Lundi 21 septembre 2009
Je rêve de nouveau.
Je ne sais pas si c'est un bien, mais c'est certainement la preuve que mon cerveau a pu reprendre une activité psychique normale. Les mois précédant le concours, je ne rêvais plus. Du tout. Il m'arrivait de me réveiller en sachant que j'avais pensé à un cas clinique où une question de cours toute la nuit, mais cela n'avait rien à voir avec un rêve (ou un cauchemard), cela s'apparentait probablement plus à un demi sommeill anxieux. Désormais je rêve de nouveau. Des rêves complexes, psychédéliques, presque épuisants, mon inconscient cherchant visiblement à me balancer une année entière de messages codés dans la gueule, de façon la plus condensée possible. Bon, le "normale" était peu être de trop. J'ai retrouvé une activité psychique. Point.
Dans le genre "retour à l'état normal" l'amphi de garnison (si quelqu'un sait d'où nous avons hérité ce titre militaire, je suis toute ouïe) a un côté sympathique. Jeudi dernier, tirée de mon lit pour périgriner à travers paris vers la lointaine banlieue, zone 5, où l'administration n'a rien trouvé de mieux qu'organiser la procédure de choix des filières post ECN, (alors que n'importe quel amphi de n'importe quelle fac, aurait probablement fait l'affaire et épargné bien des déplacements), je retrouve finalement la cohue des étudiants se pressant quelque peu fébrilement, afin d'aller choisir leur orientation future. Parmi eux, un bon nombre de visages familiers (camarades de confs etc), ce qui m'a permis de voir
ce que nous sommes, dans l'ensemble, (re)devenus, à distance du concours. En général, les kilos en trop ont été perdus, ceux en moins repris, l'oeil est plus vif et le cheveux moins gras. Bref, nous sommes revenus à notre état de base. Non pas que nous soyons particulièrement beaux, mais quand même nous sommes nettement moins pitoyables.

Par contre, pour ceux qui attendent l'amphi de
garnison en se disant que cela marquera un point final à leur deuxième cycle, genre "voilà une bonne chose de faite", se trompent en beauté. Ce point final nous a été douloureusement administré en 4 demi journées en juin, et avec une petite piqûre de rappel avec les résultats, en juillet. Non, non, cet amphi de choix, n'est que l'entrée vers une nouvelle Ere, un nouveau cycle, l'instant T ou nous nous faisons de nouveau happer par le poulpe à trois têtes et dix fois plus de tentacules qu'est l'administration hospitalouniversitaire (à prononcer d'un air digne et pincé).
J'ai découvert perplexe le prix d'une inscription à la fac en 3ème cycle (à peu près le 1/3 de mon futur salaire qui ne tombera qu'en novembre), qui prend tout son piquant sachant que, n'étant qu'en première année je n'aurais aucun cours à la fac... Mais ce n'était rien à côté de l'abîme de perplexité dans lequel m'a plongé la lettre me demandant de renvoyer un certificat médical attestant de mes capacités physiques et mentales à être médecin (il serait temps de se poser la question, effectivement), à renvoyer "dès la procédure de choix effectuée, au plus tard le 7 septembre", -sachant que la procédure des choix commençait le 17. Bref, bête erreur de mois "non on s'est trompés c'est avant le 7 octobre". Oui, après tout ce n'est pas comme si c'était important et que la lettre devait être envoyée à des centaines/miliers d'étudiants.

Tout cela pour vous avertir : tous aux abris, je sévirai d'ici peu dans les hôpitaux parisiens. Enfin, si l'administration ne m'étouffe pas d'ici là.
Par Ephélide
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Jeudi 23 juillet 2009
A ma grande surprise, lors des jours qui ont précédé l'internat, ce n'est pas tant l'angoisse qui dominait en moi, même si elle était là, larvée quelque part, mais un grand sentiment de dégoût et de lassitude.
Le dernier mois de révision, où libérés de nos obligations de stage, nous n'avions pour seule perspective au cours de mornes journées que Réviser, réviser, et encore réviser, de plus en plus erratiquement, de façon de plus en plus compulsive, avait été pour moi particulièrement pénible, et, à mon avis, la quintessence de la "Fausse Bonne Idée".

Ainsi, à la veille de concourir ne restait plus en moi que le sentiment désagréable de ne plus vraiment me reconnaitre.
Un prof nous avait dit, quelques mois plus tôt au cours d'un énième cours de préparation  "C'est vrai que l'on n'en sort pas indemne de ce concours". L'emphase de la formule m'avait faite rire sur le moment, mais il me faut bien admettre qu'il n'avait pas totalement tort. En ces premiers jours de juin je ne me reconnaissais plus et je n'étais pas fière des changements.


Les deux années précédantes, telle la bonne élève que j'ai toujours été, je m'étais suis pliée aux règles du jeu, j'avais fait des pied et des mains, assité à des conférences de préparation, appris des listes par cœur, rédigé des centaines de fiches, consommé un quart de la forêt amazonienne en brouillons de cas cliniques, dans l'unique but de parvenir à « penser concours ».

Penser concours comme me l’enjoignaient conférenciers, professeurs, internes. Penser concours. Mettant peu à peu de côté ma curiosité intellectuelle, me fichant désormais du pourquoi du comment, me contentant d’apprendre les choses réputées utiles.
J'ai élagué mon désir de connaissances, posé des questions de plus en plus ciblées en stage, laissant glisser les détails qui, en deuxième année, exitaient mon intérêt (on s'amuse comme on peut), en décrétant « on s’en fout, ce n’est pas de notre niveau ». J'ai appris des réponses stéréotypées, classées, hiérarchisées. Avec au fond de moi, un grand doute quant à l'utilité réelle de cette façon d'apprendre.

