Vendredi 17 novembre 2006
Hier soir, au début de ma garde, mon sénior m'a dit très clairement, que madame Unetelle allait très probablement mourrir dans les heures à venir. Son petit fils venait de repartir, ses enfants arrivaient un par un. Nous avions désactivé les alarmes des machines, et depuis le poste de soin situé à côté de la chambre, ouvrant de temps en temps les stores nous permettant de voir à l'intérieur, nous étions là. Je relisais le dossier de mes patients, tentait de récupérer leurs derniers examens, ou j'accompagnais mon sénior dans le tour du service d'avant la nuit, le check up pour voir qui allait bien ou pas, mais nous n'étions pas loin.
Et je dois avouer que, ce faisant, une part de moi attendait avec une immense curiosité cet instant où tout s'arrêterait. J'ai honte de l'écrire, mais c'est vrai. Déformation étudiante, sans doute, fascination morbide aussi, probablement. Bien sûr j'étais immensément émue par la détresse de son fils, qu'on a entendu s'effondrer de l'autre côté de la cloison. Tout le monde l'était, et l'ambiance balançait, entre tristesse et déconnade silencieuse.
Mais quelque chose en moi en revenait toujours à elle, si proche, son coeur qui s'arrêterait bientôt, et, finalement, cet immense mystère qui s'abatterait si près. Parce que ce serait la première fois que j'en serai le témoin direct. On a les rites de passage qu'on peut (ou qu'on mérite)
A mi chemin entre une vision trop technique et trop romancée de la mort, j'attendais.

Mais ce qu'il y a de bien avec la médecine, c'est que lorsqu'on s'égare un peu, on peut toujours compter sur elle pour vous balancer une grande claque en pleine face.
Un médecin, venu d'un autre étage, venu pour discuter de deux cas, particulièrement difficilles, des décisions de ne pas aller plus loin, d'arrêter des traitements, parce que plus d'espoir. En salle de repos avec ce médecin et mon sénior, je m'efforcais de me concentrer pour comprendre les traitements très techniques décrits quand tout à coup le nom du jeune homme dont nous parlions fut prononcé.
Ce jeune homme a vingt ans et va mourrir, très bientôt, quelques étages au dessus de mon service, après 3 ans de lutte (dont seulement une vraie année de répit). Le médecin nous décrivait la chose (car on aime confronter ce genre de décisions à l'avis des autres), expliquant le pronostic effroyable et la volonté commune à lui, sa famille et les soignants, de ne pas en faire plus.
Et son nom a soudain explosé.

J'ai balbutié "je le connais". Ce qui était un euphémisme pour dire "
J'ai fait toute ma scolarité, depuis les premières classes du primaire, jusqu'au lycée, quand il a arrêté pour se faire soigner, avec lui. Sans qu'il soit mon meilleur ami nous faisions partie du même groupe forgé par les habitudes et les affinités. Et merde, je croyais, nous croyions tous qu'il était guéri. Nous n'étions plus proches, mais il est dans mes souvenirs, une part inamovible de mon enfance et de mon adolescence, de ce patchwork de souvenirs de soirées, de cinémas, de mots passés en cours et de profs honnis de concert."
On a une vingtaine de jours de différence, mais je serais probablement la seule à fêter mes 21 ans le mois prochain.

Et merde.

J'ai attendu une heure, d'avoir une occasion de m'eclipser. Je suis allée dans les vestiaires et ait craqué un bon et grand coup. Nécessaire pour ne pas le faire plus tard, nécessaire pour ne pas montrer un visage décomposé à une famille ayant besoin de tout sauf de ça.

La fascination avait volé en éclats et seule l'infinie tristesse subsistait. C'est impressionant la dernière respiration de quelqu'un et le silence qui suit, seule preuve que tout a changé quand rien n'est différent.

