Freak Show

Publié le par Ephélide

Il y a une chose à ne pas oublier, un externe, ça passe autant de temps en cours qu'en stage. Ou à travailler seul. Oui, parce que les cours, on a beau être motivé, on finit par ne plus y aller.
Le système de nos études est assez pervers, les doyens et les profs poussant leurs étudiants à l'élitisme afin d'avoir les meilleurs résultats possibles aux ECN (l'équivalent de l'ancien internat), comme si une spé était le seul objectif digne d'être poursuivit. Sauf que 50% d'entre nous seront médecins G., les chiffres sont formels, au vu des postes offerts. Médecine G à laquelle nous ne sommes quasi pas sensibilisés durant nos études. Bref.
Une fois pris en compte le fait que notre doyen n'est PAS CONTENT des derniers résultats et nous le fait savoir par divers moyens aussi subtils qu'inventifs (demander aux profs de nous pressuriser, menacer d'augmenter les moyennes de validation des partiels, faire redoubler massivement), on se dit que les cours vont être bien et adaptés à la préparation des ECN. Eh bien non. Quasi pas. Quand le prof daigne venir, il fait trop souvent un cours qu'il faudra entièrement reprendre, seul, avec un bouquin. Résultat on ne va pas en cours et on travaille directement sur les livres. Et les profs de pester contre ces petits cons. J'exagère, jusqu'à présent 2 nous aident vraiment là dedans. Dont 1 qui est en permanence dans le même état d'excitation qu'un Sarko confronté simultanément à une crise conjugale et banlieusarde. Et qui n'a manifestement qu'un but (le prof, pas sarko), nous rendre aussi stressés que lui, et pourquoi pas, réussir à faire péter un anévrysme chez l'un d'entre nous avant 3ans. Allez savoir pourquoi, j'ai tendance à considérer qu'à 3 ans des épreuves, c'est quelque peu contre productif.

En dehors de ça, voici un échantillon de ce(ux) à quoi nous sommes confrontés.

- Le vieux : Celui là ne fait plus que des cours de culture G aux premières années. Des cours d'éthique, ou d'histoire de la médecine. De rares exercent encore (chefs de services), et sont à jour, mais la plupart sont dépassés, d'où l'absence de cours dans d'autres années. Quand on le voit la première fois, on dit en blaguant qu'il a du voir de son vivant l'invention du stéthoscope (par ce brave Laënnec, c'est la minute culturelle). Tel est pris qui croyait moquer, s'il n'a pas vu ceci, Papy a commencé à exercer alors qu'on soignait encore la syphillys par des injections de mercure dans le cerveau, et a assisté en tant que médecin à l'arrivée des premiers antibiotiques. Respects formolés.

- Le passioné et passionant : La perle rare. Souvent encore relativement jeune, celui là a choisi sa spé, l'aime, et ça ce sent. C'est le genre de personne capable, en une heure, de créer des vocations pour sa spé chez les trois quarts de son public. Certes les vocations d'étudiants peuvent être très labile, mais ça tient malgré tout de l'exploit. Il est drôle. Il est jeune. Il arrive à vous passioner pour le Pick Flow ou l'indice de Sokolow (choses chiantissimes s'il en est). Il fait de gros efforts pour être accessible, synthétique et clair. Et en plus il est sympathique. Gloire à lui.

- Le médecin idéal : L'autre perle rare. En général, c'est un passioné passionant que vous avez eu l'occasion de voir exercer quand vous avez été en stage dans son service. Et c'est là que vous avez réalisé, qu'en plus d'être passionant, il était humain. Qu'en plus d'être pédagogue avec ses stagiaires, il savait être à l'écoute de ses malades. Ses connaissances vous semblent infinies, à la limite de la science infuse (celui que j'ai rencontré faisait de la Med. Interne, ça vous situe le niveau). Et qu'en plus il est beau. Celle qui a dépouillé les évaluations des terrains de stage qu'on remplit pour le BDE m'a confié avoir trouvé sur plusieurs CCA intelligent, intéressant, beau, mais marié. Oui, il fallait bien un mais quelque part.
Quoiqu'il en soit, c'est le genre de personne qu'il est bon de rencontrer. Parce que ça vous fixe des modèles, des référents positifs.