Bref, j'ai tout fait pour devenir une bête à concours, sans réellement parvenir à me fondre dans le moule. Et à la veille de ce foutu internat, je haissais tout bonnement ce que j'étais devenue, car j'aimais à penser que cela n’était pas moi. Mais alors que je critiquais le système m'ayant amenée là, cet élitisme ambiant, je me méprisais plus encore, sachant pertinemment que dans le fond, je m'étais tiré cette balle dans le pied toute seule, comme une grande, que mon asservissement à ce concours était volontaire.

J'ai juste cédé à la pression et joué au mouton, ce dont je ne suis pas franchement fière.


Lecteur je te rassure (si tant est que tu te soucies de mon bien être), ce sentiment assez déplaisant a fini par s'estomper à mesure que je reprennais une activité humaine normale (lire la pile de romans "en attente", aller au cinéma, faire du roller ou aller nager, boire un pot avec d'autres êtres humains non médecins sans être hantée par la culpabilité de celle qui devrait-travailler-mais-glande-à-la-place (j'ai un surmoi hypertrophié, ce qui est assez pénible en période de concours), ne rien faire).

Je sais cependant, même à présent que ce sentiment me semble bien loin, et probablement aussi le produit d'une très grande fatigue, que je n'avais pas totalement tort.

J'étais vraiment devenue l'un des produits d'un système un peu pervers, où l'on vous intime d'apprendre à penser par "Mots Clefs" (car ce sont ceux qui rapportent des points), d'acquérir des "réflexes de rédaction" (car ils permettent de ratisser large tous les points imaginables), de hiérarchiser nos réponses (pour ne rien oublier et ne pas perdre de points) ; diminuant au passage le réel intérêt pédagogique du programme officiel de l'internat (pas si mal conçu).

C'est assez difficile à expliquer à quelqu'un n'étant pas dans le milieu, mais, alors que cela pourrait sembler être une façon comme une autre de hiérarchiser des connaissances utiles dans notre exercice, bien souvent, cela crétinise les étudiants qui y sont exposés. J'en ai vu plus d'un, dans leur grille de traitement d'une bouffée délirante aiguë, caser "scope et oxygénothérapie si besoin", ou "prise en charge à 100%" à toutes les questions de thérapeutique.


Le plus drôle étant que le jour J, la plupart des sujets n'avaient, dans leur mode de rédaction ou leur thème, que peu de  chose en commun avec ce à quoi  on voulait tant nous préparer.

Et les sujets où une grande partie de mon classement (qui me satisfait pleinement) s'est probablement jouée sont les dossiers et questions les moins typiques et où aucun réflexe pavlovien n'a pu venir à mon secours..

A postériori (et une fois les résultats tombés), c'est plutôt rigolo.

Et rassurant.

 

Prochain article moins soporifique je l'espère. Celui ci ne présentant que l'intérêt de vider un sac devenu bien lourd avec le temps.

Par Ephélide
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Mercredi 10 octobre 2007

Chers tous,

ce n'est qu'un au revoir (tadam)
Oui je suis comme ça, j'aime être mélodramatique.

Je pensais arrêter ce blog plus tard, un jour, à la fin de mon externat, peut être ou avant quand je m'en serai lassée, ou après, qui sait ? mais voilà que les choses se précipitent, ça sent un peu le roussi, alors j'arrête, ou au moins, j'ouvre une longue parenthèse.

Ecrire ici était bien. C'était l'exutoire de la fatigue, de la connerie.
C'était l'endroit où j'avais l'opportunité de me moquer des choses risibles -c'est à dire à peu près tout, moi incluse (c'est ma maxime, le ridicule fait l'humain, parce qu'il est cette part attendrissante de nous qui nous échappe) ; de râler sur mes emmerdes, de dire ce que je n'aurai pas sû dire autrement. 
Il est plus facile à l'écrit d'exprimer ce qu'on ressent en voyant quelqu'un mourrir, le vertige devant ce néant. L'horreur devant la vie en lambeaux d'un patients.
Ou ce qu'on ne ressent pas, parfois. L'empathie ou son absence. L'agacement.
Ecrire ici m'était (presque) nécessaire, pour cela. Cracher la colère envers un supérieur, digérer l'humiliation, ou partager un rire, un peu dans le vide, un peu pour vous, énormément pour moi, ça faisait partie d'un équilibre.

J'arrête simplement parce qu'à force de ricaner, je me suis pratiquement auto grillée (Panda m'aura perdu, je le savais !), et que, si le contenu de ce blog ne me fait en aucun cas rougir, que j'assume chaque mot, même le plus débile, pour ce qu'il était -un endroit privé- je n'ai pas envie qu'il devienne affaire publique avec des gens que je cotoie.

