Vendredi 14 septembre 2007
En début de mois de septembre, un nouveau type de stagiaire envahit les couloirs de l'ap-hp, j'ai nommé "l'étudiant en médecine fraichement émoulu de son concours, envoyé pour un mois en stage infirmier". En effet, en fin de première année, les heureux lauréats, avant de regagner les bancs d'amphi rébarbatifs et les cours magistraux encore bien théoriques du premier cycle, se voient parachutés dans des services, placés sous la coupe des infirmières et aides soignants pour leur premier contact avec l'hôpital.
Un genre de baptême par immersion totale et brutale, vous passez soudainement de l'équation de Bernouilli à des malades plus ou moins graves, voire plus ou moins vivants, et vous adorez ça.
Vous arrivez un beau matin, persuadé qu'on va vous faire une haie d'honneur, (vous avez réussi un concours, que diable !), et vous vous découvrez ce qui sera un grand principe de votre existence pendant vos stages de deuxième et troisième année : tout le monde s'en fout, et il faut apprendre à frimer dans l'indifférence générale. Les médecins, infirmières, cadres ou même internes, sont tellement habitués à voir défiler des stagiaires en tout genre, que la félicité un peu niaise du stagiaire passe inaperçue. On s'occupe de vous, votre formateur infirmier (je mets le masculin en dépit des statistiques, en hommage à mon formateur de l'époque) vous prend certes en charge, mais non, vous n'êtes pas (à votre vague déception), considéré comme le messie. Autant le dire, ce retour sur terre est éminement bénéfique à votre adaptation présente et future dans les services.
En un mois vous êtes sensé assimiler les techniques de nursing, préparations de perfusions, prises de sang etc.
Je ne me souviens plus avec précision de mes objectifs de stage de l'époque, mais la chose vraiment drôle à savoir c'est que, bien que je n'aie fait qu'une ou deux prise de sang depuis mon stage infirmier, et quelques gaz du sang, j'ai désormais, puisqu'ayant bouclé ma 4e année (non, non, cherchez pas le lien de causalité est inexsitant sauf aux yeux des administrations) le droit d'exercer les fonctions d'infirmière si j'en ai l'envie, ou  plutôt le besoin (détail qui a son importance, une garde en tant qu'infirmière est mieux payée qu'une garde d'interne -alors ne parlons pas des externes).

Mais, qualité méconnue, le stagiaire a également la fonction inestimable de remonter le moral de l'externe à la veille d'entamer sa 5e année en lui rappelant que, oui, en trois ans il a quand même progressé.

Car parfois, oui, il a besoin qu'on le lui rappelle.
99% (chiffre non officiel mais à mon humble avis très pertinent) des externes se sont déjà posé la question « mais que suis-je venu(e) faire dans cette galère ? », ou ne vont pas tarder à se la poser. Le 1% restant y a répondu et a tout arrêté.
Parce que même les plus motivés, même ceux pour qui c’est une vocation, qui ne voulaient entendre parler de rien d'autre que de médecine au sortir du lycée –j’en fais partie- sont assomés par l’externat, à un moment ou à un autre.

L'externat a ceci (entre autres...) de commun avec la folie : la propriété de distordre le temps. Le fameux concours de l'internat (que tout le monde passe désormais), qui paraissait loin l'année dernière encore, avec les trois ans d'externat qui faisaient tampon, paraît désormais, en début de 5e année, tout proche.
A l'inverse le moment où vous serez, enfin, médecin, qui semblait palpable en fin de première année, parce que le concours était presque une fin en lui même et qu'on vous l'avait tellement répété ce joli mensonge "c'est la première année la plus dure" ; ce but donc, vous paraît ne jamais devoir être atteint.
Et voir ses amis ou ses cousins commencer à finir leurs études n'aide pas toujours.

Vous l'aurez compris, la rentrée en 5e année, si ce n'est pas non plus la dépression (on garde ça pour le milieu de l'année), ne se fait pas dans la félicité la plus extrême.
Il y a certes la satisfaction d'avoir un plus vaste choix de stages que l'année précédante, de pouvoir un peu lever le pied sur les gardes, et de doubler son salaire (rires dans l'assistance), mais elle (la vague satisfaction comme l'augmentation de salaire) est vite contrebalancée par le sujet des conférences, (mais ça, ah, ça, c'est un sujet en soi) et donc de l'internat, qui, faut il le rappeler, se rapproche à grands pas.

Le stagiaire est alors du pain béni pour l'externe. Parce qu'à l'occasion, il lui permet de faire ce qu'il adore : briller à peu de frais.
Quoi de plus facile à apprendre à un jeune stagiaire désoeuvré en fin de matinée que la réalisation (je n'ai pas dit la lecture...) d'un ECG, et quoi de plus enthousiaste qu'un deuxième année découvrant l'hôpital après une voire deux années d'attente ?

De plus, contrairement au chef, qui a la facheuse manie de brandir une radio sous le nez de l'externe, (ou un ECG ou un examen complémentaire) en exigeant un diagnostic au quart de tour, les questions du stagiaire sont la simplicité même. Atout précieux, si l'externe répond une ânerie, le stagiaire ne s'en rendra pas compte. Il continuera à regarder son aîné, une expression enthousiaste sur un visage ouvert et affable ; chose plutôt perturbante, pour l'externe qui, après ces mois de stage avec un chef un peu nerveux, a appris lorsque sa réponse lui parait douteuse, à guetter la moindre crispation du pli nasogénien de son interlocuteur (le chef en général), signe immanquable qu'il fait fausse route et qu'il doit se ressaisir au plus vite.

