Dimanche 17 juin 7 17 /06 /Juin 21:04

Il y a des choses que je n'aime pas en médecine, ou plutôt avec lesquelles je ne suis pas à l'aise.

Parmi elles, bien en tête du peloton, ces moments où, alors que le patient nous parle de symptômes qu'il pense anodins, on comprend vite que se joue en réalité quelque chose de grave . On comprend soudainement que sa vie va basculer imminement et que l'on contribuera à lui porter cette nouvelle.

Généralement il ne se doute de rien, ou si peu, et il y a quelque chose de quasi obscène à savoir sans rien dire. Comme si l'on surprenait un vilain petit secret qu'il aurait préféré garder caché.

 

Un soir aux urgences, je m'occupe enfin de Soeur T. qui attendait depuis maintenant plusieurs heures sur son brancard, le drap comiquement rabattu sur le sommet de son crâne pour mimer la coiffe dont l'infirmière d'accueil l'avait délestée. A côté d'elle une de ses soeurs, debout sans broncher, dans sa tenue claire. Elles étaient calmes, toutes deux. Celle debout tenait en main un scanner, passé "en ville", à la suite duquel le radiologue l'avait envoyé aux urgences.

Je les ai installées dans un box, et l'accompagnante m'a expliqué, la chirurgie récente, il y a quelques mois, l'embolie pulmonaire au décourt, alors que soeur T avait "toujours été un roc", les troubles mnésiques depuis quelques années. J'ai soigneusement rempli la case antécédents du logiciel des urgences, sans bien voir le lien avec le scanner cérébral qu'elle me tendait.

Elle m'a enfin raconté les maux de tête depuis quelques semaines, de plus en plus violents. Soeur T, m'a expliqué que le matin, vraiment c'était pire. Que parfois elle était surprise par des gens arrivant par sa gauche, comme si elle "voyait moins bien par là", la marche plus pénible depuis peu. Elles m'ont dit les traitements symptômatiques qui ne marchaient plus, le médecin traitant finissant par prescrire le scanner, la panique du radiologue, le taxi qu'elles avaient pris "exceptionellement" pour venir aux urgences.

 

Le compte rendu du radiologue évoquait un AVC postérieur, mais n'ayant pu injecter le scanner ne se prononçait pas plus. J'ai silencieusement regardé les planches fournies. Vu avec consternation un volumineux oedème vasogénique. Deviné la masse en dessous.

 

Toutes deux me regardaient. Soeur T a bougoné car tout cela était beaucoup d'agitation pour rien, et qu'à 86ans elle avait le droit de moins bien marcher. J'ai rangé les planches en la prévenant que j'allais devoir l'examiner. En douceur, avec son accompagnante, nous avons enlevé les nombreuses couches de son habit, et les sous-couches de vieille femme frileuse, plus nombreuses encore. J'ai plaisanté à ce sujet pendant que l'accompagnante levait les yeux au ciel en riant. J'ai essayé de toutes mes forces de ne pas penser à ma grand mère.

 

J'ai retrouvé comme attendu une "belle" HLH gauche, et des troubles sensitifs. Je ne l'ai pas faite marcher car elle était fatiguée, qu'il était déjà tard, et que, vu le scanner je savais déjà ce que j'allais trouver.

Avec un sourire je lui ai dit que nous allions l'hospitaliser, et j'ai conseillé à sa soeur de partir. Alors que je la racompagnais à l'accueil, celle ci m'a dit qu'elle se doutait bien que ce n'était "pas très bon" mais qu'elle espérait qu'on puisse aider Soeur T. à moins souffrir de la tête.

 

Dans la soirée, mes compléments d'examens ont confirmé le diagnostic de tumeur. J'étais plutôt triste d'avoir eu raison contre l'interprétation du radiologue. Soeur T. n'a posé aucune question, alors je n'ai rien dit. Elle était simplement soulagée de savoir qu'elle aurait une chambre cette nuit.

 

En regardant les étoiles pâlir, au petit matin, un café à la main, je repensais à elle. Je me demandais ce qu'elle pouvait ressentir, elle, née entre deux guerres, dans une france bien différente de la notre. Elle qui avait du prononcer ces voeux à une époque où la place des religieuses dans la société était peut être plus évidente. Je me suis demandé ce que cela faisait de vieillir dans un environement figé, alors que dehors tout galopait. De ne sortir que rarement et, soudainement, se retrouver dans l'agitation des urgences d'un hôpital. J'ai espéré ne pas lui avoir fait de peine en l'appellant Madame. J'ai espéré qu'elle était en train de dormir, et que les antalgiques était efficaces.

 

Je me suis demandé si à l'heure du crépuscule, ses choix de vie l'aideraient. Si des peurs et regrets reviendraient la hanter, ou si sa foi l'aiderait à être sereine.

J'ai espéré que ce serait le cas. Que ça irait vite. Et l'indécence qu'il y avait à espérer une mort paisible pour une patiente ne se sachant pas encore malade m'a heurté.

 

Le café et le fond de l'air étaient froids, alors je suis rentrée.

Par Ephélide
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Dimanche 19 février 7 19 /02 /Fév 14:53

J’ai perdu mon premier patient un matin d’hiver.

C’était une matinée de week end, où on fait la visite en espérant partir au plus vite. D’ailleurs j’étais venue tôt, ma visite était finie, je n’attendais plus que les résultats des bilan bios avant de partir. Ma chef donnait un avis aux urgences, je buvais un café avec l’équipe, à discuter de ces choses banales qui bercent le quotidien des équipes. Une chambre a sonné. « M. Pierre vomit encore ».