Oui c'est le paradoxe du bloggeur, qui balance aux autres ses petites observations, et attend un retour, qui étale sans vergogne sa vie tout en voulant la prétendre inviolée. Oui c'est hypocrite, et alors ? Mais ici j'étais libre, ce qui ne serait pas le cas, si jamais des connaissances devaient me lire. Si je devais penser aux tenants et aboutissants des mots.
Je veux être libre de dire que mon chef, mon co externe, mon interne m'emmerdent, je veux être libre de dire que je les apprécie, que les colères de mon coexterne soupe au lait de cet été me faisaient rire, que je trouve une foule de choses amusantes. Je veux être libre de tricher, de monter en épingle ce qui pour un autre a pu paraître anodin, parce que je l'ai ressenti comme ça, et que tel est mon droit.
Tel est mon droit parce que j'ai toujours cherché à préserver l'anonymat des autres protagonistes -et le mien-, ce qui est la seule solution décente pour me permettre de pouvoir affirmer que mon chef est un salaud, sans qu'on puisse venir me demander des comptes par la suite. 
Si par contre on peut deviner qui il est, qui je suis, si l'on peut deviner qui est mon co externe, ou mon interne, tout ce complique, car ils deviennent des personnes réelles, à propos de qui je dis des choses subjectives, dans un espace public.

Je veux être libre de me moquer des ridicules, et d'être fascinée par les Grandes Choses, sans avoir à m'en justifier, dans quelque sens que ce soit, ou sans avoir la tentation de m'auto censurer.

Merci à tous d'avoir pris un peu de votre temps pour me lire, de temps à autre. Merci d'avoir pris la peine de me laisser des petits mots de sympathie. J'ai été étonnée par votre nombre, d'ailleurs. Je ne pensais pas que les pérégrinations d'une externe intrigueraient à ce point.

C'est ici que s'achève mon bout de chemin dans la blogosphère.
Croyez moi, je finirai mon externat, et je le finirai avec le sourire. Même si je suis actuellement en plein syndrôme "milieu de tunnel, le 13e pilier n'est pas loin, à la différence de la lumière qui est invisible". 
Plus le temps passe, moins je crains les mandarins, et plus le risible de chaque chose m'apparaît. 
J'ai reçu récemment mes résultats d'un master que je préparais en parallèle à la fac, j'ai donc validé ma première année de master de bio, dans un domaine qui n'intéresse que moi. J'entends encore les profs qui, en deuxième année nous incitaient à faire ces doubles cursus, arguant de ce qui nous attendait en l'absence d'un double cursus : la mort ou l'impossibilité de faire une carrière hospitalo universitaire, la permière option leur parraissant de toute évidence préférable à la seconde. Il s'averra par la suite que le prof tenant ce discours cherchait surtout à avoir beaucoup d'inscrits dans sa filière. Maintenant que j'ai un premier bout de ce diplôme, cela me parait un peu vain. Comment ne pas trouver ridicule un milieu où l'on vous dit déjà de préparer une carrière alors que vous ne savez pas encore ce qu'est une rate (en dehors de celle de votre copine gothique) ? 
Bref, je suis devendue assez "indifférente voire hilare" devant les gros cons. Je crois que ça veut dire surtout dire qu'à 21 ans, mes neurones déclinent déjà. Voire que je deviens un peu frontale. Mais au moins, je m'épargne des ulcères.

Le découragement ne m'épargne pas, et je sais qu'il y aura des larmes à venir pour le concours futur -je me souviens de ma P1, je me connais.
Mais alors même que je m'atermoie, je me trouve ridicule, un peu..

Si un jour, un un hopital parisien ou de banlieue sud (ou d'ailleurs, si mon internat m'exile) vous croisez une jeune blouse blanche, ce sera peut être moi. Si elle fait tomber son marteau réflexe et se cogne dans votre table de chevet en se penchant pour le ramasser (ou dans l'encadrement de la porte en sortant), c'est moi. Ou ma soeur spirituelle. Laissez lui une chance, elle est un peu moins nulle qu'elle n'en n'a l'air.

Un jour peut être, je serai XXX (complétez par mon envie du moment) -dans l'idéal-  ou Médecin Généraliste (sans regrets). Un jour, peut être je partirait avec msf, si j'en trouve le courage (car rien n'est plus facile que de promettre pour jouer à la chic type, quand rien ne nous y engage). Au moins une fois, pour ne pas mentir à ce qui m'a fait m'embarquer là dedans.

Je garde sous le coude mes articles, je griffonerai encore, pour moi, pour ne jamais m'entendre dire "gueule sur l'externe, c'est fait pour ça".

Mais je ne vous le souhaite pas de me croiser. Moins on voit de blouse blanche, mieux on se porte.

D'ici là, merci encore, et bon vent à tous.
Poil au pouce.

Par Ephélide
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Mercredi 3 octobre 2007
Pour ceux qui s'inquiètent de mon sort : Non, je ne suis pas morte.
Par contre, mon état est assez bien reflété par deux faits objectifs :
- dans la nuit de samedi à dimanche, j'ai dormi 13h. Ce qui était plus que mes temps de sommeil cumulés dans l'intervalle mercredi matin - samedi soir.
- après avoir payé mon inscription à ma fac et mon inscription à mes conférences, mon compte en banque affiche fierement -50€. Oui, oui, nous sommes bien le 3 octobre. Alors entendre à la radio (il y a une semaine) quelqu'un affirmer que nous sommes des privilégiés dont les études sont payées me laisse perplexe.

Ce matin, un jeune homme arrivait à ma hauteur après une course manifestement haletante, liquette jaune de l'APHP ouverte à tout vent, pantalon de jogging, pieds nus ; lorsqu'il s'est fait prendre de vitesse par l'agent de sécurité qui le suivait de près et l'a plaqué au sol, clé de bras en bonus. L'infirmier qui suivait non loin, lui a alors, tout pantelant qu'il était encore, administré son IM (intra musculaire, probablement d'un bon gros neuroleptique sédatif). Vous l'aurez deviné, tout cela était non loin du pavillon "psychiatrie".
J'ai regardé cette scène -qui n'a pris que quelques secondes- d'un oeil rond, me faisant la réflexion que, somme toute, moi, ça va plutôt bien, merci. -oui le côté "je vais bien, parce que en fait il y a tellement pire est un peu nauséabond, mais... et alors ??".
Par Ephélide
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Samedi 15 septembre 2007
L'externe se rassure donc un peu, grâce au stagiaire, il a réalisé que ses quatre ans d'études dans les pattes, dont un an d'externat, cela se voit, diantre !