Merci le stagiaire, donc. (notez bien que j'ai là un réflexe égocentrique typiquement externoïde, je n'appréhende le pauvre stagiaire que par ce qu'il est vis à vis de l'externe. Ca manque de classe, tout ça)
Par Ephélide
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Dimanche 26 août 2007

Et voilà quelques jours de grand soleil qui enterrent le projet d’étude de santé publique qui avait commencé à germer en moi, sur le sujet à la fois opportun et passionnant que voici : Après les morts dus à la canicule de 2003, observerons nous cette année une hausse de la mortalité par suicide post dépression hivernale ? 

Je sais, je sais, santé pub et l’adjectif « passionnante » dans la même phrase, c’est osé, mais c’est ainsi, le soleil de novembre me rend téméraire. Cependant au vu de la météo actuelle, tout risque d’être faussé (combien de gens cette intervention tardive mais héroïque de l’anticyclone des Açorres sauve t elle en ce moment même du désespoir ?), et je n’aurai pas l’occasion de vous le prouver. Zut. Ou pas.

Je vois sur le calendrier de droite que ceci est mon premier post du mois d’août. Je vous rassure tout de suite, c’est du au fait que l’été les connexions internet gratuites sont plus dures à trouver, et non au fait que j’étais en vacances –je l’étais, mais pas tout ce temps. Pendant une bonne partie de ce mois et du mois de juillet, j’ai ainsi eu l’insigne plaisir d’arpenter ce CHU que j’aime tant.

Un CHU est une bête étrange, qui hiberne l’été.

Attention, je ne dis pas que tout s’arrête, non non non. Mais tout marche au ralenti. Des lits ferment. J’ai entendu quelqu’un affirmer sans rire que ces fermetures correspondent au déplacement des touristes… c’est peut être vrai pour certains services, mais quand je vois que les gens hospitalisés dans mon service sont soit à la retraite, soit des gens en situation sociale précaire (qui sont étrangement plus préoccupés de savoir si ils vont continuer à bénéficier de la CMU l’an prochain que de la météo à St Tropez), à quelques exceptions près, j’ai des doutes quant à la pertinence de cet argument, mais passons…

Des gens partent en vacances. Les couloirs sont un peu plus silencieux, il y a moins de monde à la cafèt.

Ca a l’air paisible comme ça, non ?

Non. Parce que des gens en vacances, ça veut dire que vous êtes moins d’externes. Pour faire grosso modo le même boulot. Et que c’est pareil un peu partout. C’est le bordel, ça vous connaissiez, mais c'est pire que d’habitude.
Par exemple vous découvrez un matin que il n'y a plus d'echo doppler disponible pour 3semaines parce que les doppleristes sont en vacances (sauf pour les grandes urgences j'imagine, dans ce cas un autre médecin le fera).
Vous découvrez aussi que, oui, vous téléphoner pour vous prévenir de ce fait était au dessus des forces de la secrétaire qui a préféré en voyant le formulaire demandant l'examen que vous aviez faxé, faire la morte en attendant que vous la relanciez.
Ne vous inquiétez pas pour le patient, hein, il l'aura son doppler, s'il en a besoin. Mais dans un autre hôpital. Ce qui veut dire que, par contre, vous pouvez vous inquiéter pour les nerfs de l'externe ou de l'interne qui va hériter du bébé "tiens, débrouille toi pour trouver comment lui obtenir un rendez vous ailleurs".

Ça atteint un tel point que vous pouvez facilement (et à tort) passer pour un fumiste.
Staff du service :

[Le chef, décidant, sous effectifs obligent, de s’impliquer dans la prise en charge des patients] : et quelqu’un a appelé le cardiologue habituel de Mme Y ?
[Vous] : ben oui, mais il est en vacances jusque fin août.

[Le chef, derechef (oui, c'était facile)]: Et on sait où M D a eu ses holter en ville ? on peut récupérer des comptes rendus peut être, ça serait bien...
[Vous, in petto] : oui ça serait bien, hein, vu qu’il risque pas d’en avoir un dans le service vu que les 2 cardio qui interprêtent les holter habituellement sont en vacances.. 
[vous, à voix haute] ben, on sait, oui, j'ai appelé, c’est au centre Xxx, qui est fermé jusque début septembre.

[Le chef, persevérant, alors qu'il étudiait le dossier de votre dernier patient] :  Et il a été opéré où ? on a un compte rendu opératoire ?
[Vous, après une grande inspiration]  : ben, c’est à la clinique T, mais tout est fermé pour travaux, et même les archives sont inaccessibles.

Eclat de rire général. A cet instant, vous lisez dans l’œil de votre chef « tu te foutrais pas un peu de ma gueule, toi ? », mais vous restez impassible et décidez que vous avez trop d’intégrité pour vous justifier (et surtout, que ça paraîtrait louche).
Franchement, merci l'été..

Le service étant en sous effectif, les gens qui restent s'impliquent plus, et c'est ainsi que le chef qui d'habitude ne l'est pas, se sent l'âme d'un Iznogoud et décide de nous faire subir de grandes visites quasi quotidiennes.
Ce qui m'a permis de découvrir deux choses à son sujet :

1) je confirme, c'est un cardiologue. Et il en a la déformation professionnelle
A propos d’un patient dans mes lits, 20 ans, hospitalisé pour épanchement pleural réactionnel à une Pneumonie :
« et il a eu son écho cœur ? » « euh, non, il a vingt ans, il est en hébergement en cardio en attendant une place en pneumo, il aucun point d'appel cardio, pourquoi faire une écho cœur ? » « ben, on est en cardio » . Ah ouais, vu sous cet angle…*

2) soit il a oublié ce que c'est que l'externat/le but de l'externat, soit il nous prend pour des cons, soit il est con.
J'avoue avoir un faible pour la dernière solution, parce que quand il suggère, manifestement fier de lui d'y avoir pensé, que Mme X polyvasculaire, triplement stentée, triplement pontée, sous anticoag pour ac fa permanente, a "probablement un cardiologue en ville", et vous regarde ensuite, attendant des félicitations ; il est difficile d'une part de ne pas lever les yeux au ciel, d'autre part d'anoncer que oui, vous avez récupéré son dossier auprès du dit cardiologue (qui n'était pas en vacances, chose suffisament rare pour être soulignée), sans ajouter à la fin "et je t'ai pas attendu pour le faire, ducon".