Pourtant, M. Pierre va bien. Il est aphasique et n’attend plus qu’une place en rééduc, mais il va bien. Je l'ai vu tout à l'heure à la visite, ça allait ; je retourne le voir. Ce matin, M. Pierre en bon aphasique qu’il est ; est incapable de m’indiquer ce qui ne va pas, s’il a mal et où. Alors je palpe, j’ausculte, je contrôle l’ECG. Je sors de la chambre, et écris un mot rassurant dans le dossier « examen clinique rassurant, abdomen souple, auscultation cardiopulm et ECG RAS. Bilan de principe car vomissements itératifs inexpliqués ». Je demande à l’infirmière de prélever M. Pierre.
Soudain, on vient me chercher : Dis, Maud a besoin de toi TOUT DE SUITE. Ça sent mauvais ça. Dans la chambre, Maud est figée, son plateau de prélèvement à la main, et M. Pierre est livide. J’échange un regard avec Maud, la jeune infirmière qui a pris son premier poste en même temps que j’entamais mon premier semestre de ma vie d’interne. Ensemble,  on a fait notre première transfusion  et géré notre première complication transfusionnelle ; ensemble on affronte les doutes de toutes jeunes professionnelles, chacune dans son métier.


Mais là, de doute, il n’y en a plus. M. Pierre est en arrêt cardio respiratoire. Je cherche rapidement un pouls, évidemment absent. Je jette « cherchez le chariot d’urgence appellez les réa ». Maud réagit soudain, abaisse la tête de lit, débranche le matelas anti escarre pendant que je commence à masser. Il se passe une chose étrange pendant les premiers instants de massage cardiaque ; oxygéné, le visage se recolore, et on a l’impression que ça y est, c’est bon, la vie est revenue ; mais non. Non.
On s’est relayées pour masser comme on pouvait en attendant les réa. C’était la toute première fois de ma vie que je le faisais en vrai. Je me souviens du matelas anti escarre qui se dégonflait à chaque impulsion, d’avoir massé jusqu’à épuisement, « Un putain bordel Deux putain merde Trois », de mon sentiment d’incongruité. Je me souviens ne m’être rendu compte qu’avec retard que le voisin de chambre, un petit papito dément était là et nous regardait avec effarement. Tout cela n’avait rien de glorieux. Pas de révélation transcendante sur la meilleure façon de réanimer. Uniquement l’énergie du « oh putain, c’est pas vrai c’est pas vrai ». Le défibrillateur refusait de choquer. Rythme plat.


Les réas sont arrivés, et quelques ampoules d’adré plus tard, le décès était prononcé.

 

On s’est regardé avec la sénior. On a appelé la famille, pour leur dire de revenir, vite. La sénior m’a dit « rentre chez toi, tu as finis ta visite et il n’y a plus rien à faire, je verrai les bio ».
Je me souviens que dans le RER, j’ai pleuré. Ca a explosé d’un coup, quelque part après denfert, alors que je repensais au dernier mot que j’avais écrit dans le dossier « Examen clinique rassurant ». Tu parles. Putain de sens clinique.
La culpabilité et la peur m’ont prise à la gorge, et les larmes ont jailli. Pas la petite larmichette des séries TV où le héros pleure un peu parce que c’est dur mais pas trop parce qu’il est fort. Non. Des gros sanglots de mioche inconsolable qui pleure jusqu’à l’endormissement. J’avais l’air d’une échappée de l’asile, pleine d’eau et de morve.

 

Aujourd’hui encore, en y repensant la culpabilité me ronge. Qu’ai-je loupé ? Il n’y a pas eu d’autopsie, pas de RMM, rien. J’aurai préféré.

 

 A mon entrée chez mes parents, tout le monde s’est tourné vers moi. « Aaaah, enfin, on t’attendait pour les cadeaux ».

Noël, j’avais oublié.

 

Comme dit Mike ; On est bien seuls.

Par Ephélide - Publié dans : Avec la blouse, avec le badge
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Lundi 25 juillet 1 25 /07 /Juil 22:24

M. Q est né il y a une soixantaine d'année, en Afrique. Il a travaillé en France, a envoyé de l'argent au pays, pour aider sa grande famille. Et puis, insidieusement, M. Q s'est mis à moins bien marcher. A moins bien parler. Lentement, surement, ses centres de l'équilibre ont baissé les bras. A cause de l'une de ces si nombreuses maladies que l'on sait pas trop mal diagnostiquer, mais vraiment mal soigner, dans ma spécialité.

D'après les cousins qui lui rendent visite, M. Q travaillait encore, malgré tout, avant qu'une attaque cérébrale ne lui paralyse en partie le côté gauche du corps.

 

Quand j'ai rencontré M. Q, il était admis depuis quelques jours dans mon service. Pour une nouvelle attaque qui lui ôtait, cette fois, le contrôle de la partie droite de son corps, et surtout, la parole.

M. Q était donc incapable de bouger dans son lit. Les bras ramenés vers lui par la spasticité lui donnaient un air implorant. Pas un son ne sortait de sa bouche. Seul son regard errait d'un objet à l'autre, avec de déconcertants sursauts dûs à ses troubles neurologiques. M. Q ne répondait pas aux ordres simples. M. Q ne progressait pas.

 

M. Q, lorsque vous êtes interne, c'est le type même du patient "aisé à négliger". Parce qu'il ne se passe rien. Que le bilan a été bouclé en moins d'une semaine et que désormais son "cas" relève plutôt de la rééducation, qui n'est pas votre spécialité, que vous connaissez mal et qui vous met donc mal à l'aise. Car n'importe quel autre patient aurait été transféré relativement rapidement vers une rééducation.