Vous les verrez peut être aux urgences, ces externes finissant leur quatrième année, leurs points de suture sont plus assurés qu'il y a un an, leur attitude aussi, l'ajout d'expérience aidant, et l'excès de frime aggravant.
Par égard envers eux, on n'insistera pas sur le fait qu'ils se sont aussi spécialisés en gestion de fax, réccupération de dossiers médicaux, remplissage de bons d'examens complémentaires et coups de fils en tout genre.

Ils se sont découvert des vocations ici ou là, parfois aussi labiles que leurs stages. Ils ont appris, s'ils ne le savaient déjà, que les chefs pouvaient être injustes, et du même coup, ils ont appris à s'en moquer éperdument, à défaut d'ouvertement.
Ils savent aussi désormais dire non au sénior qui ne veut pas se relever pendant une garde et leur demande par téléphone de faire un geste certes sans risque majeur, mais dont l'externe ne se sent pas sûr. Ils assenent au sénior à l'autre bout du fil "navré, mais je ne le ferai pas", en se disant qu'un jour, ça fera d'eux des gens responsables, et qu'en attendant, il faut se contenter d'assumer d'être des boulets, pour encore un moment.

Ils ont appris des grandes lignes de prise en charge et certaines spécialités en détail. Le reste viendra. Ils se souviennent de détails inutiles et ont oublié des données d'importance capitale, les internes, les séniors sont là pour leur rappeller, plus ou moins délicatement.

Ils ont aussi appris des principes de bases.
ToutSouffleFébrileEstUneEndocarditeJusqu'àPreuveDuContraire, ou TouteFemmeEstEnceinteJusqu'àPreuveDuContraire (précepte parfois ponctué d'un LaSalope!).
La réalisation de dossiers cliniques théoriques ad nauseam a induit chez eux quelques réflexes pavloviens "c'est une femme jeune, elle a une maladie autoimmune", "c'est un mec en situation précaire, originaire d'europe de l'est (ou d'afrique), il a la tuberculose", "le patient a la tuberculose, comment est son système immunitaire?".
Tout ceci peut donner lieu à de regrettables mélanges, car, du coup, lorsqu'à deux heures du matin Mlle X, issue de la troisième génération de l'émigration russe, se présente aux urgences pour douleurs abdo-pelviennes, l'externe est persuadé qu'il sagit d'une patiente aux antécédents de lupus, ayant une tuberculose péritonnéale, et donc sans doute le HIV, enceinte de surcroît.
Et avant d'aller l'examiner, en feuillettant le dossier, il cherche vaguement dans son esprit déjà embrumé comment faire cohabiter antirétroviraux, antituberculeux, antilupiques et grossesse... Tiens, mais grossesse, ça lui rappelle quelque chose.. Oh mince, elle serait pas en train de faire une GrossesseExtraUtérine celle là ???
panique à bord.
Après vérification, Non. Elle faisait juste une appendicite aiguë.

Vous l'aurez compris, tout cela réclame encore
un peu beaucoup de peaufinage, (le reste de l'externat et l'internat sont là pour ça) mais un jour, cela leur évitera de passer à côté de quelque chose de grave.

Et en attendant hauts-les-coeurs et au travail.

P1, P2, si tu me lis, ne t'inquiète pas, je plaisante, c'est la félicité d'être externe qui me fait délirer, tout est super aisé une fois le concours passé, tout est simple comme une lettre à la poste en temps de grêve, les doigts dans le nez, à l'aise.

Par Ephélide
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Vendredi 14 septembre 2007
En début de mois de septembre, un nouveau type de stagiaire envahit les couloirs de l'ap-hp, j'ai nommé "l'étudiant en médecine fraichement émoulu de son concours, envoyé pour un mois en stage infirmier". En effet, en fin de première année, les heureux lauréats, avant de regagner les bancs d'amphi rébarbatifs et les cours magistraux encore bien théoriques du premier cycle, se voient parachutés dans des services, placés sous la coupe des infirmières et aides soignants pour leur premier contact avec l'hôpital.
Un genre de baptême par immersion totale et brutale, vous passez soudainement de l'équation de Bernouilli à des malades plus ou moins graves, voire plus ou moins vivants, et vous adorez ça.
Vous arrivez un beau matin, persuadé qu'on va vous faire une haie d'honneur, (vous avez réussi un concours, que diable !), et vous vous découvrez ce qui sera un grand principe de votre existence pendant vos stages de deuxième et troisième année : tout le monde s'en fout, et il faut apprendre à frimer dans l'indifférence générale. Les médecins, infirmières, cadres ou même internes, sont tellement habitués à voir défiler des stagiaires en tout genre, que la félicité un peu niaise du stagiaire passe inaperçue. On s'occupe de vous, votre formateur infirmier (je mets le masculin en dépit des statistiques, en hommage à mon formateur de l'époque) vous prend certes en charge, mais non, vous n'êtes pas (à votre vague déception), considéré comme le messie. Autant le dire, ce retour sur terre est éminement bénéfique à votre adaptation présente et future dans les services.
En un mois vous êtes sensé assimiler les techniques de nursing, préparations de perfusions, prises de sang etc.
Je ne me souviens plus avec précision de mes objectifs de stage de l'époque, mais la chose vraiment drôle à savoir c'est que, bien que je n'aie fait qu'une ou deux prise de sang depuis mon stage infirmier, et quelques gaz du sang, j'ai désormais, puisqu'ayant bouclé ma 4e année (non, non, cherchez pas le lien de causalité est inexsitant sauf aux yeux des administrations) le droit d'exercer les fonctions d'infirmière si j'en ai l'envie, ou  plutôt le besoin (détail qui a son importance, une garde en tant qu'infirmière est mieux payée qu'une garde d'interne -alors ne parlons pas des externes).