Et si je dis que, manifestement, il a oublié ce qu'était l'externat, c'est qu'apparement pour lui, nos compétences culminent dans le rangement de dossier ou l'agrafage. Pire je crois qu'il nous pense heureux de le faire.
Cet abruti a osé me nommer "responsable de l'agrafeuse", pendant une visite.
J'ai pensé très fort "si tu me dis encore une fois combien un dossier est bien rangé et que c'est très bien sauf qu'il faut agrafer là et non là, plutôt que de faire une remarque constructive sur mon observ', c'est responsable de l'agrafeuse dans ta gueule que je vais devenir", mais je ne l'ai pas dit.

Je le regrette encore.



*si quelqu'un a une explication plus convaincante que "ben on est en cardio", je suis toute ouië et je m'excuserai mentalement auprès de mon chef pour tous mes sarcasmes

j'oubliais : vu pendant ma dernière garde :
Pouvez vous croire que quelqu'un se pointe aux urgaences à minuit quarante cinq pour, et je cite, "Narcolepsie". (j'ai failli photocopier le papier d'admission, c'était trop beau pour que je sois crue).

Par Ephélide
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Jeudi 19 juillet 2007
Je te sens dubitatif devant ce titre, lecteur, alors je reprends du début, et pour ta gouverne.

Tu n'es pas sans savoir, lecteur, qu'un externe aime les rites initiatiques. La première dissection, le premier mort, les premiers points de suture, le premier bloc etc.
Il y a une étape par laquelle passe un jour, dit on, tout le personnel de santé. Voir plusieurs jours, si l'on est pas doué ou particulièrement exposé (les chirurgiens, par exemple, avec toutes ces choses coupantes autour d'eux). Cette étape fréquente à défaut d'être obligatoire, c'est l'AES. Elle arrive systématiquement le jour où vous avez merdé sur vos consignes de sécurité, où, pour une fois, vous avez la flemme de rechanger l'aiguille avant de repiquer votre patient, ou que vous ne vous en êtes pas débarrassés tout de suite dans la boite idoine.
Et c'est ainsi que vous vous piquez le doigt en tentant de repiquer votre patient, ou que vous vous retrouvez avec une aiguille souillée plantée dans la pulpe d'un doigt, parce que vous aviez oublié sa présence sur le plateau à vos côtés.

Car c'est cela qu'on appelle l'Aes un accident -évidement- d'exposition au sang. ou au Sexe, parfois, mais dans ce cas, c'est plus rarement un accident du travail. Au moins dans le corps médical. Ou alors on s'en vante pas. En tout cas, pas aux urgences, mais plutôt en salle de garde.

Deux cas de figure :
- votre patient ne se sait pas séropo pour une quelconque saloperie à transmission sanguine, on lui fait une prise de sang pour s'en assurer, on vous fait une prise de sang pour la forme, et vous en êtes quittes pour une légère douleur du doigt pendant quelques jours.
- votre patient se sait séropo le hiv, plus ou moins d'autres charmants virus comme l'hépatite c, ou autres. Ou alors vous le soupçonnez fortement immunodéprimé, et suspectez fortement une telle atteinte. Vous voilà bien.

Si le premier cas est la parfaite petite baffe qui vous dit "tu recommences plus JAMAIS la connerie d'enlever tes gants avant d'avoir éliminé TOUTES tes aiguilles de ton plateau", la seconde solution est un parfait exercice pratique d'application de votre cours théorique sur les AES (quoique soit dit en passant, la séronégativité supposée ne dispense pas des premières étapes de désinfection...)
Vous verdissez, donc. Mais, en même temps, vous vous souvenez de votre cours et vous vous hâtez en conséquence vers un évier et commencez un lavage énergique de votre doigt, pendant que quelqu'un vous prépare un tube de dakin ou autre désinfectant où votre doigt élira domicile pour les 10 prochaines minutes.
Puis, si le médecin n'a pas été alerté par le remue ménage autour de vous, vous allez le voir, votre doigt faisant trempette, et balbutiez que "euh, excuse moi de te déranger, mais je me suis planté une aiguille souillée dans le pouce, et mon patient est HIV+".
Croyez moi, ça fait son petit effet.

Vous êtes bon pour vous inscrire comme patient, à l'acceuil des urgences, et soudain, vous voilà happé par cette mécanique un peu folle qu'est l'hôpital, que vous aviez l'habitude de voir fonctionner de l'intérieur.

Vous vous répêtez en boucle ce que vous avez appris, ce que vous diriez à un patient qui se présenterait devant vous, dans votre situation. Le risque est minime. La blessure est superficielle. L'aiguille était souillée, certes, mais le risque est minime. Et l'on va tout de suite me donner des médicaments adaptés, et cela va encore diminuer ce risque minime. Ca va aller, ca va aller.
On vous donne un petit kit, spécialement conçu pour ces situations, des sachets plastiques avec des médicaments pour 3jours. Vous voilà donc, devant cette trithérapie, dont vous avez tant entendu parler.
3, ou 4 cachets, blanc et jaunes, deux fois par jour. Est ce donc tout ? oui, ou à peu près.

