Nouvelles têtes (de C...)

Publié le par Ephélide

Voilà une semaine j'étais satisfaite du changement de mon terrain de stage : En effet je suis, depuis le 2 janvier au matin en stage dans un service de Chirurgie. Orthopédique pour être précis. C'était avant de commencer ce stage.
Où j'allais avec un à priori plutôt positif, essayant bravement de mettre de côté les clichés de ces gros salauds de chirurgiens. Ceux que j'avais (occasionnellement) côtoyés pendant mon stage précédent ne paraissaient après tout pas si terribles
. Cet enthousiasme aveugle fut vite douché, croyez moi, par la rencontre avec mon CCA. Avant que je vous explique ces menus détails qui font le charme du quotidien de l'externe en chir, laissez moi vous présenter mon nouveau CCA (Chef de Clinique Assistant, en gros un jeune médecin responsable également de l'enseignement aux internes et, pour mon malheur, aux externes).


Physiquement (oui je commence toujours par les attaques physiques, c'est gratuit et ça fait du bien), il a la coupe de cheveux et le profil de Godefroy le Hardy. J’ai sans cesse la vague impression qu’il va se mettre à hurler « Montjoie ! Saint Denis ! », et nous exhorter à charger les Sarazins.
Si seulement.


C’est un nerveux, un colérique, un impulsif
.
Je crois que la meilleure illustration est ce qui s'est passé mercredi matin.

Monsieur semblait de mauvais poil. Moi et mon coexterne avions assistés médusés à une engueulade en règle de l'interne sortant de garde, au terme de laquelle il apparut que l'interne n'était aucunement en tort.


C'est la visite. On entre dans la chambre d’un patient. Je souris. Une combinaison de réflexe pavlovien en accompagnement de mon « bonjour », mon naturel plutôt souriant, et aussi parce que le CCA venait de fourrer dans la main de mon co-stagiaire tous les papiers qu’il tenait, sans un mot, dans le plus pur style « tiens, esclave. » qu'il pratiquait depuis le début de la visite (mon co-stagiaire lui ayant servit de porte-stétho, etc, sans un mot de remerciement à son égard). J’affiche donc un quart de sourire.
Et c’est le drame, si vous me pardonnez cette formule trop usée.
Godefroy se retourne vers moi, me regarde comme si je venais de lui pisser dans ses poches de blouse, et a un geste vers la porte restée entrebaillée. Me méprenant sur ses intentions j’esquisse un geste pour la fermer complètement.
Ah, tiens, Non, ce n'était pas ça, de toute évidence.
Il s’abat sur moi,
tel la vérole sur le bas clergé, le visage furibard. D’une main ferme, il me chope le bras, m’emmène hors de la chambre, ferme la porte et à ma plus totale surprise, j’essuie la plus monstrueuse gueulante que j’aie jamais eue à encaisser à l’hôpital.
En fait la seule. Et sans doute la plus méprisante, jamais subie, tout court.

Totalement prise au dépourvu, j’expérimente un nouveau rôle pour moi : le Punching Ball humain.
Il m’assène « J’ai remarqué que tu riais et souriais beaucoup. C’est lamentable. On fait un métier sérieux, si tu ne comprends pas ça, change tout de suite de métier» etc etc (Authentique)

Avec le volume sonore d’un entraîneur de Rugby appelant son milieu de terrain depuis le banc de touche et l’agressivité d’un pitbull, il tacle directement les tibias de ma vocation médicale.  Il me broie le bras (sa main fait aisément le tour de mon biceps), et à son ton, j’ai le sentiment d’être une trace de merde de chien écrasée sous sa semelle.

Il voudrait me déstabiliser gratuitement qu’il ne s’y prendrait pas autrement.


Je dois avouer avoir été tellement surprise par la violence de sa diatribe, que, durant ¼ de seconde, j’ai eu peur de me pisser dessus.
Au sens propre du terme.
D’autres auraient eut une réaction d’orgueil, auraient protesté,  (Une réponse valable mais hasardeuse eut été « écoute connard, t'as le droit d'être énervé, mais moi j’y suis pour rien, hein, et sourire en disant bonjour n’est pas encore un crime… Par ailleurs, parler à ton malade de la sévérité de son état c’est bien, le faire avec ménagement, c’est mieux »). Mais non, moi, je reste abasourdie et mobilise l’ensemble mes facultés intellectuelles pour faire ce qu’un gosse de maternelle accomplit au quotidien sans y penser : contrôler mes sphincters.
Cela en dit long sur ma Grande Classe, et mon côté Glamour.

L’avantage étant que je me suis alors tellement concentrée sur mes sphincters qu’une partie de la violence de la chose m’est passée à côté.


