The time the interns are changin'

Publié le par Ephélide

Laissez moi partager un petit secret avec vous : deux fois par an, c'est un bordel monstre à l'hôpital.

Je veux dire, plus que d'habitude.

Et ce, toujours aux mêmes dates. (2novembre et 2mai, CHUs à éviter). Pourquoi ? Non, ce n'est pas que c'est le jour de paye. Non, ce n'est pas le jour de congrès géants organisé par des labos, ce n'est pas la journée portes ouvertes, ce n'est pas que tout le monde a la gueule de bois d'avoir trop célébré la fête du travail (a t on jamais vu un fonctionnaire célébrer le travail ?) ou les morts des années précédentes.
Non, c'est tout simplement le jour des changements d'internes.

En effet, les internes faisant des stages de 6mois, il changent deux fois par an, un mois en décalé par rapport aux externes .
Les externes, eux, changent 4 fois par an, mais en provoquant une désorganisation moindre -le service manque juste de coursiers et standardistes téléphoniques pendant une matinée.
Ce changement d'internes n'a pas trop de répercussions sur, mettons, les consultations des PH*, où (par définition), il n'y a pas besoin d'internes... Mais les services.. Ah, les services.
Il faut savoir que les services pendant l'année (du moins, beaucoup de ceux où j'ai eu l'occasion de passer) sont tenus par les internes, chaperonnés de plus ou moins près par les CCA, tandis que le chef de service ou les PH, qui ont d'autres chats à fouetter, ne font que des apparitions épisodiques, généralement à la visite (qui va d'une fréqence quotidienne à hebdomadaire selon les spé).
Mais ces jours là, p
endant une bonne partie de la matinée, pas d'internes donc. Ils sont perdus dans les méandres de l'administration ou en train d'être briefés par les chefs. Pas de CCA* : occupés à accueillir les internes. Si vous avez suivi ce que j'ai expliqué au dessus, vous comprendrez aisément que c'est le bordel.
Ainsi dans le service déserté, les externes sont plus ou moins livrés à eux mêmes, jusqu'à ce que quelqu'un, -chef de service, ph, attaché ou autre-, se souvienne de la date et décide de venir donner un coup de main.
Ils passent alors la tête dans le bureau médical, lancent "Ca va les jeunes ?", font semblant de ne pas percevoir l'ironie du "évidement, on gère comme des bêtes" proféré par l'un(e) des externes en réponse, et repartent la conscience tranquille.

En fin de matinée, l'interne qui, en dépit de l'administration, est parvenu à récupérer blouse, badge, papiers officiels divers, et à retrouver son service, débarque, et voit les externes lui tomber dessus "il faut que tu vérifies la prescription que j'ai faite pour Mr X -ou le bébé X en pédiatrie-", ou "faudrait aller voir Mr Y, il a beaucoup de questions". Ou les infirmières "alors MrW, ça vaut le coup de le reperfuser ou pas ?".
Inutile de préciser qu'il n'a aucune idée de qui est Mr X, de ce qu'a MrY, et de ce qu'il y avait dans la perf de MrW, ni même des habitudes de prescription du service.
Il faut finir les prescriptions, boucler les sortants, voir les entrants.
L'interne va passer une mauvaise journée.
L'externe s'en fout, il a presque fini sa matinée.

J'ai même ouï dire que ces jours là et suivants on constatait une légère mais néanmoins perceptible augmentation de la mortalité dans les hôpitaux. Même si elle illustre parfaitement mon article, je suis pas sûre d'avoir envie que cette rumeur soit fondée.

Bref, retenez la leçon, début novembre et début mai, il ne fait pas bon être hospitalisé (enfin blague à part, tout sera juste plus long que d'habitude).
Aux urgences, de "nouveaux internes" (donc ne connaissant pas le fonctionnement de ce services d'urgences précis, le logiciel informatique, les séniors...) différents faisant des gardes chaque soir, le flottement est encore plus prolongé ; soyez donc intelligents évitez les urgences à cette pério... ou même, si comme le très insistant patient de l'autre jour, vous avez "une angine blanche" (selon son propre diagnostic), évitez les urgences, tout court.

Pour conclure, je tiens à préciser que je n'ai aucun sentiment de culpabilité quant à ce bordel monstre deux fois par an.
Mon CHU est construit dans un quartier où certains immeubles portent les traces délavées de fresques publicitaires "Suze, l'amie de l'estomac", ou pour Ricard.
Son entrée principale est au sommet d'une rue en pente, après une place dallée, avec des panneaux avertissant "attention, parvis glissant par temps de pluie".
A proximité d'un hôpital cela relève soit de l'humour noir, soit de la débilité profonde.

Alors franchement, on ne prend personne en traitre. Se faire hospitaliser dans un tel CHU, c'est chercher les problèmes.

 

 

 

*PH=praticienHospitalier, CCA=ChefdeClinique Assistant

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Guillaume 30/06/2007 18:58

C'est tellement vrai...Elle, sage-femme...Lui, interne...

jocelyncharles 13/05/2007 16:11

C´est vrai, je n´y avais meme plus pensé ( fronce les sourcils )

jocelyncharles 13/05/2007 13:19

" ( a t on jamais vu un fonctionnaire célébrer le travail ?) " Tien,tien,tien : http://amaliaharmonie.over-blog.com/article-6610341.htmlUne tres jolie phrase.Pour le reste, article toujours excellent :)

Ephélide 13/05/2007 13:23

Et encore, je te parle même pas des caissières.*Lève les yeux au ciel*