Une patiente a été admise à notre étage peu de temps après, avec elle, les sourires et les blagues revenaient pour la rassurer, j'ai entrepris ce si gratifiant boulot d'externe consistant à éplucher le dossier (en désordre) pour en tirer l'essentiel et résumer la situation. Je l'examinais et le semblant de contrôle que nous avions de la situation m'a réconforté, les choses rentraient dans les normes, je me sentais bien soudainement.

J'ai passé 4heures dans la chambre de garde cette nuit là, mais n'ai dormi guère plus de deux.
Paris brillait au loin.

Merde.


[promis, les prochains articles seront plus gais]
par Ephélide publié dans : Galères
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Samedi 11 novembre 2006
Lors de ce mois-et demi qui inaugure notre première année d'externat, tous les externes avec qui j'ai eu l'occasion de bavarder au dessus d'un café en piétinant devant la fac -et moi la première- (l'une des trois activités de base de l'externe l'après midi, avec dormir à la bibliothèque et travailler à la bibiothèque) ont fini par atteindre ce point, où ils ont dit, d'une façon plus ou moins explicite, en regardant d'un oeil fatigué le fond de leur gobelet, à quel point il se sentaient submergés par leur nouvelle vie. Pour le meilleur ou surtout, par ces après midi d'automne où tout paraît plus gris, pour le pire. Le "plus ou moins explicite" allant de l'élégant "putain ça me saoule, j'ai l'impression qu'il n'y a plus que la médecine dans ma vie", au sobre "c'est étrange, j'ai comme l'impression d'avoir moins de temps à moi".

Car oui, si, en 4ème année l'internat est encore loin et nous permet en théorie de profiter de plus de temps libre -faites du sport, de la musique, allez au cinéma, nous conseillait un interne avec tout le recul que 3ans d'internat lui apportaient déjà- , la 4ème année est aussi l'occasion de faire un maximum de gardes pour éviter d'avoir à en faire en 6ème, de se "débarasser" du stage obligatoire et, souvent, aux horaires particulièrement prenants de chirurgie. [Ou, comme me l'expliquait un ami,  De l'art de serrer les dents, quand, à 14h30, le chirurgien que vous assistez -tâche gratifiante s'il n'en n'est pas, vous lance "allez t'as une demi heure pour manger et on attaque la dernière opération". Joie.].

Un reproche qui est souvent fait est que l'on ne sait que parler médecine, entre nous, voire avec les autres. En même temps, ces temps ci, lorsque l'on me demande "alors, quoi de neuf"
force est de constater que les seules choses de neuves dans ma vie est ce qui m'arrive en stage, et mes cours. Si cela vous semble trop pathétique, libre à vous de m'offrir un cd, un livre, ou un billet d'avion pour Ouagadougou.
Les premières semaines, c'est plutôt de l'enthousiasme. La première garde est quelque chose d'excitant, rite initiatique comme un autre (la première blouse, le premier interrogatoire, le premier bloc, la première INTUBATION -réalisée il y a peu et en bonne geek, j'en suis fière-), on veut veiller tard, et on est content au matin. Les semaines suivantes, l'attrait de la nouveauté en moins, ou l'automne en plus je ne sais pas trop, mais tout paraît plus usant.

Je viens de passer deux semaines en Anesthésie à faire plein de trucs qui mettent en transe le premier néo externe venu. Si vous n'avez pas encore compris, j'ai réussit à intuber, et à cet instant j'ai fait mentalement ma "danse de la victoire" à la Eliott dans Scrubs, la seule chose m'empêchant de le faire vraiment étant que nous autres anesthésistes étions en retard (une sombre histoire de péri ratée par mon interne alors que j'étais là, ce qui m'a valu la réputation de "porte la poisse") et que toute l'équipe de chirurgiens me regardait intensément depuis le mur sur lequel ils étaient adossés. Et je doutais que cette laborieuse intubation à laquelle ils venaient d'assister, mérite à leur yeux que je me mette à faire tournoyer mon stéto au dessus de ma tête en criant j'ai réussit j'ai réussiiiiiiiiiit.
"Tu t'en fous, c'est des chirs, ils trouveront toujours que les anesthésistes vont trop lentement" m'affirmait mon interne au début du processus. Certes. Reste que il n'y a pas grand chose de plus stressant au moment d'intuber quelqu'un que trois personnes vous regardant fixement et vous faisant sentir par le poids de leur silence, à quel point il serait bien que vous réussissiez.
Ah si. Quand le patient se vide de son sang et ne respire plus ça doit être un peu stressant pour intuber aussi, mais là est la magie de l'anesthésie, ou l'on programme tout ça : ça se fait dans le calme et non dans l'urgence. Bref, je referme cette longue parenthèse qui m'a servi à illustrer à quel point ces quinze jours étaient bien pour en venir là où je voulais aller en premier lieu : mon retour en réa fut difficile.
La réa, à la base, c'est bien. Mais dans cet hôpital spécialisé dans le cancer etc, ça ressemble à un concours d'histoires plus tragiques et plus palliatives les unes que les autres.