Ce qui en dit long sur Sa grande classe étant ces  faits :

- Il mesure 20cm, pèse 30kg, a 15ans de plus que moi, et a, à la fois un ascendant hiérarchique et pédagogique sur moi. J'étais ce matin là, probablement la personne la plus vulnérable : la plus jeune, externe, et par-dessus seule représentante du sexe féminin de l’équipe médicale. Et sur qui choisit il de se passer les nerfs ?
Moi. Comme je suis surprise.
Il n'aurait jamais fait l’erreur de se mettre à dos, volontairement, une infirmière ou AideSoignante. Elles sont indispensables aux soins de suite et le maintient d'une relative bonne ambiance inter équipes méd/paramed est indispensable. Ca s'appelle des intérêts bien compris.
Par contre, moi, une externe, cela n’a aucune conséquence. Mais alors vraiment aucune. Son attitude avec moi peut être méprisable, lamentable, personne ne viendra la remettre en question. D'autant qu'il se complaît dans son rôle de "chir un peu dur avec ses étudiants" (ainsi qu'il se perçoit manifestement), alors mes protestations n'y changeraient rien. J'ai connu des médecins "un peu durs avec les étudiants". La différence fondamentale avec lui étant qu'ils ne confondaient pas dureté pédagogique et attaques personnelles gratuites. Je suis la première à admettre que si je passe une borne un médecin est en droit de me remettre à ma place. Croyez moi, les seules bornes franchies ce matin là n'étaient pas de mon fait.


- Il se comporte aussi comme ça avec ses internes étrangers, profitant de leur français hésitant pour se lancer dans d’homériques gueulantes avant de reconnaître que, peut être, finalement, l’interne n'avait pas tort. Le pire étant que les internes ont intégré ce traitement comme normal. Hier matin, j'ai cru qu'un des internes aller pleurer de joie quand ce CCA lui a dit "c'est bien tu as raison". Il s'est retourné vers nous et nous a dit "c'est la première fois qu'il me dit ça". Cette réplique est particulièrement savoureuse quand on sait que cet interne a commencé son stage voilà deux mois.


- Il a tellement d’empathie qu’il a balancé à un malade (celui auquel j'avais souri) de grandes vérités sur l’état très critique de sa cheville (en substance qu'il risquait de ne plus jamais pouvoir marcher correctement, le monsieur étant jeune et sportif),  avec à peu près autant de ménagement que ma concierge quand elle explique aux souris qu’elles ne peuvent pas vivre dans nos caves (comprennez: à grands coups de Mort au Rats).
Revenant dans la chambre faire l’observation du malade, je ramasse les morceaux. « Dites, il m’a vraiment foutu les jetons votre patron », me dit le malade,
au bord des larmes. Je tourne 7fois ma langue dans ma bouche pour ne pas répondre « oui, à moi aussi il me fait peur ». Cet homme devant se faire opérer l’après midi même, je décide de le laisser dans l’ignorance de quel psychopathe son chirurgien est.

Décidemment, la vie d'externe est un bonheur qui se savoure au quotidien.

Publié dans Galères

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Doc junior 25/08/2015 16:58

Super ! J'espère ne jamais en croiser un comme ça. Pour l'instant tout le monde a été sympa avc moi mais maintenant je sais à quoi m'attendre. Remarque des c**, il y en a partout. Aussi bien en médecine qu'ailleurs !

Little Louise 10/09/2009 21:22

Ca donne envie de faire médecine tout ça dis moi ! Bon courage ^^PS : au rugby, on n'a pas de milieux de terrrain. Si j'ai bien compris ce qu'a dit Wikipédia ça serait les 1/2 de mélée et d'ouverture...

primum non nocere 02/02/2007 13:53

bonjourinteressant theme que les autocrates et bon nombre, je pense d'étudiant en médecine auront eu droit a ce comportement dictatoriale.Ce qui est embetant c'est que ce comportement s'est dirigé egalement sur le patient.Et c'est la que l'interessé a besoin d'un interlocuteur ( aide soignante, infirmiere, jeune externe ) pour diminuer cet etat de stress.Ce serait interessant d'avoir l'avis des toubibs sur overblog ainsi que de matrin winckler ou des personnes d'atoute pour savoir ce qu'ils en pensent et , s'il y aurait eu une reaction specifique a avoir ....Bon courage, kopf hoch, c'est comme les hommes ou les femmes violés, a partir d'un moment on sort de son corps ( moi ma technique c'est simplement de dire, " je suis pret a tout accepté mais je n'accepte pas le mobing " et en général ca marche, mais je suis en allemagne et ici c'est tres severemenbt puni par la loi, donc l'évoquer c'est se donner assurément lla possibilité que les autres changent leur comportement )jocelyn

tchii 06/01/2007 20:27

Je me mets à ta place et j'ai envie de vomir - il est ahurissant de croiser encore des petits c.. de ce genre, CCA ou autre supérieur. A croire qu'ils n'ont pas d'autres bonheurs dans la vie qu'effacer le sourire de tous ceux qu'ils croisent!
Un médecin ça peut soigner quand c'est aigri???
Tiens le coup miss! (je sais que 3 mois c'est long)   

galunto 05/01/2007 23:43

Fort avec les faibles, déférent devant les puissants... excellente illustration de la lâcheté quotidienne des chefaillons qui reproduisent la violence reçue dans leurs années de formation sur les gens qu'ils cornaquent désormais.