Mais, qualité méconnue, le stagiaire a également la fonction inestimable de remonter le moral de l'externe à la veille d'entamer sa 5e année en lui rappelant que, oui, en trois ans il a quand même progressé.

Car parfois, oui, il a besoin qu'on le lui rappelle.
99% (chiffre non officiel mais à mon humble avis très pertinent) des externes se sont déjà posé la question « mais que suis-je venu(e) faire dans cette galère ? », ou ne vont pas tarder à se la poser. Le 1% restant y a répondu et a tout arrêté.
Parce que même les plus motivés, même ceux pour qui c’est une vocation, qui ne voulaient entendre parler de rien d'autre que de médecine au sortir du lycée –j’en fais partie- sont assomés par l’externat, à un moment ou à un autre.

L'externat a ceci (entre autres...) de commun avec la folie : la propriété de distordre le temps. Le fameux concours de l'internat (que tout le monde passe désormais), qui paraissait loin l'année dernière encore, avec les trois ans d'externat qui faisaient tampon, paraît désormais, en début de 5e année, tout proche.
A l'inverse le moment où vous serez, enfin, médecin, qui semblait palpable en fin de première année, parce que le concours était presque une fin en lui même et qu'on vous l'avait tellement répété ce joli mensonge "c'est la première année la plus dure" ; ce but donc, vous paraît ne jamais devoir être atteint.
Et voir ses amis ou ses cousins commencer à finir leurs études n'aide pas toujours.

Vous l'aurez compris, la rentrée en 5e année, si ce n'est pas non plus la dépression (on garde ça pour le milieu de l'année), ne se fait pas dans la félicité la plus extrême.
Il y a certes la satisfaction d'avoir un plus vaste choix de stages que l'année précédante, de pouvoir un peu lever le pied sur les gardes, et de doubler son salaire (rires dans l'assistance), mais elle (la vague satisfaction comme l'augmentation de salaire) est vite contrebalancée par le sujet des conférences, (mais ça, ah, ça, c'est un sujet en soi) et donc de l'internat, qui, faut il le rappeler, se rapproche à grands pas.

Le stagiaire est alors du pain béni pour l'externe. Parce qu'à l'occasion, il lui permet de faire ce qu'il adore : briller à peu de frais.
Quoi de plus facile à apprendre à un jeune stagiaire désoeuvré en fin de matinée que la réalisation (je n'ai pas dit la lecture...) d'un ECG, et quoi de plus enthousiaste qu'un deuxième année découvrant l'hôpital après une voire deux années d'attente ?

De plus, contrairement au chef, qui a la facheuse manie de brandir une radio sous le nez de l'externe, (ou un ECG ou un examen complémentaire) en exigeant un diagnostic au quart de tour, les questions du stagiaire sont la simplicité même. Atout précieux, si l'externe répond une ânerie, le stagiaire ne s'en rendra pas compte. Il continuera à regarder son aîné, une expression enthousiaste sur un visage ouvert et affable ; chose plutôt perturbante, pour l'externe qui, après ces mois de stage avec un chef un peu nerveux, a appris lorsque sa réponse lui parait douteuse, à guetter la moindre crispation du pli nasogénien de son interlocuteur (le chef en général), signe immanquable qu'il fait fausse route et qu'il doit se ressaisir au plus vite.

Merci le stagiaire, donc. (notez bien que j'ai là un réflexe égocentrique typiquement externoïde, je n'appréhende le pauvre stagiaire que par ce qu'il est vis à vis de l'externe. Ca manque de classe, tout ça)
Par Ephélide
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Dimanche 26 août 2007

Et voilà quelques jours de grand soleil qui enterrent le projet d’étude de santé publique qui avait commencé à germer en moi, sur le sujet à la fois opportun et passionnant que voici : Après les morts dus à la canicule de 2003, observerons nous cette année une hausse de la mortalité par suicide post dépression hivernale ? 

Je sais, je sais, santé pub et l’adjectif « passionnante » dans la même phrase, c’est osé, mais c’est ainsi, le soleil de novembre me rend téméraire. Cependant au vu de la météo actuelle, tout risque d’être faussé (combien de gens cette intervention tardive mais héroïque de l’anticyclone des Açorres sauve t elle en ce moment même du désespoir ?), et je n’aurai pas l’occasion de vous le prouver. Zut. Ou pas.

Je vois sur le calendrier de droite que ceci est mon premier post du mois d’août. Je vous rassure tout de suite, c’est du au fait que l’été les connexions internet gratuites sont plus dures à trouver, et non au fait que j’étais en vacances –je l’étais, mais pas tout ce temps. Pendant une bonne partie de ce mois et du mois de juillet, j’ai ainsi eu l’insigne plaisir d’arpenter ce CHU que j’aime tant.

