nouveau doudou, tous en coeur. C'était mignon, dix personnes avec la même bouteille dans la main au même moment. En fermant les yeux, on pouvait entendre les bêlements.

Rien n'est plus horripilant que d'entendre parler des "djeuns" (qui ne lisent plus et qui puent, en substance, selon le JT de FR2 d'hier soir), des "séniors", ou tout autre catégorie pseudo hermétique que les médias ou (pire) les intéressés inventent, et dans lequelles on est priés de se reconnaitre.

La seule chose qui se ressent vraiment de mon appartenance à la joyeuse catégorie "carabins" est, outre ma conversation (ce blog en est la preuve), mon humour. Parce que, oui, j'ai un humour de geek. Oui, appeller un stagiaire "thrombus de couloir" ça m'a toujours fait rire. Et la maladie et la mort aussi.
Par Ephélide - Publié dans : Sous la blouse, sous le badge
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Vendredi 29 septembre 2006
Tout d'abord, la question que tout le monde se pose. "Qu'est ce qu'un externe ?".

Non, ce n'est pas quelqu'un qui rentre chez lui pour manger. Enfin si, mais pas dans ce contexte. Proposition suivante ?
Non, non plus, ce n'est pas quelqu'un qui n'a rien à faire là (quoique). D'autres volontaires ? Non ?

Un externe c'est le degré zéro de la hiérarchie hospitalo-universitaire.

Certes, il y a le stagiaire en -1, mais le stagiaire, en général, c'est un peu le comme le cousin Gontrand qui a été bercé trop près du mur, et à qui on en veut pas d'être un peu lent. On le laisse dans son coin, on le surnomme affectueusement "thrombus de couloir", et de temps en temps on lui jette un os "va accompagner Untel pour ausculter monsieur Machin". Ou "vas y écoute et dis moi ce que tu entends".

Il a passé son concours, il a un stétho dans la poche et ça suffit à son bonheur. Il parade dans sa blouse blanche, qu'il garde pour aller chercher un café à la cafèt de l'hosto, à moitié pour la frime à moitié pour bénéficier du prix réduit "personnel de l'ap hp" sans avoir à le mendier ("au fait je suis étudiant, puis je avoir le tarif réduit ?"). Quand il est en groupe, dans les transports ou hors de son CHU il fait souvent ce que font tous les kékés, à savoir : parler ostensiblement de ses études et de ses stages en espérant (plus ou moins consciemment) impressionner les gens autour. C'est lamentable, oui. A sa décharge il en a bavé pour en arriver là. Et ça lui passera. Ou bien il finira chirurgien esthétique, à voir.

Un externe est légèrement plus avancé que le stagiaire, mais uniquement parce qu'il a un an de plus. Et cette année de plus ne lui apporte pas grand chose. Sauf des ennuis. Et l'incroyable chance d'approcher un peu du métier qu'il veut faire, oui, aussi, mais des ennuis, surtout. Il arrête vite de parader. Surtout si vous le saisissez au saut du lit à 3h du mat' alors qu'il a fermé les yeux depuis 10min et qu'on le bippe parce qu'un crétin bourré qui a donné un coup de poing dans une vitre se pointe aux urgences. Vous verrez il fait moins le fier.

Donc, du jour au lendemain, ou, plus exactement, après 3 mois de vacances, notre externe quitte la douce vie de 3ème année et se retrouve propulsé dans la délicate situation suivante :

1) Il est censé savoir quelque chose. On attend de lui qu'il sache répondre à certaines questions, même abruptes, même sur une matière qu'il n'a jamais étudié.


2) Il est censé savoir ausculter un patient. En général c'est lors du premier examen en solo qu'il se rend compte qu'il n'aurait pas du dire "mais oui je l'entends le souffle au coeur" en prenant un air inspiré toutes les fois qu'on lui en faisait écouter un, au temps béni où il était stagiaire (et qu'un médecin sympa daignait s'occuper de lui), alors qu'il n'entendait rien d'autre qu'un bruit de coeur. (depuis ce jour lui a reéssayé sur lui. Il est persuadé d'avoir un souffle au coeur, maintenant, mais ne sait toujours pas en reconnaître un).