Mais voilà, M, Q n'est pas "sexy". Sa CMU ne fait pas rêver les foules. Il a beau avoir un réseau familial et amical solide qui aimerait le prendre en charge chez lui, ce n'est pas possible, car son "chez lui" n'est pas aménageable à son handicap. Rentrer au pays n'en parlons pas. Alors les centres de rééducation rechignent à l'admettre.

 

Alors M. Q reste là. Dans "vos" lits. M. Q vous fixe sans rien dire quand vous passez le matin. Vous ne savez pas trop quoi faire, ni dire. M. Q n'a pas besoin de vos talents d'interne. M. Q a besoin de rééducation. M. Q a besoin de temps. A côté, vous avez 10 patients qui ont besoin, en quantité et ordres variables : d'avis cardio, de TDM de contrôle, d'aller en chirurgie, d'IRM, d'ARM, d'échographie, d'équilibrer leur traitemnt. De tout ces trucs que vous organisez ou faites, vite et bien, habituellement. En dehors de l'hôpital, vous avez des topos, posters, articles à préparer. Des cours à relire. Une vie personnelle a faire avancer. Alors M. Q...

 

Alors M. Q, la visite professorale l'ignore. La vôtre est à peine mieux. Vous gérez les problèmes aigus. L'infection pulmonaire. La suspicion de phlébite. Mais voilà, c'est tout.
Vous êtes jeune, interne, un peu submergée, un peu bête, très impuissante et mal à l'aise. La vie de M. Q n'est pas une vie. Vous vous demandez parfois ce qu'il lui passe par la tête en vous voyant vous tortiller à son chevet tous les matins quand vous vous forcez à aller le voir.

 

Heureusement il y a Jeanne*. Jeanne, c'est l'ortho(phoniste pas pédiste) dont tout service de neuro rêve. Jeanne, elle n'a pas un parcours habituel, et du coup, ses idées sortent souvent de l'ordinaire. On a vu Jeanne se démener. On a un peu chambré Jeanne qui passait beaucoup de temps avec lui. Parfois elle fatiguait et espaçait ses séances. Puis une nouvelle idée la saisissant, elle réattaquait la muraille de silence, avec ses armes à elle.

Heureusement il y avait Alicia* la kiné. Qui a étiré, délié les muscles avec une infinie patiente.

 

Je ne sais plus à quel moment notre regard a changé sur M. Q. Probablement quand une autre interne m'a rejointe en salle, et a eu le sentiment qu'il était... différent. Un de ses bras avait récupéré un peu de force et pouvait pointer. Son corps n'avait plus cette attitude d'animal blessé des premiers jours.

 

M. Q ne parlait toujours pas, mais quelque chose passait entre lui et nous. Parfois M. Q sourait, de façon adaptée. Parfois non. Mais de plus en plus souvent de façon adaptée. Parfois, on arrivait à avoir un "oui" "non" informatif à des questions très simples.

 

Petit à petit aller voir M. Q est devenu un plaisir. On cherchait l'idiotie qu'on allait proférer pour tenter d'obtenir un sourire. Ou parfois, juste un bonjour, mais qui n'avait plus rien de forcé.

 

Un midi, en avril, lorsque le temps était à l'été prématuré, ma co interne et moi avons réalisé que M. Q n'avait pas respiré l'air libre depuis plus de trois mois. En remontant dans le service, inhabituellement calme ce jour là, nous avons littéralement kidnappé M. Q sur son fauteuil et l'avons trainé jusque dans le parc de l'hôpital.

Nous nous sommes assises sur un banc goûtant à ce repos inattendu et transgressif comme à ces après midi de glande surprise au collège lorsqu'un prof était absent.

Les yeux de M. Q balayaient tout l'espace. Revenait sur nous occasionnellement lorsque nous blattions sur les passant(e)s.
Croyez le ou non, M Q a gardé son sourire jusqu'au soir bien après que nous sommes remontés dans le service.

 

Ensuite, et jusqu'à la fin du stage, une sortie par semaine minimum est devenu notre rituel à Co-interne, M Q. et moi.

 

C'est en buvant mon café au soleil, regardant M. Q scruter chaque détail du parc que j'ai cessé d'avoir pité de lui.

 

Jeanne, Alicia et M. Q m'ont fait un cadeau inestimable ce semestre là, qui a valu mille fois toutes les choses théoriques importantes que j'ai apprises pendant ce stage : la vie, même brisée, peut reprendre forme d'une façon inattendue. Et nul ne mérite d'être abandonné.**

 

*Comme dans tout bon article avec des petits morceaux de vérité dedans les prénom a été modifié.

**Attention à bien me comprendre : l'acharnement médical, c'est mal. Le handicap, c'est compliqué, peut être difficile et mal vécu. Ce n'est pas toujours de la faute de quelqu'un s'il est mal vécu, et dans ces cas là, le devoir de l'équipe est d'aider à atténuer la souffrance, et ça fait partie du fait de ne pas abandonner les gens. Dans le cas de M. Q, si sa vie et ce qu'il est n'ont plus rien à voir avec ce qu'il était avant, je suis au moins sure d'une chose : il ne souffrait pas physiquement, ni à priori moralement. Nous ne nous sommes pas acharnés, mais il était là, en vie, avec nous. Et j'ai découvert que les moments de plaisir, et de plaisir partagé, peuvent malgré tout exister.