C'est tout, et il faut désormais attendre, une attente égayée par des formulaires à remplir, accident du travail, médecine du travail, médecine infectieuse, vous voilà prise en charge et vous allez passer pas mal de temps à expliquer les mêmes choses, notamment, commment ça s'est passé, en vous mordant les lèvres à chaque fois "qu'est ce que j'ai pu être bête...". Après 48 ou 72h, vous vous présenterez à une consultation spé de médecine infectieuse pour "réévaluer l'indication de votre traitement".

Cette consultation spécialisé a ceci d'amusant -si on aime l'ironie- qu'elle est faite pour réévaluer la nécessité d'un traitement (on vous a donné des doses pour trois jours en attendant), et vous rassurer au besoin, mais que bien sûr elle est faite dans un service spécialisé dans la prise en charge HIV. Où est l'amusant ? vous demandez vous... Imaginez donc:

Vous arrivez là bas après 48H-72h, donc, un peu patraque car les premiers effets secondaires se font sentir, en vous répétant je vais bien, tout va bien.
Vous entrez d'un pas décidé dans la salle d'attente, sachant déjà -pour avoir relu votre cours- ce qu'on vous dira : risque faible, mais suffisant pour poursuivre le traitement un mois, avec surveillance bio régulière, ainsi que des sérologies.
Mais vous n'êtes pas malade, en aucun cas, et ne le serez jamais.

Voilà donc que vous entrez dans la salle d'attente. Vous vous retrouvez soudain cernée de posters sur les associations d'écoute des malades du sida, d'aide aux malades du sida, de lutte contre le sida. Sur toutes les tables, des dépliants d'information ou associatifs à propos du hiv.

Tout cet environnement ricanant la maladie ayant tendance à interférer avec votre mantra rassurant, vous fermez les yeux, écoutez votre baladeur susurer bouquets de nerfs, et tentez de rester rationnelle. Comme avant d'entrer, je vais bien tout va bien sauf que vous êtes un peu plus verte.

Il y a aussi une étape amusante, qui vous permet d'exercer vos talents de pédagogue : c'est expliquer à votre famille, qui va vite avoir du mal à ne pas voir, si vous passez plus de 24h en leur présence, a) les cachets -quoique, c'est dissimulable ; b) votre perte d'appétit, alliée à une étonnante facilité à éliminer par voie rétrograde les aliments ingérés ; c) que vous fatiguez très vite -après quelque temps de traitement,
c'est expliquer à votre famille donc "je suis sous trithérapie pour un mois, mais c'est pas grave".

Essayez, c'est vraiment drôle.

Au début votre maman vous parlera comme à une agonisante, votre père pâlira, et vous ne préférez ne pas savoir ce qu'en dit votre grand mère, tout ceci n'aidant vraiment pas à être rationnelle soi même.

Car lui elles et vous même, en dépit de toutes les données objectives, avez du mal à faire taire ce 0,1%. 0,1%, "quasiment" aucun risque, c'est un vide trop lancinant pour être totalement ignoré, c'est un élancement régulier, comme les premiers jours, lorsque la pulpe de votre doigt vous faisait mal en écrivant, alors que vous aviez oublié -un instant- cette piqûre.

C'est un nid dont la taille varie en fonction de votre humeur, degré de fatigue, moral ; qui ne se referme jamais tout à fait et où se loge l'irrationnel.
Où se loge un fils, frère et oncle, mort, assez peu joliement, en 95. Le lecteur s'il a eu le courage de lire jusqu'ici, devinera aisément de quoi.
Non, lecteur, c'était pas la grippe aviaire.

Bref, contrôle à un mois, que j'ai attendu pour faire ce post -le suspens macabre quand il est à mes dépends ne me plaît guère-, séroneg, et on arrête le traitement.


Ma famille a eu, perceptible depuis son lieu de vacances, même par téléphone interposé, une joie étonnemment explosive pour des gens qui affirmaient suivre mes conseils et "ne pas s'inquiéter".

Quant à moi, un mois de traitement avait finit par rendre le "peut être" inaudible, et cette fin de mois est surtout l'immense satisfaction de ne plus avoir de médicaments.
L'appétit revient, les nausées s'en vont, je n'aurai plus à m'absenter en catastrophe de la visite pour visiter les toilettes du service* et revenir l'air de rien, mes quelques kilos abandonnés en route sont en embuscade, j'ai de nouveau le droit -et l'envie- de boire, la fatigue s'estompe et, même, je pars en vacances.

Ende gut, alles gut, comme disent si bien nos amis teutons.

la leçon du jour étant :

Jeune padawan, une aiguille va dans une boîte à aiguille, et pas dans ton doigt.
C'est un rite dont on se passe.

Et mince, je deviens moralisatrice.

*La classe, je sais. Mais à ma décharge, je n'y ai jamais prétendu.
**Je sais ça paraît louche comme marque de bonne santé, mais essayez, pendant un mois post partiel, de sortir fêter vos semi vacances sans boire une goutte, et vous me comprendrez.

Par Ephélide
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Lundi 9 juillet 2007

Les premiers jours du premier été d'externat sont le moment d'une constatation cruelle : les vacances d'étudiant, c'est fini pour vous. Alors certes, comme beaucoup, vous aviez pratiqué de petits boulots les étés précédents, ce qui rognait bien vos vacances. Mais la différence fondamentale avec les stage d'externat était d'une part que c'était volontaire, d'autre part que c'était payé plus d'un euro de l'heure, ce qui vous permettait ensuite de partir en vacances, d'acheter des bouquins, de sortir, ou de picoler.

