Swedish flu

Publié le par Ephélide

Que fait l'externe soucieuse de rester en contact avec sa formation quand elle part en vacances ? Elle tombe malade. Que fait l'externe débile quand elle tombe malade en vacances ? Elle va sur les pistes jusqu'au bout avec un talent d'auto persuasion assez épatant sur le thème "mais oui frissonner et claquer des dents sous ma couette pendant une heure la veille au soir, c'est parfaitement normal, et en aucun cas synonyme de fièvre".
Et que font ses parents en la retrouvant le lendemain de son retour avec 40° de fièvre marmottant que "mais non ça va c'est viral" ?
Abasourdis par le fait que leur fille qui, dans le fond doit avoir quelques neurones -allons, elle n'est pas arrivée jusqu'en D 2 uniquement grâce aux cierges que sa grand mère allume en période de concours-, puisse être aussi conne quelque fois, ils appellent SOS médecins.

Le dit médecin qui, après avoir gentiment dissipé ma gêne (ça aurait parfaitement pu attendre demain mais allez expliquer ça à des parents), a parfaitement illustré le cours sur les Broncho Pneumopathies de l'adulte, en concluant très vite que
- c'était viral (Argument de Fréquence, Pas de foyer pulmonaire etc etc...)
- pas d'examen complémentaires
- en conséquence, traitement symptomatique à base de paracétamol et de sirop (car toux invalidante), de beaucoup de liquide, mouchoirs, repos. Reconsultation à J3 si persistance d'une fièvre élevée.

Etudions maintenant l'ordonnance qu'un médecin de station avait fait à une fille de mon groupe (en fait la chose a traîné de personne en personne, les cas zéros identifiés étant au sein d'un sous-groupe de suédois, d'où le nom si subtil que nous avons trouvé à la chose et qui sert de titre à ce post (non non le nous n'est pas un "nous de majesté", nous étions bien quatre lorsque nous avons baptisé ce virus  (un australien, deux bières et moi)) présentant exactement la même symptomatologie quelques jours plus tôt et qui m'avait laissé perplexe :
Après avoir brillament diagnostiqué une bronchite, il avait prescrit :
Corticoïdes.
Antibiotiques.
Et non, la fille n'était pas asthmatique à la base, ni rien de spécial.

Les seules hypothèses qui me viennent à l'esprit sont :
- Le médecin en question voit toute la journée des patients ultra exigeants qui veulent absolument profiter de leur semaine au ski et demandent à être soignés très vite etc etc, alors pour avoir la paix il sort l'artillerie lourde (les corticoides ??), inutile (Les antibiotiques, c'est pas automatique, faut il le rappeller ? et avec un virus ahem ahem...) mais lénifiante.
- Le médecin en question est vieux, encore sous le choc de la découverte de la pénicilline, et célèbre cette merveilleuse molécule qui a révolutionné la médecine en la prescrivant systématiquement.
- Il touche des royalties sur le trou de la sécu.
- Il est de bonne foi et ignore vraiment la conduite à tenir, mais cette hypothèse ne me plaît vraiment pas.

La première explication me paraît la plus probable mais (presque) la moins souhaitable, car si le médecin renonce à son rôle d'éducation du patient, alors qui va le faire ?

Et enfin, une dernière, assez plausible:
- Je suis une petite prétentieuse et il y a une raison qui m'échappe, si quelqu'un peut me l'expliquer je suis toute ouïe. J'en serai mortifiée mais soulagée et pondrai un mea culpa en bonne et due forme en me flagellant avec mon marteau babinski pendu au bout de mon stétho.

D'ailleurs, ce post en lui même est prétentieux (quand on connaît l'immensité de mon inexpérience), mais vous l'aurez compris, c'est un peu ma marque de fabrique.

Publié dans Galères

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Hélène 18/06/2011 18:51



Salut,


de pages web en pages web depuis le blog de la dresseuse d'ours, je suis tombée sur ton blog pour combler les vides d'une consultation calme... J'aime beaucoup! et me reconnait dans beacoup
d'historiettes d'externe bosseuse mais critique puis d'interne tour à tour exaltée et exténuée! J'ai quelques années d'avance (mais pas tant que ça puisque j'ai passé l'ENC en 2004) et suis
maintenant installée en tant médecin généraliste...