Par Ephélide
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Dimanche 31 octobre 7 31 /10 /Oct 19:14

Parfois, un chef de mauvais poil vous rappelle d'un ton acerbe qu'après tout le repos de sécurité "ça a pas été créé pour que les internes puissent glander mais pour qu'ils ne puissent pas tuer leurs patients par erreur" (le sous entendu étant "donc tu peux rester dicter/taper des comptes rendus surtout fait toi plaisir"). Certes. Quelques accidents de la route d'internes ayant passé plus de 36h d'affilée de service avaient un peu contribué à l'époque mais ça, hein, tout le monde l'oublie assez vite.

Et certains services ont assez vite tendance à oublier la sécurité dès que ça arrange les uns et les autres que "tu fasses quand même un bout de visite, après tout, à mon époque on le faisait bien*".

 

Alors que les choses soient claires, c'est vraiment une mauvaise idée.

En tout cas pour moi. Après un mois de travail non stop (comprenez par là que la dernière fois que j'ai passé 24h sans mettre le pied à l'hôpital était le 3octob), dont plusieurs visites de lendemain de garde, pour cause de sous effectif cruel dans le service, je commence à expérimenter douloureusement la démission de mes neurones en fin de matinée.

Le pire étant, qu'en général, les patients éprouvent justement le besoin de longues explications sur leur état pile ce jour là. Ils doivent avoir un détecteur du mauvais moment, ou quelque chose comme ça. Résultat, je bafouille, cherche mes mots, tente d'être rassurante, avec parfois de longues poses pendant lesquelles je laisse le patient s'épancher (et que je tente intérieurement de me rappeller mmmm c'est QUOI déjà son problème à lui ? (j'exagère à peine)). Le patient sort de cette épreuve encore plus inquiet et tout est à reprendre le lendemain.

 

Si hospitalisé(e), vous voyez débarquer un matin votre interne puant le chacal (ou, autre possibilité si il lui reste un léger sens de l'hygiène, sentant frais le gel douche), mal peigné et de mauvaise humeur, il y a de fortes chances qu'il/elle sorte de garde et soit tombé dans le piège du "bon ok, je fais le tour et je me casse". Surtout, surtout, ne vous plaignez de rien, de demandez rien, ne faites RIEN qui justifie qu'il/elle ait envie de modifier votre ordonnance dont, à priori, aucun des médicaments ne vous a encore tué. Tout le reste peut attendre 24h de plus. L'autre possibilité est qu'il/elle se soit fait larguer la veille et ait pris la biture du siècle dans la foulée (son haleine peut vous mettre sur la voie), mais le résultat est le même, ne bougez pas une oreille.

 

Si non hospitalisé(e), vous croisez le même individu dans le métro qui somnole sur un fauteuil, la tête dodelinant au rythme des cahots, c'est peu être un(e) interne qui rentre de garde. Ne l'approchez pas ce n'est pas absolu qu'il/elle ait chopé la gale la veille**. Et faites taire votre gamin qui le pointe du doigt en disant "pourquoi elle dort là la dame ? Elle a pas de maison ?" (authentique), ça pourrait la réveiller.


*ce à quoi il est fortement déconseillé de demander "mais les dinosaures en vrai ils étaient vraiment si grands ?"

** J'essaie de me persuader que ce n'est qu'un "prurit psychogène" depuis que j'ai vu ce type couvert de pous/et probablement scabieux il y a 36h mais quand même...

Par Ephélide
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Mardi 31 août 2 31 /08 /Août 22:17

Me voilà après presque un an de stage, naviguant entre hauts et bas, exaltation intense et moments d'épuisement physique et moral.

Exaltation car avoir le sentiment de vraiment changer les choses, par un diagnostic  fait à temps qui changera le pronostic vital d'un patient, parce que parfois, sans avoir l'impression d'avoir rien fait de particulier, les patients vous remercient, même si vous ne savez pas de quoi. Parce que parfois, les gens vont bien. Parce que parfois, vous riez aux larmes avec vos co-internes, que vos chefs sont extra ordinaires, ou que vous avez l'impression d'avoir fait les choses "bien".


Epuisement parce que parfois, on rate quelque chose, plus ou moins grave. On s'en veut, longtemps. Parfois la fatigue et le nombre de patients à charge fait que l'on ne passe pas assez de temps dans une chambre où l'on sent bien que notre présence, quelques paroles, quelques moment de plus, sont nécessaires. Parce qu'il n'est pas satisfaisant de parler compter son temps avec quelqu'un qui meurt, lentement, de son cancer, ou avec mes patients dont les troubles cognitifs nécessitent des explications adaptées, plus longues ou répétées. Epuisement parce que parfois... on prescrit et ce n'est pas fait. Parce que l'ordinateur plante, que le compte rendu patiemment tapé disparait. Parce que la fièvre de ce patient, décidemment, ne tombe pas, et que chaque heure, chaque jour, cela devient plus inquiétant. Parce que des patients de votre âge où à peine, meurent. Parce qu'un jour au matin, votre patient est mort, et même si vous avez "tout bien fait", comme tout le monde vous l'assure, vous pleurez.

 

Dans ces moments la difficulté de vivre ce métier vous vient en pleine face. Ce n'est pas forcément évident, seul face à vous même, vos patients et vos angoisses. L'échange avec les chefs, même présents et sympathiques, n'est pas forcément évident.

Comment dire "Mme R me brise le coeur ?". Comment en parler, en parler vraiment, entre deux discussions de prise en charge thérapeutique ? Dire que l'empathie, ou plutôt la sympathie* vous bouffe ?