Un CHU est une bête étrange, qui hiberne l’été.

Attention, je ne dis pas que tout s’arrête, non non non. Mais tout marche au ralenti. Des lits ferment. J’ai entendu quelqu’un affirmer sans rire que ces fermetures correspondent au déplacement des touristes… c’est peut être vrai pour certains services, mais quand je vois que les gens hospitalisés dans mon service sont soit à la retraite, soit des gens en situation sociale précaire (qui sont étrangement plus préoccupés de savoir si ils vont continuer à bénéficier de la CMU l’an prochain que de la météo à St Tropez), à quelques exceptions près, j’ai des doutes quant à la pertinence de cet argument, mais passons…

Des gens partent en vacances. Les couloirs sont un peu plus silencieux, il y a moins de monde à la cafèt.

Ca a l’air paisible comme ça, non ?

Non. Parce que des gens en vacances, ça veut dire que vous êtes moins d’externes. Pour faire grosso modo le même boulot. Et que c’est pareil un peu partout. C’est le bordel, ça vous connaissiez, mais c'est pire que d’habitude.
Par exemple vous découvrez un matin que il n'y a plus d'echo doppler disponible pour 3semaines parce que les doppleristes sont en vacances (sauf pour les grandes urgences j'imagine, dans ce cas un autre médecin le fera).
Vous découvrez aussi que, oui, vous téléphoner pour vous prévenir de ce fait était au dessus des forces de la secrétaire qui a préféré en voyant le formulaire demandant l'examen que vous aviez faxé, faire la morte en attendant que vous la relanciez.
Ne vous inquiétez pas pour le patient, hein, il l'aura son doppler, s'il en a besoin. Mais dans un autre hôpital. Ce qui veut dire que, par contre, vous pouvez vous inquiéter pour les nerfs de l'externe ou de l'interne qui va hériter du bébé "tiens, débrouille toi pour trouver comment lui obtenir un rendez vous ailleurs".

Ça atteint un tel point que vous pouvez facilement (et à tort) passer pour un fumiste.
Staff du service :

[Le chef, décidant, sous effectifs obligent, de s’impliquer dans la prise en charge des patients] : et quelqu’un a appelé le cardiologue habituel de Mme Y ?
[Vous] : ben oui, mais il est en vacances jusque fin août.

[Le chef, derechef (oui, c'était facile)]: Et on sait où M D a eu ses holter en ville ? on peut récupérer des comptes rendus peut être, ça serait bien...
[Vous, in petto] : oui ça serait bien, hein, vu qu’il risque pas d’en avoir un dans le service vu que les 2 cardio qui interprêtent les holter habituellement sont en vacances.. 
[vous, à voix haute] ben, on sait, oui, j'ai appelé, c’est au centre Xxx, qui est fermé jusque début septembre.

[Le chef, persevérant, alors qu'il étudiait le dossier de votre dernier patient] :  Et il a été opéré où ? on a un compte rendu opératoire ?
[Vous, après une grande inspiration]  : ben, c’est à la clinique T, mais tout est fermé pour travaux, et même les archives sont inaccessibles.

Eclat de rire général. A cet instant, vous lisez dans l’œil de votre chef « tu te foutrais pas un peu de ma gueule, toi ? », mais vous restez impassible et décidez que vous avez trop d’intégrité pour vous justifier (et surtout, que ça paraîtrait louche).
Franchement, merci l'été..

Le service étant en sous effectif, les gens qui restent s'impliquent plus, et c'est ainsi que le chef qui d'habitude ne l'est pas, se sent l'âme d'un Iznogoud et décide de nous faire subir de grandes visites quasi quotidiennes.
Ce qui m'a permis de découvrir deux choses à son sujet :

1) je confirme, c'est un cardiologue. Et il en a la déformation professionnelle
A propos d’un patient dans mes lits, 20 ans, hospitalisé pour épanchement pleural réactionnel à une Pneumonie :
« et il a eu son écho cœur ? » « euh, non, il a vingt ans, il est en hébergement en cardio en attendant une place en pneumo, il aucun point d'appel cardio, pourquoi faire une écho cœur ? » « ben, on est en cardio » . Ah ouais, vu sous cet angle…*

2) soit il a oublié ce que c'est que l'externat/le but de l'externat, soit il nous prend pour des cons, soit il est con.
J'avoue avoir un faible pour la dernière solution, parce que quand il suggère, manifestement fier de lui d'y avoir pensé, que Mme X polyvasculaire, triplement stentée, triplement pontée, sous anticoag pour ac fa permanente, a "probablement un cardiologue en ville", et vous regarde ensuite, attendant des félicitations ; il est difficile d'une part de ne pas lever les yeux au ciel, d'autre part d'anoncer que oui, vous avez récupéré son dossier auprès du dit cardiologue (qui n'était pas en vacances, chose suffisament rare pour être soulignée), sans ajouter à la fin "et je t'ai pas attendu pour le faire, ducon".

Et si je dis que, manifestement, il a oublié ce qu'était l'externat, c'est qu'apparement pour lui, nos compétences culminent dans le rangement de dossier ou l'agrafage. Pire je crois qu'il nous pense heureux de le faire.
Cet abruti a osé me nommer "responsable de l'agrafeuse", pendant une visite.
J'ai pensé très fort "si tu me dis encore une fois combien un dossier est bien rangé et que c'est très bien sauf qu'il faut agrafer là et non là, plutôt que de faire une remarque constructive sur mon observ', c'est responsable de l'agrafeuse dans ta gueule que je vais devenir", mais je ne l'ai pas dit.