Et finalement c'est aussi la difficulté de cela. Je ne vois que les cas les plus tragiques, j'ai un échantillon de malades complètement biaisé par le fait d'être dans ce centre (donc souvent orientés là parce que leur pathologie est de "pas super" pronostic), et ça commence à me miner. Je ne ferai pas de cancéro plus tard -et j'admire ceux qui en font-. Mais surtout au bout d'une dizaine de jours, j'ai compris qu'il y avait certaines choses que je ne pouvais pas vider sur ma famille, certaines histoires que je ne pouvais pas raconter. En dehors du risque d'en faire des hypochondriaques, je ne veux pas marquer durablement leurs esprits d'un profond pessimisme concernant cette maladie. Ou parfois quand ils me parlent d'une connaissance malade, et que avec mes bribes de savoirs, je flaire que ça pue, je retiens mes mots et j'écoute, parce que sur une histoire racontée comme ça on ne peut jamais savoir. Et que surtout, parfois, mieux vaut être le seul à savoir.


Je m'égare beaucoup ce matin, j'ai du mal à structurer tout ça. Je pensais juste au reproche bien connu que l'on  nous fait souvent : vous ne parlez que de ça.
Pour dire deux choses : 1) on le fait parce que nous sommes noyés par cela, que nous trouvons souvent cela passionant (à tort, je sais), et que parfois des situations sont extrêmes et ont besoin d'être évacuées [entre moi et d'autres amis dans des stages durs, cela vire au concours de l'histoire la plus glauque. Il faudrait penser à codifier tout cela. Genre moins de 50 ans : 1 pt de bonus, moins de 35, 2pts, moins de 18 : 5 pts, moins de 10 : 10pts. Un mari/femme aimant qui va être veuf ou veuve, pouf des points en plus, et si il y a des orphelins, jackpot !], mais on sait aussi que les situations drôles vues en garde vous font souvent rire. On a juste du mal à doser. Et pas grand chose d'autre à dire.
2) On en dit peut être moins que vous ne le pensez.

Et une dernière chose, la prochaine fois que vous en voyez un de sociopathe d'étudiant en medecine... Soyez gentils. Trainez le au ciné, au resto, à piscine (où, atout du lieu, vous pourrez le noyer s'il est trop insupportable). Et rappellez lui qu'il n'y a pas que ça dans la vie.
par Ephélide publié dans : Sous la blouse, sous le badge
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Lundi 30 octobre 2006
A quoi reconnait on un chirurgien sympa ?
Quand en réponse à sa question "Qui êtes vous ?", vous bredouillez "Euh bonjour, Truc Muche Externe de Réa, en stage en Anesth. pour 15j ", il ne se désinteresse pas de vous (parce que bon bien souvent c'est "ah petit salaud d'anesthésiste, rien à voir avec moi, qu'il se démerde).
Il vous sourit et dit "oh d'accord, n'hésitez pas à me poser des questions." Il vous explique l'opération qu'il s'apprête à faire et commente les scanners sans sembler s'appercevoir de votre étonnement. Il vous lance "Allez chercher le marchepied avec l'accoudoir, vous pourrez mieux voir".
Ensuite au fur et à mesure de l'opération il prend le temps de vous expliquer ce qu'il fait. Il répond à vos questions.