Mme R me brisait le coeur car je suivais son conjoint depuis plusieurs mois, à chacune des ses hospitalisations, chose peu banale pour une Interne d'un service "d'aigu". Et M R, que j'avais vu quasiment "normal" les premiers jours se dégradait à chaque nouvelle évaluation. Aucun des examens qu'il subissait, de plus en plus invasifs, ne posait un vrai diagnostic. Et que je mesurais à travers lui, pour la première fois en tant que médecin, la cruauté du sentiment d'impuissance. M R a, peu à peu, perdu énormément de facultés. Assez ironiquement, chaque nouveau traitement initié était aussitôt sanctionné par une aggravation clinique. Et même si l'efficacité attendue n'était pas immédiate, il est difficile de ne pas ressentir de malaise, quand votre patient soupire "mais vous m'assassinez avec vos médicaments...".

Et peu à peu, sa mémoire, la mémoire récente, puis ancienne, flanchait. Mme. R, une grande femme élégante, sa compagne depuis une quinzaine d'année (un remariage tardif pour tous deux), s'expliquant avec intensité et précision, me racontait à chaque fois, l'autre côté du miroir. 
Mme R m'expliquait la perte d'autonomie, un être si proche qui devient peu à peu différent, les projets d'avenir remis en cause, les moments de quiétude et de bonheur relatif arrachés à la maladie. Et le plus cruel, les souvenirs des années ensemble qui disparaissaient peu à peu, jusqu'à ce qu'il ne parle plus que des moments, d'un temps ancien où elle n'était pas là. Mme R me faisait une peine infinie en me disant, sa main si fine plaquée contre la gorge, et le regard fixant un point par dessus mon épaule. "c'est cela, le plus dur, le plus douloureux, moi je me souviens de tout, mais pour lui peu à peu je disparais, je m'efface".

 

Je garde le souvenir d'une femme digne, de plus en plus maigre à chaque entrevue, de plus en plus triste. Ses remerciements, alors que je leur disais au revoir, mon dernier jour de stage, m'ont laissé un goût amer.
 

Je n'ai jamais vraiment su lui répondre.

 

 

 

Par Ephélide
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Lundi 21 septembre 1 21 /09 /Sep 21:28
Je rêve de nouveau.
Je ne sais pas si c'est un bien, mais c'est certainement la preuve que mon cerveau a pu reprendre une activité psychique normale. Les mois précédant le concours, je ne rêvais plus. Du tout. Il m'arrivait de me réveiller en sachant que j'avais pensé à un cas clinique où une question de cours toute la nuit, mais cela n'avait rien à voir avec un rêve (ou un cauchemard), cela s'apparentait probablement plus à un demi sommeill anxieux. Désormais je rêve de nouveau. Des rêves complexes, psychédéliques, presque épuisants, mon inconscient cherchant visiblement à me balancer une année entière de messages codés dans la gueule, de façon la plus condensée possible. Bon, le "normale" était peu être de trop. J'ai retrouvé une activité psychique. Point.
Dans le genre "retour à l'état normal" l'amphi de garnison (si quelqu'un sait d'où nous avons hérité ce titre militaire, je suis toute ouïe) a un côté sympathique. Jeudi dernier, tirée de mon lit pour périgriner à travers paris vers la lointaine banlieue, zone 5, où l'administration n'a rien trouvé de mieux qu'organiser la procédure de choix des filières post ECN, (alors que n'importe quel amphi de n'importe quelle fac, aurait probablement fait l'affaire et épargné bien des déplacements), je retrouve finalement la cohue des étudiants se pressant quelque peu fébrilement, afin d'aller choisir leur orientation future. Parmi eux, un bon nombre de visages familiers (camarades de confs etc), ce qui m'a permis de voir
ce que nous sommes, dans l'ensemble, (re)devenus, à distance du concours. En général, les kilos en trop ont été perdus, ceux en moins repris, l'oeil est plus vif et le cheveux moins gras. Bref, nous sommes revenus à notre état de base. Non pas que nous soyons particulièrement beaux, mais quand même nous sommes nettement moins pitoyables.

Par contre, pour ceux qui attendent l'amphi de
garnison en se disant que cela marquera un point final à leur deuxième cycle, genre "voilà une bonne chose de faite", se trompent en beauté. Ce point final nous a été douloureusement administré en 4 demi journées en juin, et avec une petite piqûre de rappel avec les résultats, en juillet. Non, non, cet amphi de choix, n'est que l'entrée vers une nouvelle Ere, un nouveau cycle, l'instant T ou nous nous faisons de nouveau happer par le poulpe à trois têtes et dix fois plus de tentacules qu'est l'administration hospitalouniversitaire (à prononcer d'un air digne et pincé).
J'ai découvert perplexe le prix d'une inscription à la fac en 3ème cycle (à peu près le 1/3 de mon futur salaire qui ne tombera qu'en novembre), qui prend tout son piquant sachant que, n'étant qu'en première année je n'aurais aucun cours à la fac... Mais ce n'était rien à côté de l'abîme de perplexité dans lequel m'a plongé la lettre me demandant de renvoyer un certificat médical attestant de mes capacités physiques et mentales à être médecin (il serait temps de se poser la question, effectivement), à renvoyer "dès la procédure de choix effectuée, au plus tard le 7 septembre", -sachant que la procédure des choix commençait le 17. Bref, bête erreur de mois "non on s'est trompés c'est avant le 7 octobre". Oui, après tout ce n'est pas comme si c'était important et que la lettre devait être envoyée à des centaines/miliers d'étudiants.