Et ce post là me fait beaucoup sourire. J'ai une explication à la corticoantibiothérapie des rhinopharyngites. Mais elle ne saurait être approuvée par aucun universitaire (ni par moi même
d'ailleurs!) Je vote pour le médecin renonçant à l'éducation tout en étant de bonne foi! En effet, il faut imaginer le patient dans un cabinet médical: c'est à la fois la personne à qui tu dois
apporter un petit plus en terme de santé, qualité de vie, confort... Mais aussi, et c'est un vrai casse-tête, ton gagne-pain. Il ne faut pas que demain il passe la porte d'un autre médecin.


Tu lui dois en plus des traitements des explications, mais aussi de l'écoute. Or il sait qu'il sait! Il sait qu'il n'a jamais de température, qu'habituellement "il a 36 le matin, donc avec 37.3,
c'est de la fièvre..." Qu'"avant on était malade, on allait chez le médecin, on avait des antibiotiques et on guérissait... Maintenant on est malade, on va chez le médecin, on ne nous donne rien,
on doit revenir une fois, deux fois, on finit par prendre les antiobiotiques (de la voisine) et ça va mieux". Il sait aussi que "lundi il a une grosse semaine et qu'il a besoin d'un traitement de
choc pour être en forme"... Il sait enfin qu'"il a cotisé et qu'il a bien le droit à un traitement efficace!"


Egalement pétrie de certitudes universitaire, EBM, j'ai aussi plein de certitudes: les corticoides c'est pas anodins, les antibiotiques ne servent à rien dans les infections virales...


Et pour concilier mes certitudes aux siennes, j'ai tout un attirail digne de Don Quichotte:


- les streptatests utilisés à tors et à travers, pour l'angine mais aussi pour les rhinos, les bronchite, les états fébriles... Avec l'argument scientifique qui tue: le test est négatif, pas
besoin d'antibiotiques!


-le discours bobo écolo: "les médicaments, je suis pas trop pour, rien de mieux qu'un bon thé au miel pour soigner un rhume"...


- le discours scientifique schéma à l'appui sur ce que sont les virus, les bactéries, le mode de fonctionnement d'un antibiotique...


-le proverbe ironique: un rhume, ça dure une semaine quand on ne le soigne soi-même et 7 jours quand on va chez le médecin.


- la paraphrase des campagnes de santé publique: "pas d'angine, pas d'otite, pas de bronchite, pas d'antibiotiques!"


En fonction des gens à qui je m'adresse je pioche dans tous cela et en général ça marche. Mais parfois, on lit sur le visage des gens qu'on les reverra le lendemain pour la même chose tant que
l'antibio ne sera pas prescrit...alors, puisqu'on leur a tout expliqué, pourquoi surcharger la consult de demain, pourquoi perdre encore un patient qui se dira que vraiment les jeunes
médecins n'y connaissent rien... Parfois la toux d'irritation est la goutte d'eau qui fait déborder le vase pour un patient qui a plus que son lot de soucis... Il est vraiment fatigué, et de
notre coté la seule aide possible serait de calmer sa toux! La cortisone fonctionne là-dessu... Mais des fois qu'on ait loupé quelque chose, une "couverture" antibiotique serait pas mal... Puis
juste de temps en temps c'est pas trop grave, si? Probablement que si, surtout selon les loi de la sacro-sainte evidence based medecin... Sauf que celle-ci ne propose pas vraiment d'autres
solutions :-) Ou alors ce cours là devait tomber le lendemain d'une garde!


Bon courage pour la suite, je vais continuer à remonter le temps sur ton blog. (au fait je me suis permis le tutoiement même si je fuis habituellement cette habitude qu'ont les médecins de se
tutoyer systématiquement même quand rien d'autre ne les rapproche que des études vaguement similaires! J'espère que ce n'est pas grave :-) )


Cordialement


 



Eosine 30/05/2007 14:04

En fait, je me pose un peu les mêmes questions au comptoir. "Les antibiotique, il a une bronchite ?" "non une rhino..." Bien bien bien bien...Dans mon petit bled de campagne, le message n'est pas passé et les antibiotiques sont quasi automatiques. Moi je vois ça un peu comme taper avec une massue pour aplatir un carton, "aux petits maux les grands remèdes"Puisqu'il existe des médicaments très efficaces, pourquoi s'en priver ? Même pour le rhume ? Pourquoi envoyer chez le psy un patient énusérique alors qu'on a l'ADH ?"En fait, le médicament devient la solution miracle. On a perdu bcp de bon sens: repos, et souvent ça passe. Il faut absolument les pilules magiques.