Réaliser le 2 juillet, alors que vous vous répartissez les vacances avec vos coexternes que, pour mettre tout le monde d'accord, il va vous falloir éclater vos 4 semaines de vacances en 2, voire en 3 fois, ne correspond pas exactement à la définition communément admise du terme "agréable". Alors quand derrière votre mère, prof, (donc paresseuse notoire), ose proférer : "ben au moins, toi, tu ne pâtis pas du mauvais temps", vous vous dites que c'est le genre de phrase qui mérite la mort. Au moins.

Parfois cependant, des petits trésors, au milieu d'une garde, vous rappellent que, tout compte fait vous avez de la chance. Les gardes aux urgences, quand vous êtes externe de "chirurgie" ont ceci d'intéressant, au moins dans mon chu, que vous pouvez être appelé pour aider au bloc, s'il y a lieu d'opérer quelqu'un en urgence. Vendredi soir dernier donc, à peine ma garde venait elle de commencer que ma présence est demandée au bloc.
Double bonheur : d'une part, j'ai l'impression que, quelqu'un, quelque part, a véritablement besoin de moi (ok, c'est pour lui donner des instruments ou tenir un Faraboeuf*, et alors ?), d'autre part, j'échappe un peu aux urgences.
Et là, au bloc, soudain, la magie, de quoi me réconcillier avec toutes les avanies de l'externat.
Je ne pourrais jamais être chirurgien, je n'en pas l'envie de toutes façons, mais c'est le genre d'opération, qui, je crois, ne peut qu'engendrer la fascination.

Transplantation Rénale.
Il y a quelque chose de profondément fascinant, presque bouleversant dans cette opération (et merde à ceux qui croiront que j'en rajoute) : voir le Greffon, pâle et froid, que l'on prépare soigneusement puis repose entre ses poches de glaces ; le patient endormi que l'équipe installe, l'abord abdominal que l'on ouvre, la loge en fosse illiaque** que l'on aménage, les vaisseaux que l'on dissèque, les anastomoses cousues avec soin ; voir tout ça vous donne le sentiment d'être témoin de quelque chose d'exceptionnel, pas très loin d'une transgression intime.

Parce que soudain, après que le chir, sans doute un peu blasé, discutant avec son interne, a détaché les clamps vasculaires ; voilà l'artère qui palpite, le rein blafard qui soudain se colore, et même, même, à peine quelques minutes après, qui se remet à pisser.
tu veux toucher ? C'est pas tous les jours qu'on touche un rein.
Certes.
C'est pas tous les jours qu'on touche un rein, pas tous les jours qu'un morceau de barbarque redevient humain, et donne un second élan à un malade. 
C'est pas tous les jours que l'on est témoin de ces choses qui, si elles semblent presque anodines à ceux qui les pratiquent, touchent à ce que l'humain a de plus animal et, paradoxalement, presque de plus sacré, et aux yeux du néophyte (que je suis) paraissent de petits miracles.

Viscéralement fascinant, dans tout les sens du terme (ahah), je me répète mais je ne trouve rien de mieux pour décrire l'émotion qui, dans l'effervescence du bloc, m'avait soudain saisie.

Et c'est pour cela, que, pour rien au monde je n'abandonnerai mon statut d'externe. Pour ces instants, qui, même peu nombreux me réconcilient avec tout.
Qui avait fait que les urgences m'avaient vue revenir après les quelques 4h d'opération, avec l'air halluciné d'un "ravi de la crèche" sous coke, et reprendre mes activités passionantes d'externe -points de suture et autres plâtres-, avec le sourire, voire, avec amour, n'ayons pas peur des mots.

Enfin presque.
Mille excuse à mon voisin qui m'a peut être entendue mugir à 5h30 du matin (j'étais couchée à 4h30, dans mon studio à 5 minutes porte à porte des urgs, espérant fermement ne pas être réveillée et finir ma nuit peinarde), "ah les coooooooooooonnnaaaaaaaaaaaaaaaaards"***. Sortie de boite, une entorse et une bagarre d'ivrogne. Donc appel de l'externe de garde.
Génial.
"Et en plus il pleut".

*C'est le nom propre des écarteurs, que je mets juste pour faire croire que je m'y connais.
**Car oui, on ne s'emmerde pas, on greffe les reins là où c'est le plus accessible : dans le bide.
***Et non, je ne ferai pas d'excuses publiques à ces salauds.

Par Ephélide
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Vendredi 29 juin 2007
Si ce n'est pas la première fois que vous me lisez, vous avez sans doute compris qu'un externe change régulièrement de stage. De même qu'un interne, qu'un étudiant en soin infirmier ou en kiné (etc). Ca fait  partie du charme de nos études, en un sens. Rencontrer pour des laps de temps plus ou moins long -d'une nuit de garde à 3ou 6mois de stage-, des gens avec qui on travaille, qu'on apprécie, déteste, ou qui nous laissent indifférents, des gens avec qui l'on échange des platitudes, partage une garde éreintante ou fait face à des choses moches.

Et bien sûr, tout cela est un prétexte à multiplier les pots de départs, raison d'être presque à part entière du stage, et ainsi permettre à tout le monde d'entretenir son athérome et son diabète de type 2. La classe.