Tout cela pour vous avertir : tous aux abris, je sévirai d'ici peu dans les hôpitaux parisiens. Enfin, si l'administration ne m'étouffe pas d'ici là.
Par Ephélide
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Jeudi 23 juillet 4 23 /07 /Juil 18:19
A ma grande surprise, lors des jours qui ont précédé l'internat, ce n'est pas tant l'angoisse qui dominait en moi, même si elle était là, larvée quelque part, mais un grand sentiment de dégoût et de lassitude.
Le dernier mois de révision, où libérés de nos obligations de stage, nous n'avions pour seule perspective au cours de mornes journées que Réviser, réviser, et encore réviser, de plus en plus erratiquement, de façon de plus en plus compulsive, avait été pour moi particulièrement pénible, et, à mon avis, la quintessence de la "Fausse Bonne Idée".

Ainsi, à la veille de concourir ne restait plus en moi que le sentiment désagréable de ne plus vraiment me reconnaitre.
Un prof nous avait dit, quelques mois plus tôt au cours d'un énième cours de préparation  "C'est vrai que l'on n'en sort pas indemne de ce concours". L'emphase de la formule m'avait faite rire sur le moment, mais il me faut bien admettre qu'il n'avait pas totalement tort. En ces premiers jours de juin je ne me reconnaissais plus et je n'étais pas fière des changements.


Les deux années précédantes, telle la bonne élève que j'ai toujours été, je m'étais suis pliée aux règles du jeu, j'avais fait des pied et des mains, assité à des conférences de préparation, appris des listes par cœur, rédigé des centaines de fiches, consommé un quart de la forêt amazonienne en brouillons de cas cliniques, dans l'unique but de parvenir à « penser concours ».

Penser concours comme me l’enjoignaient conférenciers, professeurs, internes. Penser concours. Mettant peu à peu de côté ma curiosité intellectuelle, me fichant désormais du pourquoi du comment, me contentant d’apprendre les choses réputées utiles.
J'ai élagué mon désir de connaissances, posé des questions de plus en plus ciblées en stage, laissant glisser les détails qui, en deuxième année, exitaient mon intérêt (on s'amuse comme on peut), en décrétant « on s’en fout, ce n’est pas de notre niveau ». J'ai appris des réponses stéréotypées, classées, hiérarchisées. Avec au fond de moi, un grand doute quant à l'utilité réelle de cette façon d'apprendre.

Bref, j'ai tout fait pour devenir une bête à concours, sans réellement parvenir à me fondre dans le moule. Et à la veille de ce foutu internat, je haissais tout bonnement ce que j'étais devenue, car j'aimais à penser que cela n’était pas moi. Mais alors que je critiquais le système m'ayant amenée là, cet élitisme ambiant, je me méprisais plus encore, sachant pertinemment que dans le fond, je m'étais tiré cette balle dans le pied toute seule, comme une grande, que mon asservissement à ce concours était volontaire.

J'ai juste cédé à la pression et joué au mouton, ce dont je ne suis pas franchement fière.


Lecteur je te rassure (si tant est que tu te soucies de mon bien être), ce sentiment assez déplaisant a fini par s'estomper à mesure que je reprennais une activité humaine normale (lire la pile de romans "en attente", aller au cinéma, faire du roller ou aller nager, boire un pot avec d'autres êtres humains non médecins sans être hantée par la culpabilité de celle qui devrait-travailler-mais-glande-à-la-place (j'ai un surmoi hypertrophié, ce qui est assez pénible en période de concours), ne rien faire).

Je sais cependant, même à présent que ce sentiment me semble bien loin, et probablement aussi le produit d'une très grande fatigue, que je n'avais pas totalement tort.

J'étais vraiment devenue l'un des produits d'un système un peu pervers, où l'on vous intime d'apprendre à penser par "Mots Clefs" (car ce sont ceux qui rapportent des points), d'acquérir des "réflexes de rédaction" (car ils permettent de ratisser large tous les points imaginables), de hiérarchiser nos réponses (pour ne rien oublier et ne pas perdre de points) ; diminuant au passage le réel intérêt pédagogique du programme officiel de l'internat (pas si mal conçu).

C'est assez difficile à expliquer à quelqu'un n'étant pas dans le milieu, mais, alors que cela pourrait sembler être une façon comme une autre de hiérarchiser des connaissances utiles dans notre exercice, bien souvent, cela crétinise les étudiants qui y sont exposés. J'en ai vu plus d'un, dans leur grille de traitement d'une bouffée délirante aiguë, caser "scope et oxygénothérapie si besoin", ou "prise en charge à 100%" à toutes les questions de thérapeutique.


Le plus drôle étant que le jour J, la plupart des sujets n'avaient, dans leur mode de rédaction ou leur thème, que peu de  chose en commun avec ce à quoi  on voulait tant nous préparer.

Et les sujets où une grande partie de mon classement (qui me satisfait pleinement) s'est probablement jouée sont les dossiers et questions les moins typiques et où aucun réflexe pavlovien n'a pu venir à mon secours..

A postériori (et une fois les résultats tombés), c'est plutôt rigolo.

Et rassurant.

 

Prochain article moins soporifique je l'espère. Celui ci ne présentant que l'intérêt de vider un sac devenu bien lourd avec le temps.

Par Ephélide
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Mercredi 10 octobre 3 10 /10 /Oct 17:42

Chers tous,

ce n'est qu'un au revoir (tadam)
Oui je suis comme ça, j'aime être mélodramatique.

Je pensais arrêter ce blog plus tard, un jour, à la fin de mon externat, peut être ou avant quand je m'en serai lassée, ou après, qui sait ? mais voilà que les choses se précipitent, ça sent un peu le roussi, alors j'arrête, ou au moins, j'ouvre une longue parenthèse.