Certes. Ce sont des bons signes. Mais j'ai le test ultime. Expérimenté ce matin.

Perdez l'équilibre sur votre marchepied bancal, et passez à un cheveu de tomber la tête la première dans l'abdomen ouvert du patient. Sauvez la situation en vous rejettant d'une manière efficace mais peu discrète en arrière.

Pendant que votre interne pouffe derrière son masque et que tout le bloc vous regarde d'un air étonné balbutiez "ah euh ouais, euh excusez moi j'ai perdu l'équilibre". Vous vous donneriez des baffes, et  vous vous attendez à vous faire jeter du bloc comme la malstérile que vous êtes.

Et là, le chirurgien sympa hausse les épaules, baisse la tête, et pointe quelque chose du doigt "allons bon. Regardez ici, vous voyez la veine splénique ?"
par Ephélide publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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Dimanche 22 octobre 2006
Il y a une chose à ne pas oublier, un externe, ça passe autant de temps en cours qu'en stage. Ou à travailler seul. Oui, parce que les cours, on a beau être motivé, on finit par ne plus y aller.
Le système de nos études est assez pervers, les doyens et les profs poussant leurs étudiants à l'élitisme afin d'avoir les meilleurs résultats possibles aux ECN (l'équivalent de l'ancien internat), comme si une spé était le seul objectif digne d'être poursuivit. Sauf que 50% d'entre nous seront médecins G., les chiffres sont formels, au vu des postes offerts. Médecine G à laquelle nous ne sommes quasi pas sensibilisés durant nos études. Bref.
Une fois pris en compte le fait que notre doyen n'est PAS CONTENT des derniers résultats et nous le fait savoir par divers moyens aussi subtils qu'inventifs (demander aux profs de nous pressuriser, menacer d'augmenter les moyennes de validation des partiels, faire redoubler massivement), on se dit que les cours vont être bien et adaptés à la préparation des ECN. Eh bien non. Quasi pas. Quand le prof daigne venir, il fait trop souvent un cours qu'il faudra entièrement reprendre, seul, avec un bouquin. Résultat on ne va pas en cours et on travaille directement sur les livres. Et les profs de pester contre ces petits cons. J'exagère, jusqu'à présent 2 nous aident vraiment là dedans. Dont 1 qui est en permanence dans le même état d'excitation qu'un Sarko confronté simultanément à une crise conjugale et banlieusarde. Et qui n'a manifestement qu'un but (le prof, pas sarko), nous rendre aussi stressés que lui, et pourquoi pas, réussir à faire péter un anévrysme chez l'un d'entre nous avant 3ans. Allez savoir pourquoi, j'ai tendance à considérer qu'à 3 ans des épreuves, c'est quelque peu contre productif.

En dehors de ça, voici un échantillon de ce(ux) à quoi nous sommes confrontés.

- Le vieux : Celui là ne fait plus que des cours de culture G aux premières années. Des cours d'éthique, ou d'histoire de la médecine. De rares exercent encore (chefs de services), et sont à jour, mais la plupart sont dépassés, d'où l'absence de cours dans d'autres années. Quand on le voit la première fois, on dit en blaguant qu'il a du voir de son vivant l'invention du stéthoscope (par ce brave Laënnec, c'est la minute culturelle). Tel est pris qui croyait moquer, s'il n'a pas vu ceci, Papy a commencé à exercer alors qu'on soignait encore la syphillys par des injections de mercure dans le cerveau, et a assisté en tant que médecin à l'arrivée des premiers antibiotiques. Respects formolés.

