De beaux lendemains

Publié le par Ephélide

Parfois, un chef de mauvais poil vous rappelle d'un ton acerbe qu'après tout le repos de sécurité "ça a pas été créé pour que les internes puissent glander mais pour qu'ils ne puissent pas tuer leurs patients par erreur" (le sous entendu étant "donc tu peux rester dicter/taper des comptes rendus surtout fait toi plaisir"). Certes. Quelques accidents de la route d'internes ayant passé plus de 36h d'affilée de service avaient un peu contribué à l'époque mais ça, hein, tout le monde l'oublie assez vite.

Et certains services ont assez vite tendance à oublier la sécurité dès que ça arrange les uns et les autres que "tu fasses quand même un bout de visite, après tout, à mon époque on le faisait bien*".

 

Alors que les choses soient claires, c'est vraiment une mauvaise idée.

En tout cas pour moi. Après un mois de travail non stop (comprenez par là que la dernière fois que j'ai passé 24h sans mettre le pied à l'hôpital était le 3octob), dont plusieurs visites de lendemain de garde, pour cause de sous effectif cruel dans le service, je commence à expérimenter douloureusement la démission de mes neurones en fin de matinée.

Le pire étant, qu'en général, les patients éprouvent justement le besoin de longues explications sur leur état pile ce jour là. Ils doivent avoir un détecteur du mauvais moment, ou quelque chose comme ça. Résultat, je bafouille, cherche mes mots, tente d'être rassurante, avec parfois de longues poses pendant lesquelles je laisse le patient s'épancher (et que je tente intérieurement de me rappeller mmmm c'est QUOI déjà son problème à lui ? (j'exagère à peine)). Le patient sort de cette épreuve encore plus inquiet et tout est à reprendre le lendemain.

 

Si hospitalisé(e), vous voyez débarquer un matin votre interne puant le chacal (ou, autre possibilité si il lui reste un léger sens de l'hygiène, sentant frais le gel douche), mal peigné et de mauvaise humeur, il y a de fortes chances qu'il/elle sorte de garde et soit tombé dans le piège du "bon ok, je fais le tour et je me casse". Surtout, surtout, ne vous plaignez de rien, de demandez rien, ne faites RIEN qui justifie qu'il/elle ait envie de modifier votre ordonnance dont, à priori, aucun des médicaments ne vous a encore tué. Tout le reste peut attendre 24h de plus. L'autre possibilité est qu'il/elle se soit fait larguer la veille et ait pris la biture du siècle dans la foulée (son haleine peut vous mettre sur la voie), mais le résultat est le même, ne bougez pas une oreille.

 

Si non hospitalisé(e), vous croisez le même individu dans le métro qui somnole sur un fauteuil, la tête dodelinant au rythme des cahots, c'est peu être un(e) interne qui rentre de garde. Ne l'approchez pas ce n'est pas absolu qu'il/elle ait chopé la gale la veille**. Et faites taire votre gamin qui le pointe du doigt en disant "pourquoi elle dort là la dame ? Elle a pas de maison ?" (authentique), ça pourrait la réveiller.


*ce à quoi il est fortement déconseillé de demander "mais les dinosaures en vrai ils étaient vraiment si grands ?"

** J'essaie de me persuader que ce n'est qu'un "prurit psychogène" depuis que j'ai vu ce type couvert de pous/et probablement scabieux il y a 36h mais quand même...

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Tom Cantor 20/01/2011 00:12



Je faisais narcissiquement (en fait, pour du boulot) le tour de mon ancien blog 60 millions de social-traîtres et je tombe sur un de tes commentaires. "Ah, je me rappelle d'elle, ce blog sur
l'hosto, si vrai, si poignant, si littéraire sans se vanter, dommage qu'elle ait arrêté...", et puis je clique quand même, et je tombe sur trois ou quatre "nouveaux" articles. Il faut continuer !


 



m 27/11/2010 16:16



petite soignante le retour sur mon blog


http://petitesoignante.skyneblog.be


 


a plus



Marie 11/11/2010 22:59



Aaaaah Jaddo ça f'sait longtemps ^^


Sinon, toujours un vrai bonheur ce blog, même si la réalité n'a pas l'air si facile...
Du courage!
(C'est le vrai avantage de la pédiatrie, aka les bisounours de l'hôpital, le repos de garde OBLIGATOIRE que tes chefs mettent un point d'honneur à faire respecter. Après, ça ne veut pas dire que
le sous-effectif du service n'est pas au rendez-vous... mais c'est un bon principe tout de même.)



Jaddo 02/11/2010 03:12



Non mais alors non, autant je vous aime et j'aime votre blog, autant on ne dit pas d'une fille qu'elle s'est faiteuh larguer.


"Faire" ne s'accorde pas quand il y a un infinitif derrière.
La fille qui s'est fait violer. La tarte que j'ai fait cuire.
C'est mon deuxième cheval de bataille juste après "pallier à".
Non, même, juste avant.


Postez plus souvent ;-)



Ephélide 02/11/2010 21:05



Honte sur moi... c'est rectifié...



Niluje 31/10/2010 22:44


C'est toujours un plaisir d'avoir des nouvelles de ma tâche de rousseur préférée. D'autant plus qu'étant un carabin un poil plus jeune je m'aperçois que ce que je ressens en stage, ou ailleurs
durant mon cursus, je l'ai souvent déjà lu ici. Je trouve que tes propos sont très éloquents et que tu transcris bien le vécu de l'étudiant en médecine car je me retrouve beaucoup dans tes billets.
Au plaisir.