Ecrire ici était bien. C'était l'exutoire de la fatigue, de la connerie.
C'était l'endroit où j'avais l'opportunité de me moquer des choses risibles -c'est à dire à peu près tout, moi incluse (c'est ma maxime, le ridicule fait l'humain, parce qu'il est cette part attendrissante de nous qui nous échappe) ; de râler sur mes emmerdes, de dire ce que je n'aurai pas sû dire autrement. 
Il est plus facile à l'écrit d'exprimer ce qu'on ressent en voyant quelqu'un mourrir, le vertige devant ce néant. L'horreur devant la vie en lambeaux d'un patients.
Ou ce qu'on ne ressent pas, parfois. L'empathie ou son absence. L'agacement.
Ecrire ici m'était (presque) nécessaire, pour cela. Cracher la colère envers un supérieur, digérer l'humiliation, ou partager un rire, un peu dans le vide, un peu pour vous, énormément pour moi, ça faisait partie d'un équilibre.

J'arrête simplement parce qu'à force de ricaner, je me suis pratiquement auto grillée (Panda m'aura perdu, je le savais !), et que, si le contenu de ce blog ne me fait en aucun cas rougir, que j'assume chaque mot, même le plus débile, pour ce qu'il était -un endroit privé- je n'ai pas envie qu'il devienne affaire publique avec des gens que je cotoie.

Oui c'est le paradoxe du bloggeur, qui balance aux autres ses petites observations, et attend un retour, qui étale sans vergogne sa vie tout en voulant la prétendre inviolée. Oui c'est hypocrite, et alors ? Mais ici j'étais libre, ce qui ne serait pas le cas, si jamais des connaissances devaient me lire. Si je devais penser aux tenants et aboutissants des mots.
Je veux être libre de dire que mon chef, mon co externe, mon interne m'emmerdent, je veux être libre de dire que je les apprécie, que les colères de mon coexterne soupe au lait de cet été me faisaient rire, que je trouve une foule de choses amusantes. Je veux être libre de tricher, de monter en épingle ce qui pour un autre a pu paraître anodin, parce que je l'ai ressenti comme ça, et que tel est mon droit.
Tel est mon droit parce que j'ai toujours cherché à préserver l'anonymat des autres protagonistes -et le mien-, ce qui est la seule solution décente pour me permettre de pouvoir affirmer que mon chef est un salaud, sans qu'on puisse venir me demander des comptes par la suite. 
Si par contre on peut deviner qui il est, qui je suis, si l'on peut deviner qui est mon co externe, ou mon interne, tout ce complique, car ils deviennent des personnes réelles, à propos de qui je dis des choses subjectives, dans un espace public.

Je veux être libre de me moquer des ridicules, et d'être fascinée par les Grandes Choses, sans avoir à m'en justifier, dans quelque sens que ce soit, ou sans avoir la tentation de m'auto censurer.

Merci à tous d'avoir pris un peu de votre temps pour me lire, de temps à autre. Merci d'avoir pris la peine de me laisser des petits mots de sympathie. J'ai été étonnée par votre nombre, d'ailleurs. Je ne pensais pas que les pérégrinations d'une externe intrigueraient à ce point.

C'est ici que s'achève mon bout de chemin dans la blogosphère.
Croyez moi, je finirai mon externat, et je le finirai avec le sourire. Même si je suis actuellement en plein syndrôme "milieu de tunnel, le 13e pilier n'est pas loin, à la différence de la lumière qui est invisible". 
Plus le temps passe, moins je crains les mandarins, et plus le risible de chaque chose m'apparaît. 
J'ai reçu récemment mes résultats d'un master que je préparais en parallèle à la fac, j'ai donc validé ma première année de master de bio, dans un domaine qui n'intéresse que moi. J'entends encore les profs qui, en deuxième année nous incitaient à faire ces doubles cursus, arguant de ce qui nous attendait en l'absence d'un double cursus : la mort ou l'impossibilité de faire une carrière hospitalo universitaire, la permière option leur parraissant de toute évidence préférable à la seconde. Il s'averra par la suite que le prof tenant ce discours cherchait surtout à avoir beaucoup d'inscrits dans sa filière. Maintenant que j'ai un premier bout de ce diplôme, cela me parait un peu vain. Comment ne pas trouver ridicule un milieu où l'on vous dit déjà de préparer une carrière alors que vous ne savez pas encore ce qu'est une rate (en dehors de celle de votre copine gothique) ? 
Bref, je suis devendue assez "indifférente voire hilare" devant les gros cons. Je crois que ça veut dire surtout dire qu'à 21 ans, mes neurones déclinent déjà. Voire que je deviens un peu frontale. Mais au moins, je m'épargne des ulcères.

Le découragement ne m'épargne pas, et je sais qu'il y aura des larmes à venir pour le concours futur -je me souviens de ma P1, je me connais.
Mais alors même que je m'atermoie, je me trouve ridicule, un peu..

Si un jour, un un hopital parisien ou de banlieue sud (ou d'ailleurs, si mon internat m'exile) vous croisez une jeune blouse blanche, ce sera peut être moi. Si elle fait tomber son marteau réflexe et se cogne dans votre table de chevet en se penchant pour le ramasser (ou dans l'encadrement de la porte en sortant), c'est moi. Ou ma soeur spirituelle. Laissez lui une chance, elle est un peu moins nulle qu'elle n'en n'a l'air.

Un jour peut être, je serai XXX (complétez par mon envie du moment) -dans l'idéal-  ou Médecin Généraliste (sans regrets). Un jour, peut être je partirait avec msf, si j'en trouve le courage (car rien n'est plus facile que de promettre pour jouer à la chic type, quand rien ne nous y engage). Au moins une fois, pour ne pas mentir à ce qui m'a fait m'embarquer là dedans.