- Le passioné et passionant : La perle rare. Souvent encore relativement jeune, celui là a choisi sa spé, l'aime, et ça ce sent. C'est le genre de personne capable, en une heure, de créer des vocations pour sa spé chez les trois quarts de son public. Certes les vocations d'étudiants peuvent être très labile, mais ça tient malgré tout de l'exploit. Il est drôle. Il est jeune. Il arrive à vous passioner pour le Pick Flow ou l'indice de Sokolow (choses chiantissimes s'il en est). Il fait de gros efforts pour être accessible, synthétique et clair. Et en plus il est sympathique. Gloire à lui.

- Le médecin idéal : L'autre perle rare. En général, c'est un passioné passionant que vous avez eu l'occasion de voir exercer quand vous avez été en stage dans son service. Et c'est là que vous avez réalisé, qu'en plus d'être passionant, il était humain. Qu'en plus d'être pédagogue avec ses stagiaires, il savait être à l'écoute de ses malades. Ses connaissances vous semblent infinies, à la limite de la science infuse (celui que j'ai rencontré faisait de la Med. Interne, ça vous situe le niveau). Et qu'en plus il est beau. Celle qui a dépouillé les évaluations des terrains de stage qu'on remplit pour le BDE m'a confié avoir trouvé sur plusieurs CCA intelligent, intéressant, beau, mais marié. Oui, il fallait bien un mais quelque part.
Quoiqu'il en soit, c'est le genre de personne qu'il est bon de rencontrer. Parce que ça vous fixe des modèles, des référents positifs.

- L'élististe excité. J'ai failli écrire "le connard", ayant eu à en subir un vendredi soir, mais je me suis dit qu'il fallait rester correcte. Il arrive souvent en retard en cours, parce que il ne faudait pas oublier que monsieur est important, qu'il a des choses à faire, plus que vous en tout cas. Mais son retard, c'est vous qui le payez. Parce qu'il ira au bout de son powerpoint prévu pour durer 2h, même s'il est vendredi soir, qu'il est 18h25, et que le cours devrait être finit depuis 25 minutes. Il vous regarde avec hauteur "non, un dernier cas, après tout on a commencé en retard". LA faute à qui ? ce cri du coeur vous a échappé, il n'y a que le "connard" final que vous avez réussi à retenir. Heureusement pour vous (ne jamais insulter avec un professeur alors que vous risquez de devoir faire des stages dans son service). Parce que bon, QUI est arrivé avec 25 minutes de retard ? Qui a jugé utile de commencer son cours par un laïus sur les ECN ? Qui s'est interrompu régulièrement parce que, honte sur vous, vous ne connaissiez pas les doses d'HNF réglementaire dans le traitement de cette pathologie que vous découvrez avec son cours ? Non, parce que lui, les connait (lui semble oublier qu'il est cardiologue depuis 25ans donc que le contraire serait inquiétant), et que pour les ECN faut les connaitre, hein, va falloir penser à se mettre au travail. Il parle vite, gesticule avec son micro et grimace. Il est surexcité, hautain, pédant et vous rend nerveux. Vous lui colleriez bien des baffes, ça serait peut être plus productif que le stress qu'il essaie de susciter chez vous.

- Le passioné pas passionant : C'est un peu aux cours ce que "questions au gouvernement" est à la télé. Vous regardez, sentant bien que quelque chose d'important est en train d'être dit, que les gens dans la petite lucarne ont même l'air d'y trouver de l'intérêt, mais non, impossible de faire le lien avec les bruits monotones que vous entendez. Ce prof là, est le midas de l'ennui. Quelque soit le domaine auquel il s'attaque,il vous le rend inintéressant. Le pire qui puisse vous arriver ? Vous retrouver en stage avec lui.

- Les chercheurs : de l'illuminé au désabusé, ils ont tous quelque chose qui me les rend éminement sympathique, ce petit côté Don quichotte, se lancer dans des programmes sans bien savoir où ça va les mener. C'est grâce à eux que les choses avancent.