Les fins de stages se suivent sans forcément se ressembler. Selon le service, on s'évade bien heureux de quitter les uns (va crever en enfer GC), mais en regrettant vaguement les autres (une chir viscérale adorable qui me prédisait un destin de chir, quelle blague) ; ou on s'en va avec une vraie nostalgie comme cette fois, pour moi.
Spécialité agréable, ambiance dans le service de franche bonne humeur (quand le très brillant chef de service vous raconte quel boulet d'externe il était, ou fait des blagues réccurentes sur sarko zy (oui c'est très facile par les temps qui courent, et alors ?) ou même ose le douteux "quelle est la différence entre un pédiatr et un pé do phile ?", comment ne pas aimer la visite malgré les questions ?) mâtinée de quelques coups de sang de Panda, 3 coexternes -sur 6 que nous étions, très sympas, et des internes timides, drôles, calés ou pédagogues, mais tous très bien une fois la glace brisée.
Trois mois, c'est suffisant pour commencer à développer un syndrôme de stockholm vis à vis de son supérieur (Panda est un vrai stressé mais un faux méchant croit on comprendre), une admiration sans bornes vis à vis d'un chef de clinique ou de service, ou d'un interne, des complicités entre co externes -ou des animosités durables-.
Trois mois c'est parfois tout juste suffisant pour parvenir à comprendre comment se comporter avec chacun, et, juste quand, enfin, on ose vanner un chef, blaguer avec la monumentale secrétaire, quand l'on connaît les infirmières avec qui l'on peut rire et celles avec qui l'indifférence mutuelle est préférable, juste quand l'on commence à appréhender les spécificités de la spécialité du service, il faut partir.

Il faut quitter tout ça. On fait un pot, voire deux. Puis, le dernier jour, on fait la tournée des adieux, exercice d'équilibriste, difficile d'exprimer une gratitude sans en rajouter, envers des gens habitués à voir défiler les externes, de se quitter finalement. Bon, avec les GC, c'est aisé (au revoir, et va crever), mais avec les "vraiment bien", c'est moins évident. Surtout si, en cette fin d'année lassante, vous êtes d'humeur amoureuse, la (plus ou moins) vague attirance que vous aviez pour votre interne favori s'amplifiera et ...-soupir-. Les platitudes sont parfois les maladresses de ceux qui se regretteront, au moins un peu, mais sont suffisament habitués aux rencontres éphémères pour ne pas jeter en l'air des promesses de rester en contact.

Pas vraiment le temps de pleurnicher, c'est aussi ça l'externat, lundi, nouveau stage, nouvelles marques à trouver. . Voilà qui me fait gagner une précieuse heure de sommeil.

Une chose va franchement me manquer, dans la pédiatrie, c'est cet irréductible élan vers le mieux, la guérison, le parfait.
Les exigences cliniques pointues, la vie normale que l'on vise, même pour un gosse atteint d'une maladie chronique, même si c'est très grave, même si c'est parfois de l'ordre du rêve, on espère la guérison, parce qu'il est intollérable de ne pas tout tenter (dans les limites de l'humain), parce que tout autre visée serait insupportable.
Si chez les vieux, les objectifs sont plus lâches car parfois innateignables, chez l'enfant il y a cet optimisme et cette exigence, qui rendent les échecs d'autant plus durs, plus cruels mais qui font que les choses sont stimulantes, au quotidien. Bien sûr il y a les frustrations - H -, les insupportables échappements thérapeutiques, les situations sociales "difficiles".

J'ai sacrifié aux clichés, l'un de ces rats m'a refilé ses microbes. Petit ingrat.

Remarquez, je suis injuste, les adultes font ça très bien aussi, vous contaminer. une patiente m'a toussé à la gueule dix bonnes minutes pendant ma dernière garde avant que j'arrive à lui faire dire que sa soeur avec qui elle vit avait eu la tuberculose 5mois auparavant. Sans qu'elle ait bénéficié de prophylaxie. Super. (instruisons nous en nous amusant, je rappelle à mes chers lecteurs que le BCG s'il protège relativement bien des formes graves de tuberculose, ne protège qu'à 50% des formes pulmonaires. Si je me mets à tousser d'ici quelques temps, je saurai pourquoi. Super, bis.)

Par Ephélide
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Samedi 2 juin 2007
A quelques jours des partiels, de nombreuses questions existentielles taraudent les externes moyens que nous sommes. Du coup nous enquiquinons les internes.

Coexterne, rendu perplexe par la moultitude de diag. différentiels des douleurs pelviennes :
"Mais alors comment tu fais la différence entre une femme jeune qui fait une appendicite un peu bâtarde et une femme jeune qui fait une salpingite latéralisée à droite un peu bâtarde ? En faisant la coelio ?"

Interne :
"Oh, non, c'est facile, très facile, et pas invasif. Tu le fais au moment des touchers pelviens en fait."

Coexterne et moi même, en coeur
"T'en profites pour faire une Echo ?"

Interne
"Ben, non, c'est juste que la salpingite, c'est celle qui a une culotte en dentelle noire".



(est il vraiment besoin de préciser que la salpingite est due à des germes de MST ? La bitch, comme dirait Coexterne.)
Par Ephélide
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Lundi 28 mai 2007
Mardi dernier à la visite :
Panda :
"Au fait les jeunes, inutile de vous rappeller que le lundi de pentecôte n'est plus un jour férié, n'est ce pas ?"

Ce matin dans le service :
Tous les externes. Les chefs et les internes en mode "week end" (pas là, sauf les malchanceux de garde).

Quand je pense que la plupart de mes coexternes travaillant dans d'autres services sont restés couchés. Quand je pense qu'on passe une bonne partie de notre temps (enfin, à part en péd) à voir des vieux (et je ne vous parle pas de ce charmant job d'été qu'est le boulot d'aide soignant étage alzeihmer).

Quand je pense que panda ne nous autorise même pas à louper une matinée de stage à tour de rôle les matins de partiels (là où certains services vous dispensent de venir les matins précédants les épreuves) ou à partir tôt...

Quand je pense que notre salaire est forfaitaire donc que ça ne changeait rien...

