Garde encore.

Publié le par Ephélide

Ma mère fait des flans dégueulasses pour le commun des mortels, sans sucre, "pour finir le lait", comme elle dit. Elle y jette pommes oeufs et farines au jugé. Parfois il dégouline, et parfois il est sec et luit comme du cellophane, mais je l'aime -je n'aime pas les desserts normalement. Et je le mange en tapant ceci, libre à vous d'y voir un parallèle.

Dimanche soir dernier, garde dans une autre réa, "une vraie", serai je tentée de préciser, en tout cas pas dans ce fameux centre contre le cancer. Pathologies plus aiguës, plus communes, plus variées, patients aux histoires radicalement différentes.

Me voilà dans la chambre de cet homme, il a une trentaine d'années, à moitié paralysé, encore, mais une patate d'enfer, là depuis une vingtaine de jours, il appelle le chef de clinique par son prénom et lui emprunte ses bds. Le chouchou de tous, me confie l'interne alors que, à l'extérieur de la chambre, je lui demande à voix basse, pourquoi est il là ?
Maladie de pas super pronostic, tu perdras lentement contrôle et mourras jeune, camarade.
Sur le mur en face de son lit, le panneau velleda magnetique où on accroche les résultats d'examens et autres feuilles de températures, est à moitié dégagé de nos papiers barbares pour laisser place à de grandes photos de sa fille, bébé à l'oeil étonné d'une dizaine de mois.
Son volontarisme et son sourire me serrent le coeur, tu iras mieux provisoirement, mais bientôt ta fille verra son père dépérir, tu te verras décrépir, conscient jusqu'au bout.
Je n'ai pas pitié, j'éxècre pité et commisération, d'ailleurs tu n'attends pas ça de nous, et elles sont mauvaises conseillères et infectes de bons sentiments très mal placés, mais tout de même.
Le coeur serré. Tout cela ne devrait pas planer sur vous.

L'équipe infirmière, majoritairement masculine, de ce soir chahute, je suis baptisée à grands coups de d'antiseptiques colorés, ils jouent les innocents je me venge et finis avec du yaourt dans le dos.
File sous la douche avant de croiser une famille, et change mon pyjama.

Amené par le samu, monsieur truc a eu très mal à la tête et a fini par perdre conscience après une phase de paralysie. Sa famille a appelé le samu, passage aux urgences d'un autre hôpital il est récusé de neurochir, avant d'atterir dans notre réa. Au scan son tronc cérébral était noyé de sang.
Il était bien portant et n'avait aucun antécédent, rien de rien, même pas du cholestérol, 69 ans et il est mort comme une lampe claque, sans s'être vu partir.
Sa famille est pour, et même à son âge c'est possible, alors ses reins aideront deux malades, au moins.


L'hôpital me hante, non pas comme ces clichés de cinéma, (je ne m'effondre pas en pleurant en hurlant contre cette chienne de vie (sauf une fois mais c'était différent), je dors la nuit, je ris, sors, mange, bois et fume parfois), mais comme un parfum de pourriture insidieux, qui corrompt chaque instant si je n'y prends garde. 
Cinéma, je regardais audrey tautou fumer ses longues clopes, pseudo femme fatale de film en noir et blanc, en s'envoyant du champagne, et tout ce que j'ai pensé, c'est "ma vieille, fais gaffe au cancer de la gorge". Super.
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