A l'époque il avait peur de passer pour un con. C'est maintenant qu'il se rend compte qu'il en est un.

3) Il est devenu un défouloir universel. Tout le monde, de l'infirmière au chef de service, en passant par la secrétaire médicale, peut s'en servir. Il y met du sien aussi, c'est un boulet, il faut le reconnaitre. Il n'y a guère que le stagiaire qui aie du respect pour lui, mais en général, ça ne dure pas, car c'est uniquement l'effet de l'aveuglement produit par ce titre un peu pompeux "externe".
A sa décharge imaginez que l'on vous ai enseigné la théorie de la conduite (genre comment appuyer sur les pédales et tourner le volant), puis lâché au volant d'un camion, en plein Paris (que vous ne connaissez pas) avec pour mission de retrouver votre chemin vers votre Creuse natale. Vous imaginez ? Voilà, c'est à peu près la même sensation.
Bref, dossier mal rangé, exams à aller chercher, mal rédigé, trop rapide, trop ceci et pas assez cela ? Cherchez celui qui a l'air égaré au dessus de sa blouse blanche, c'est lui. Allez y, criez.

4) Il est censé pouvoir faire des gardes et ça... Ca ça mérite un article à soi tout seul. Patience.

A ne pas confondre avec un Interne. (qui, non, n'est pas quelqu'un qui vit mange et dort à l'hôpital (quoique)
Un interne c'est le "grade" au dessus. Encore étudiant, mais surtout, presque médecin, avant tout. Beaucoup plus de responsabilités, encore beaucoup de choses à apprendre, une certaine expérience et un certain savoir (ou un savoir certain ?) malgré tout.
Il a passé l'internat, il "respire" enfin, déjà ça derrière lui. (Ca, c'est fait.). En même temps, "respirer" dans son cas, ça veut dire travailler à plein temps à l'hôpital, selon des horaires plus ou moins impossibles (version "bienvenue au pays où l'on ne dort jamais" pour la pediatrie par exemple).
Il a les yeux cernés et de la barbe, sauf les filles qui mettent de l'anticernes.
Mais c'est souvent valable pour les externes aussi. Surtout en 6ème année (mais on les croise moins ceux là, parce qu'ils vivent dans les bibliothèques universitaires).

Ensuite, petit guide pratique :

Comment communiquer avec un externe ?

Voilà. Vous avez un spécimen face à vous. Vous l'avez rencontré dans un de ses hasard que crée la vie, soirée, ami d'amis etc... On vous a présentés, il y a un silence qui va finir par devenir embarassant si vous ne vous mettez pas à parler. Que dire ?

Il faut savoir que l'externe est à la médecine ce que le Geek est à l'informatique. Il est monomaniaque. Si vous arrivez à le lancer sur un de ses stages, vous êtes sauvé, le silence sera rompu.
Par contre ne demandez pas à un externe "et tu feras quoi comme spé plus tard ?" Non. Non. non non et trois fois non. C'est agaçant cette question. On choisit sa spé à l'issu d'un concours nationnal qui se prépare longtemps et qui est sans merci. On ne fait pas toujours ce qu'on veut. Ca fait peur d'y penser.
Utilisez un moyen détourné : "Et t'es où en stage en ce moment ?" ou "Quel a été ton stage préféré ?". Voilà, c'est mieux. C'est un terrain neutre et les stages fourmillent de trucs inintéressants à raconter.
Ne posez pas non plus à un externe des questions dégueu pour ensuite faire "Oah arrête t'es crade."
Vous voulez une description de dissection ? Vous voulez savoir ce qui se passe dans un bloc ?  Ce qu'on a vu de pire ? Vous venez d'ouvrir une porte qu'en général on garde fermée eut égard à la sensibilité des autres. Assumez.
Par Ephélide - Publié dans : Lexique
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