Je garde sous le coude mes articles, je griffonerai encore, pour moi, pour ne jamais m'entendre dire "gueule sur l'externe, c'est fait pour ça".

Mais je ne vous le souhaite pas de me croiser. Moins on voit de blouse blanche, mieux on se porte.

D'ici là, merci encore, et bon vent à tous.
Poil au pouce.

Par Ephélide
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Mercredi 3 octobre 3 03 /10 /Oct 14:19
Pour ceux qui s'inquiètent de mon sort : Non, je ne suis pas morte.
Par contre, mon état est assez bien reflété par deux faits objectifs :
- dans la nuit de samedi à dimanche, j'ai dormi 13h. Ce qui était plus que mes temps de sommeil cumulés dans l'intervalle mercredi matin - samedi soir.
- après avoir payé mon inscription à ma fac et mon inscription à mes conférences, mon compte en banque affiche fierement -50€. Oui, oui, nous sommes bien le 3 octobre. Alors entendre à la radio (il y a une semaine) quelqu'un affirmer que nous sommes des privilégiés dont les études sont payées me laisse perplexe.

Ce matin, un jeune homme arrivait à ma hauteur après une course manifestement haletante, liquette jaune de l'APHP ouverte à tout vent, pantalon de jogging, pieds nus ; lorsqu'il s'est fait prendre de vitesse par l'agent de sécurité qui le suivait de près et l'a plaqué au sol, clé de bras en bonus. L'infirmier qui suivait non loin, lui a alors, tout pantelant qu'il était encore, administré son IM (intra musculaire, probablement d'un bon gros neuroleptique sédatif). Vous l'aurez deviné, tout cela était non loin du pavillon "psychiatrie".
J'ai regardé cette scène -qui n'a pris que quelques secondes- d'un oeil rond, me faisant la réflexion que, somme toute, moi, ça va plutôt bien, merci. -oui le côté "je vais bien, parce que en fait il y a tellement pire est un peu nauséabond, mais... et alors ??".
Par Ephélide
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Samedi 15 septembre 6 15 /09 /Sep 00:00
L'externe se rassure donc un peu, grâce au stagiaire, il a réalisé que ses quatre ans d'études dans les pattes, dont un an d'externat, cela se voit, diantre !

Vous les verrez peut être aux urgences, ces externes finissant leur quatrième année, leurs points de suture sont plus assurés qu'il y a un an, leur attitude aussi, l'ajout d'expérience aidant, et l'excès de frime aggravant.
Par égard envers eux, on n'insistera pas sur le fait qu'ils se sont aussi spécialisés en gestion de fax, réccupération de dossiers médicaux, remplissage de bons d'examens complémentaires et coups de fils en tout genre.

Ils se sont découvert des vocations ici ou là, parfois aussi labiles que leurs stages. Ils ont appris, s'ils ne le savaient déjà, que les chefs pouvaient être injustes, et du même coup, ils ont appris à s'en moquer éperdument, à défaut d'ouvertement.
Ils savent aussi désormais dire non au sénior qui ne veut pas se relever pendant une garde et leur demande par téléphone de faire un geste certes sans risque majeur, mais dont l'externe ne se sent pas sûr. Ils assenent au sénior à l'autre bout du fil "navré, mais je ne le ferai pas", en se disant qu'un jour, ça fera d'eux des gens responsables, et qu'en attendant, il faut se contenter d'assumer d'être des boulets, pour encore un moment.

Ils ont appris des grandes lignes de prise en charge et certaines spécialités en détail. Le reste viendra. Ils se souviennent de détails inutiles et ont oublié des données d'importance capitale, les internes, les séniors sont là pour leur rappeller, plus ou moins délicatement.

Ils ont aussi appris des principes de bases.
ToutSouffleFébrileEstUneEndocarditeJusqu'àPreuveDuContraire, ou TouteFemmeEstEnceinteJusqu'àPreuveDuContraire (précepte parfois ponctué d'un LaSalope!).
La réalisation de dossiers cliniques théoriques ad nauseam a induit chez eux quelques réflexes pavloviens "c'est une femme jeune, elle a une maladie autoimmune", "c'est un mec en situation précaire, originaire d'europe de l'est (ou d'afrique), il a la tuberculose", "le patient a la tuberculose, comment est son système immunitaire?".
Tout ceci peut donner lieu à de regrettables mélanges, car, du coup, lorsqu'à deux heures du matin Mlle X, issue de la troisième génération de l'émigration russe, se présente aux urgences pour douleurs abdo-pelviennes, l'externe est persuadé qu'il sagit d'une patiente aux antécédents de lupus, ayant une tuberculose péritonnéale, et donc sans doute le HIV, enceinte de surcroît.
Et avant d'aller l'examiner, en feuillettant le dossier, il cherche vaguement dans son esprit déjà embrumé comment faire cohabiter antirétroviraux, antituberculeux, antilupiques et grossesse... Tiens, mais grossesse, ça lui rappelle quelque chose.. Oh mince, elle serait pas en train de faire une GrossesseExtraUtérine celle là ???
panique à bord.
Après vérification, Non. Elle faisait juste une appendicite aiguë.

Vous l'aurez compris, tout cela réclame encore
un peu beaucoup de peaufinage, (le reste de l'externat et l'internat sont là pour ça) mais un jour, cela leur évitera de passer à côté de quelque chose de grave.

Et en attendant hauts-les-coeurs et au travail.

P1, P2, si tu me lis, ne t'inquiète pas, je plaisante, c'est la félicité d'être externe qui me fait délirer, tout est super aisé une fois le concours passé, tout est simple comme une lettre à la poste en temps de grêve, les doigts dans le nez, à l'aise.

Par Ephélide
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