- L'élististe excité. J'ai failli écrire "le connard", ayant eu à en subir un vendredi soir, mais je me suis dit qu'il fallait rester correcte. Il arrive souvent en retard en cours, parce que il ne faudait pas oublier que monsieur est important, qu'il a des choses à faire, plus que vous en tout cas. Mais son retard, c'est vous qui le payez. Parce qu'il ira au bout de son powerpoint prévu pour durer 2h, même s'il est vendredi soir, qu'il est 18h25, et que le cours devrait être finit depuis 25 minutes. Il vous regarde avec hauteur "non, un dernier cas, après tout on a commencé en retard". LA faute à qui ? ce cri du coeur vous a échappé, il n'y a que le "connard" final que vous avez réussi à retenir. Heureusement pour vous (ne jamais insulter avec un professeur alors que vous risquez de devoir faire des stages dans son service). Parce que bon, QUI est arrivé avec 25 minutes de retard ? Qui a jugé utile de commencer son cours par un laïus sur les ECN ? Qui s'est interrompu régulièrement parce que, honte sur vous, vous ne connaissiez pas les doses d'HNF réglementaire dans le traitement de cette pathologie que vous découvrez avec son cours ? Non, parce que lui, les connait (lui semble oublier qu'il est cardiologue depuis 25ans donc que le contraire serait inquiétant), et que pour les ECN faut les connaitre, hein, va falloir penser à se mettre au travail. Il parle vite, gesticule avec son micro et grimace. Il est surexcité, hautain, pédant et vous rend nerveux. Vous lui colleriez bien des baffes, ça serait peut être plus productif que le stress qu'il essaie de susciter chez vous.

- Le passioné pas passionant : C'est un peu aux cours ce que "questions au gouvernement" est à la télé. Vous regardez, sentant bien que quelque chose d'important est en train d'être dit, que les gens dans la petite lucarne ont même l'air d'y trouver de l'intérêt, mais non, impossible de faire le lien avec les bruits monotones que vous entendez. Ce prof là, est le midas de l'ennui. Quelque soit le domaine auquel il s'attaque,il vous le rend inintéressant. Le pire qui puisse vous arriver ? Vous retrouver en stage avec lui.

- Les chercheurs : de l'illuminé au désabusé, ils ont tous quelque chose qui me les rend éminement sympathique, ce petit côté Don quichotte, se lancer dans des programmes sans bien savoir où ça va les mener. C'est grâce à eux que les choses avancent.

C'est loin d'être exhaustifs, mais c'est pas tout ça, j'ai des choses à faire moi.
Non, je ne suis pas importante, non, je ne travaille pas non plus, j'ai juste promis à mon Interne qui doit partir bientôt (changement de stage bi annuel oblige) de lui faire un gâteau.

Publié dans Lexique

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Doc junior 25/08/2015 16:31

Donc si je comprends bien on a des cours pour nous préparer à l'ECN sauf que dans 99% des cas ils sont tellement inutiles qu'il faut tout apprendre par soi même dans les bouquins. Logique...

Lara 12/04/2011 22:37



Incroyable ce blog! J'aurais pu l'avoir écrit (sauf que j'écris très mal). J'ai en tout cas vécu tout ça: les mêmes profs exactement! Mais à Toulouse et sans la pression de l'ECN (j'y ai échappé
de justesse). Merci, c'est sympa de revivre à froid ces années de jeunesse fatigante!



sun 14/10/2008 18:48

Un gateaux! oooOh C sympaa!Oui les profs qui vous regardent de haut C'est mean et grincheux... y'en a qui vous méprisent, qui vous angoisses, et ceux chez qui le cours est une vraie berceuse! maihh bon... on fait avec hein! ;D

Inès 10/08/2008 15:33

C'est fou comme tu démystifie bien le fait qu'en médecine comme ailleurs les personnalités sont différentes et que ce n'est pas le "rêve" imaginé au lycée ou avant tous les jours. Je trouve ce blog très vrai, la note très juste même si parfois assez rebutante mais bon, la réalité n'est pas toujours belle.