Je le regrette encore.



*si quelqu'un a une explication plus convaincante que "ben on est en cardio", je suis toute ouië et je m'excuserai mentalement auprès de mon chef pour tous mes sarcasmes

j'oubliais : vu pendant ma dernière garde :
Pouvez vous croire que quelqu'un se pointe aux urgaences à minuit quarante cinq pour, et je cite, "Narcolepsie". (j'ai failli photocopier le papier d'admission, c'était trop beau pour que je sois crue).

Par Ephélide
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Jeudi 19 juillet 2007
Je te sens dubitatif devant ce titre, lecteur, alors je reprends du début, et pour ta gouverne.

Tu n'es pas sans savoir, lecteur, qu'un externe aime les rites initiatiques. La première dissection, le premier mort, les premiers points de suture, le premier bloc etc.
Il y a une étape par laquelle passe un jour, dit on, tout le personnel de santé. Voir plusieurs jours, si l'on est pas doué ou particulièrement exposé (les chirurgiens, par exemple, avec toutes ces choses coupantes autour d'eux). Cette étape fréquente à défaut d'être obligatoire, c'est l'AES. Elle arrive systématiquement le jour où vous avez merdé sur vos consignes de sécurité, où, pour une fois, vous avez la flemme de rechanger l'aiguille avant de repiquer votre patient, ou que vous ne vous en êtes pas débarrassés tout de suite dans la boite idoine.
Et c'est ainsi que vous vous piquez le doigt en tentant de repiquer votre patient, ou que vous vous retrouvez avec une aiguille souillée plantée dans la pulpe d'un doigt, parce que vous aviez oublié sa présence sur le plateau à vos côtés.

Car c'est cela qu'on appelle l'Aes un accident -évidement- d'exposition au sang. ou au Sexe, parfois, mais dans ce cas, c'est plus rarement un accident du travail. Au moins dans le corps médical. Ou alors on s'en vante pas. En tout cas, pas aux urgences, mais plutôt en salle de garde.

Deux cas de figure :
- votre patient ne se sait pas séropo pour une quelconque saloperie à transmission sanguine, on lui fait une prise de sang pour s'en assurer, on vous fait une prise de sang pour la forme, et vous en êtes quittes pour une légère douleur du doigt pendant quelques jours.
- votre patient se sait séropo le hiv, plus ou moins d'autres charmants virus comme l'hépatite c, ou autres. Ou alors vous le soupçonnez fortement immunodéprimé, et suspectez fortement une telle atteinte. Vous voilà bien.

Si le premier cas est la parfaite petite baffe qui vous dit "tu recommences plus JAMAIS la connerie d'enlever tes gants avant d'avoir éliminé TOUTES tes aiguilles de ton plateau", la seconde solution est un parfait exercice pratique d'application de votre cours théorique sur les AES (quoique soit dit en passant, la séronégativité supposée ne dispense pas des premières étapes de désinfection...)
Vous verdissez, donc. Mais, en même temps, vous vous souvenez de votre cours et vous vous hâtez en conséquence vers un évier et commencez un lavage énergique de votre doigt, pendant que quelqu'un vous prépare un tube de dakin ou autre désinfectant où votre doigt élira domicile pour les 10 prochaines minutes.
Puis, si le médecin n'a pas été alerté par le remue ménage autour de vous, vous allez le voir, votre doigt faisant trempette, et balbutiez que "euh, excuse moi de te déranger, mais je me suis planté une aiguille souillée dans le pouce, et mon patient est HIV+".
Croyez moi, ça fait son petit effet.

Vous êtes bon pour vous inscrire comme patient, à l'acceuil des urgences, et soudain, vous voilà happé par cette mécanique un peu folle qu'est l'hôpital, que vous aviez l'habitude de voir fonctionner de l'intérieur.

Vous vous répêtez en boucle ce que vous avez appris, ce que vous diriez à un patient qui se présenterait devant vous, dans votre situation. Le risque est minime. La blessure est superficielle. L'aiguille était souillée, certes, mais le risque est minime. Et l'on va tout de suite me donner des médicaments adaptés, et cela va encore diminuer ce risque minime. Ca va aller, ca va aller.
On vous donne un petit kit, spécialement conçu pour ces situations, des sachets plastiques avec des médicaments pour 3jours. Vous voilà donc, devant cette trithérapie, dont vous avez tant entendu parler.
3, ou 4 cachets, blanc et jaunes, deux fois par jour. Est ce donc tout ? oui, ou à peu près.

C'est tout, et il faut désormais attendre, une attente égayée par des formulaires à remplir, accident du travail, médecine du travail, médecine infectieuse, vous voilà prise en charge et vous allez passer pas mal de temps à expliquer les mêmes choses, notamment, commment ça s'est passé, en vous mordant les lèvres à chaque fois "qu'est ce que j'ai pu être bête...". Après 48 ou 72h, vous vous présenterez à une consultation spé de médecine infectieuse pour "réévaluer l'indication de votre traitement".

Cette consultation spécialisé a ceci d'amusant -si on aime l'ironie- qu'elle est faite pour réévaluer la nécessité d'un traitement (on vous a donné des doses pour trois jours en attendant), et vous rassurer au besoin, mais que bien sûr elle est faite dans un service spécialisé dans la prise en charge HIV. Où est l'amusant ? vous demandez vous... Imaginez donc:

Vous arrivez là bas après 48H-72h, donc, un peu patraque car les premiers effets secondaires se font sentir, en vous répétant je vais bien, tout va bien.
Vous entrez d'un pas décidé dans la salle d'attente, sachant déjà -pour avoir relu votre cours- ce qu'on vous dira : risque faible, mais suffisant pour poursuivre le traitement un mois, avec surveillance bio régulière, ainsi que des sérologies.
Mais vous n'êtes pas malade, en aucun cas, et ne le serez jamais.