Je crois qu'on s'est fait avoir
.
A sec, avec des gravillons.
Par Ephélide
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Samedi 26 mai 2007

Mai

L'autre nuit, nuit qui suivait une garde, j'ai rêvé qu'un patient m'agressait. La garde avait été très tendue, évidemment. Dans le rêve, j'avais une blessure au bras, et bien d'autres choses encore. Je me rendais en psy ado, le bras blessé et encore en blouse, et je tombais sur un CCA très sympa que j'ai déjà eu, dans la vie réelle en td et que je croise parfois. (il était justement venu donner un avis psy pendant la garde).
J'arrivais donc, le bras en sang, en blouse et au bord des larmes, et il comprenait vite, avisant mon état que je ne vennais pas pour parler d'un patient, et m'emmenait au calme. La fin du rêve n'est plus très claire, mais en gros on me disait : on s'occupe de tout, maintenant, toi tu te reposes. Je me laissais aller et c'était bon.

Mon réveil a sonné à cet instant, et j'ai été surprise par la détresse, en écho au rêve, qui m'a alors submergée, puis qui a persisté quelque part en moi, même une fois les tartines englouties, même une fois l'heure de trajet en bus passée, la porte du service franchie et ma blouse enfilée. Elle a mis la journée à s'estomper, la matinée de stage ne m'ayant pas franchement changé les idées ce matin là.
Ce matin là, Mai puait la mort, les bières en trop, le sommeil en moins, les révisions, et les petits garçons qui disent à leur maman "m'man, j'veux pas mourrir ici, je préfère mourrir à la maison" (4ans, 7mois)

Par Ephélide
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Samedi 26 mai 2007
Expliquez à qui veut bien l'entendre que non, la pédiatrie n'est pas une spécialité de filles qui veulent jouer à la poupée, dites que la pédiatrie à l'hôpital c'est pas facile, et que c'est cliniquement intéressant.
Et voilà que, tous les matins, en épluchant les carnets de santé des enfants entrés dans vos lits et dont vous devez faire l'observ', vous tombez au minimum sur une pédiatre trisomique par jour.
J'entends par "pédiatre trisomique" ce genre de personnes qui, dans les nombreux mots qu'elle écrit dans le carnet de santé, écrit, au lieu du "beau bébé" laconique qui est l'équivalent pédiatrique du non moins laconique "bon état général", voire expéditif "BEG" qui permet de dire en peu de mots que quelqu'un va bien ; voilà que cette pédiatre donc, écrit en conclusion de son examen clinique, "Amour de bébé" ou "Superbe petite fille à croquer". Et j'en passe.
Ah non, merde, quoi. De grâce, un peu de dignité.
Si vous vous tirez des balles dans le pied les filles, ne comptez plus sur moi pour aller explorer la plaie et parer les lésions.

Mon nouveau CCA (nouveau parce que j'ai changé d'aîle au sein du service de pediatrie pas de service), ressemble à un panda.
Certes, il rentre dans du 34 fillette H&M et il est souvent survolté, ce qui gâche un peu la perfection de ma comparaison avec le paisible herbivore. Mais il en a les cernes (et la touffe de cheveux noirs). Vraiment. Des cernes monstrueuses qui ne le quittent jamais, alors je n'abandonnerai pas cette image si facilement. Disons, un panda anorexique et sous amphétamines

En fait, quand on le voit, on n'a qu'une envie, c'est de lui poser une perf d'Oliclinomel (c'est ce qu'on donne aux gens qui ne peuvent pas s'alimenter), et de le bourrer de lexomil pour le faire entrer dans une hibernation bien méritée. Parce que c'est le genre de type qui, si il s'endort sur quai du TGV qu'il doit prendre pour aller en congrès, ou sur un banc public, peut facilement se faire quelques piécettes en faisant culpabiliser la bourgeoise.

Ajoutez à cela qu'il fait à peu près un mètre douze -talonnettes incluses-, (j'en veux pour preuve qu'il chausse du 6, 6 et 1/2 en taille de gants), et qu'il fait plein de blagues mysogynes juste pour nous faire réagir, vous comprendrez que j'aie du mal à le prendre au sérieux quand il s'excite pour des histoires d'examens complémentaires pas encore rangés à 9h01.
(soit dit en passant, si quelqu'un qui travaille dans mon hosto lit ceci, je suis plus que grillée, il n'y a pas en france 2 pédiatres rachitiques avec des cernes certifiées tatouages permanent, et je lui serais infinimment reconnaissante d'attendre le 1er juillet pour vendre la mèche. Si vous êtes mon chef de service, sachez que même si vous me faites penser au papa de petit ours brun, je vous prends très au sérieux, vous. Certes, quand ça ne va pas, j'ai d'étranges envie de venir me lover contre vous en suçant mon pouce mais je ne crois pas être la seule à qui votre physique imposant et rassurant fasse cet effet).

Vous vous étonnez que le fait qu'à 9h01 des examens complémentaires non rangés soient un sujet d'énervement ? Ce que vous ne savez pas c'est que ce médecin au demeurant plutôt pédagogue et capable d'être sympa (mais pas quand il refuse de nous décharger un peu de boulot en périodes de partiels), a su voir en ses externes, plus que les autres, ce que nous n'avions même pas commencé à soupçonner nous même : la vocation de secrétaires médicales qui sommeillaient en nous.
Alors quand il voit que nous ne donnons pas le meilleur de nous même dans ce qui est pourtant notre passion, il s'agace : "Pourquoi le classeur bleu est il à côté de la pochette marron et non pas dedans?" (à répêter trois fois sur un ton de plus en plus pressant et exaspéré).