C'est loin d'être exhaustifs, mais c'est pas tout ça, j'ai des choses à faire moi.
Non, je ne suis pas importante, non, je ne travaille pas non plus, j'ai juste promis à mon Interne qui doit partir bientôt (changement de stage bi annuel oblige) de lui faire un gâteau.
par Ephélide publié dans : Lexique
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Samedi 14 octobre 2006
C'est en me voyant mercredi matin dans le petit miroir surpombant le lavabo de la chambre de garde que j'ai eu une pensée compatissante pour ma mère.
Je me suis lavée le visage à grande eau, ai raccroché badge à mon pyjama, et remis dans mes poches les bricoles que je traine partout (carnet, stylos, feuilles d'observ' à moitié remplies, torche, marteau et stétho) et que j'avais délogées pour la nuit, pour cause de "tiens mon marteau réflexe incrusté entre ma rate et une cote, c'est pas confort confort pour dormir...". Oui je sais, j'ai un esprit de déduction très puissant.
J'ai récupéré mes petites affaires donc, sauté dans mes baskets et suis retournée dans mon service.
le grognement compatissant poussé par une infirmière de jour en me voyant m'a confortée dans mon idée. Ce matin, mon badge serait mon plus beau miroir. Je buvais mon café en me répêtant que non, le nid d'oiseau sur la tête, les containers sous les yeux injectés de sang et la trace du drap sur le visage n'étaient pas graves.
Le cours hebdomadaire et obligatoire dispensé par les pontes cet hopital était juste assez intéressant (et obligatoire) pour me persuader de ne pas aller dormir et de faire un effort. J'ai donc gratifié les autres externes de ma présence, arrivée à la bourre post-staff, ni changée ni douchée, je me suis échouée sur une chaise telle une phoque sur la banquise et ai fait tout mon possible pour garder les yeux ouverts, et prendre des notes sans trop piquer du nez.
A un moment, j'ai croisé le regard d'un autre externe et son sourire mi moqueur mi compatissant, m'a fait rire en silence. Je repensais de nouveau à ma mère, qui me parlait le week end précédent (et ce midi encore) du mariage du fils d'une de ses amis. Ma mère marche beaucoup aux insinuations. Mais j'ai connu plus subtil. A côté Goebbels faisait dans le subliminal.

Mais je dois avouer qu'il y a un certain plaisir, -certes masochiste, dans tout ça. Ce matin, fin de ma deuxième garde, première aux urgences (la précédente était plus cool, dans mon service), particulièrement éprouvante, "couchée" à 5h30 et levée à 9h00.

"oui c'est l'agent d'entretien, je viens faire la chambre".
Soit.
Enfiler mon jean à tatons (parce que j'avais les yeux collants, le superbe plafonnier en néon était bien allumé, hein), garder le haut de pyjama (bleu cette fois) pour cause de tee shirt personnel sali (histoire peu ragoutante qui m'a servie de leçon), rassembler mes affaires, rapporter la clé à l'accueil du service, échanger un sourire fatigué avec l'externe du jour, un merci et aurevoir.
Surtout, trainer ma lassitude physique et mentale au travers du CHU endormi (samedi matin oblige) et brumeux, en sortir, rentrer dans mon studio, prendre une douche pendant que le thé se prépare, enfiler un tee shirt propre, filer sous la couette avec un bol de thé et une bédé surlaquelle m'endormir.
Profiter de la douche, du thé, et de la douce quiétude de la couette comme rarement.

Et quelque part au fond, alors que les muscles se détendent, derrière l'énervement induit par l'engorgement, le dysfonctionnement du système, la fatigue de la nuit surajoutée à celle de la semaine et des profs qui nous mettent déjà la pression pour le concours ; derrière le souvenir de mes propres maladresses nocturnes de boulet un peu perdu qui aurait voulu mieux faire, derrière la dureté de certaines situations rencontrées, la mise à distance difficile à faire, derrière tout ça ressurgit le sentiment irremplaçable d'avoir été utile, d'avoir été là, pour au moins une personne.

Le premier qui dit "bon t'as finit de te la jouer "knacki le goût des choses simples" ?" se prend des claques.
par Ephélide publié dans : Sous la blouse, sous le badge
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