Après mon passage en ortho, autant vous dire que ce genre de remarque émanant d'un ailuriné rachitique ne me fait plus guère d'effet. J'essaie de ne pas ricaner et part tracer ma courbe de croissance ailleurs ou voir un gosse.

Comme l'animal est très exigeant, entre deux tri d'examens complémentaires et ordonnage de dossiers, ce stage est relativement formateur (pour un stage de d2 au moins).
Mais épuisant.
Mais formateur.
Les visites ressemblent parfois à du ping pong de questions-réponses. Avec lui dans le rôle de rafaël Nadal à qui on aurait donné cette minuscule raquette sans qu'il comprenne vraiment pourquoi, et qui, du coup, continuerait à frapper la balle à la puissance "Roland Garros, je vais te me l'exploser ce Féderer".
Je ne me suis toujours pas pris la balle dans l'oeil. C'est plutôt bon signe.

Par Ephélide
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Samedi 12 mai 2007

Laissez moi partager un petit secret avec vous : deux fois par an, c'est un bordel monstre à l'hôpital.

Je veux dire, plus que d'habitude.

Et ce, toujours aux mêmes dates. (2novembre et 2mai, CHUs à éviter). Pourquoi ? Non, ce n'est pas que c'est le jour de paye. Non, ce n'est pas le jour de congrès géants organisé par des labos, ce n'est pas la journée portes ouvertes, ce n'est pas que tout le monde a la gueule de bois d'avoir trop célébré la fête du travail (a t on jamais vu un fonctionnaire célébrer le travail ?) ou les morts des années précédentes.
Non, c'est tout simplement le jour des changements d'internes.

En effet, les internes faisant des stages de 6mois, il changent deux fois par an, un mois en décalé par rapport aux externes .
Les externes, eux, changent 4 fois par an, mais en provoquant une désorganisation moindre -le service manque juste de coursiers et standardistes téléphoniques pendant une matinée.
Ce changement d'internes n'a pas trop de répercussions sur, mettons, les consultations des PH*, où (par définition), il n'y a pas besoin d'internes... Mais les services.. Ah, les services.
Il faut savoir que les services pendant l'année (du moins, beaucoup de ceux où j'ai eu l'occasion de passer) sont tenus par les internes, chaperonnés de plus ou moins près par les CCA, tandis que le chef de service ou les PH, qui ont d'autres chats à fouetter, ne font que des apparitions épisodiques, généralement à la visite (qui va d'une fréqence quotidienne à hebdomadaire selon les spé).
Mais ces jours là, p
endant une bonne partie de la matinée, pas d'internes donc. Ils sont perdus dans les méandres de l'administration ou en train d'être briefés par les chefs. Pas de CCA* : occupés à accueillir les internes. Si vous avez suivi ce que j'ai expliqué au dessus, vous comprendrez aisément que c'est le bordel.
Ainsi dans le service déserté, les externes sont plus ou moins livrés à eux mêmes, jusqu'à ce que quelqu'un, -chef de service, ph, attaché ou autre-, se souvienne de la date et décide de venir donner un coup de main.
Ils passent alors la tête dans le bureau médical, lancent "Ca va les jeunes ?", font semblant de ne pas percevoir l'ironie du "évidement, on gère comme des bêtes" proféré par l'un(e) des externes en réponse, et repartent la conscience tranquille.

En fin de matinée, l'interne qui, en dépit de l'administration, est parvenu à récupérer blouse, badge, papiers officiels divers, et à retrouver son service, débarque, et voit les externes lui tomber dessus "il faut que tu vérifies la prescription que j'ai faite pour Mr X -ou le bébé X en pédiatrie-", ou "faudrait aller voir Mr Y, il a beaucoup de questions". Ou les infirmières "alors MrW, ça vaut le coup de le reperfuser ou pas ?".
Inutile de préciser qu'il n'a aucune idée de qui est Mr X, de ce qu'a MrY, et de ce qu'il y avait dans la perf de MrW, ni même des habitudes de prescription du service.
Il faut finir les prescriptions, boucler les sortants, voir les entrants.
L'interne va passer une mauvaise journée.
L'externe s'en fout, il a presque fini sa matinée.

J'ai même ouï dire que ces jours là et suivants on constatait une légère mais néanmoins perceptible augmentation de la mortalité dans les hôpitaux. Même si elle illustre parfaitement mon article, je suis pas sûre d'avoir envie que cette rumeur soit fondée.

Bref, retenez la leçon, début novembre et début mai, il ne fait pas bon être hospitalisé (enfin blague à part, tout sera juste plus long que d'habitude).
Aux urgences, de "nouveaux internes" (donc ne connaissant pas le fonctionnement de ce services d'urgences précis, le logiciel informatique, les séniors...) différents faisant des gardes chaque soir, le flottement est encore plus prolongé ; soyez donc intelligents évitez les urgences à cette pério... ou même, si comme le très insistant patient de l'autre jour, vous avez "une angine blanche" (selon son propre diagnostic), évitez les urgences, tout court.

Pour conclure, je tiens à préciser que je n'ai aucun sentiment de culpabilité quant à ce bordel monstre deux fois par an.
Mon CHU est construit dans un quartier où certains immeubles portent les traces délavées de fresques publicitaires "Suze, l'amie de l'estomac", ou pour Ricard.
Son entrée principale est au sommet d'une rue en pente, après une place dallée, avec des panneaux avertissant "attention, parvis glissant par temps de pluie".
A proximité d'un hôpital cela relève soit de l'humour noir, soit de la débilité profonde.

Alors franchement, on ne prend personne en traitre. Se faire hospitaliser dans un tel CHU, c'est chercher les problèmes.

 

 

 

*PH=praticienHospitalier, CCA=ChefdeClinique Assistant

Par Ephélide
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