Voilà donc que vous entrez dans la salle d'attente. Vous vous retrouvez soudain cernée de posters sur les associations d'écoute des malades du sida, d'aide aux malades du sida, de lutte contre le sida. Sur toutes les tables, des dépliants d'information ou associatifs à propos du hiv.

Tout cet environnement ricanant la maladie ayant tendance à interférer avec votre mantra rassurant, vous fermez les yeux, écoutez votre baladeur susurer bouquets de nerfs, et tentez de rester rationnelle. Comme avant d'entrer, je vais bien tout va bien sauf que vous êtes un peu plus verte.

Il y a aussi une étape amusante, qui vous permet d'exercer vos talents de pédagogue : c'est expliquer à votre famille, qui va vite avoir du mal à ne pas voir, si vous passez plus de 24h en leur présence, a) les cachets -quoique, c'est dissimulable ; b) votre perte d'appétit, alliée à une étonnante facilité à éliminer par voie rétrograde les aliments ingérés ; c) que vous fatiguez très vite -après quelque temps de traitement,
c'est expliquer à votre famille donc "je suis sous trithérapie pour un mois, mais c'est pas grave".

Essayez, c'est vraiment drôle.

Au début votre maman vous parlera comme à une agonisante, votre père pâlira, et vous ne préférez ne pas savoir ce qu'en dit votre grand mère, tout ceci n'aidant vraiment pas à être rationnelle soi même.

Car lui elles et vous même, en dépit de toutes les données objectives, avez du mal à faire taire ce 0,1%. 0,1%, "quasiment" aucun risque, c'est un vide trop lancinant pour être totalement ignoré, c'est un élancement régulier, comme les premiers jours, lorsque la pulpe de votre doigt vous faisait mal en écrivant, alors que vous aviez oublié -un instant- cette piqûre.

C'est un nid dont la taille varie en fonction de votre humeur, degré de fatigue, moral ; qui ne se referme jamais tout à fait et où se loge l'irrationnel.
Où se loge un fils, frère et oncle, mort, assez peu joliement, en 95. Le lecteur s'il a eu le courage de lire jusqu'ici, devinera aisément de quoi.
Non, lecteur, c'était pas la grippe aviaire.

Bref, contrôle à un mois, que j'ai attendu pour faire ce post -le suspens macabre quand il est à mes dépends ne me plaît guère-, séroneg, et on arrête le traitement.


Ma famille a eu, perceptible depuis son lieu de vacances, même par téléphone interposé, une joie étonnemment explosive pour des gens qui affirmaient suivre mes conseils et "ne pas s'inquiéter".

Quant à moi, un mois de traitement avait finit par rendre le "peut être" inaudible, et cette fin de mois est surtout l'immense satisfaction de ne plus avoir de médicaments.
L'appétit revient, les nausées s'en vont, je n'aurai plus à m'absenter en catastrophe de la visite pour visiter les toilettes du service* et revenir l'air de rien, mes quelques kilos abandonnés en route sont en embuscade, j'ai de nouveau le droit -et l'envie- de boire, la fatigue s'estompe et, même, je pars en vacances.

Ende gut, alles gut, comme disent si bien nos amis teutons.

la leçon du jour étant :

Jeune padawan, une aiguille va dans une boîte à aiguille, et pas dans ton doigt.
C'est un rite dont on se passe.

Et mince, je deviens moralisatrice.

*La classe, je sais. Mais à ma décharge, je n'y ai jamais prétendu.
**Je sais ça paraît louche comme marque de bonne santé, mais essayez, pendant un mois post partiel, de sortir fêter vos semi vacances sans boire une goutte, et vous me comprendrez.

Par Ephélide
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Lundi 9 juillet 2007

Les premiers jours du premier été d'externat sont le moment d'une constatation cruelle : les vacances d'étudiant, c'est fini pour vous. Alors certes, comme beaucoup, vous aviez pratiqué de petits boulots les étés précédents, ce qui rognait bien vos vacances. Mais la différence fondamentale avec les stage d'externat était d'une part que c'était volontaire, d'autre part que c'était payé plus d'un euro de l'heure, ce qui vous permettait ensuite de partir en vacances, d'acheter des bouquins, de sortir, ou de picoler.

Réaliser le 2 juillet, alors que vous vous répartissez les vacances avec vos coexternes que, pour mettre tout le monde d'accord, il va vous falloir éclater vos 4 semaines de vacances en 2, voire en 3 fois, ne correspond pas exactement à la définition communément admise du terme "agréable". Alors quand derrière votre mère, prof, (donc paresseuse notoire), ose proférer : "ben au moins, toi, tu ne pâtis pas du mauvais temps", vous vous dites que c'est le genre de phrase qui mérite la mort. Au moins.

Parfois cependant, des petits trésors, au milieu d'une garde, vous rappellent que, tout compte fait vous avez de la chance. Les gardes aux urgences, quand vous êtes externe de "chirurgie" ont ceci d'intéressant, au moins dans mon chu, que vous pouvez être appelé pour aider au bloc, s'il y a lieu d'opérer quelqu'un en urgence. Vendredi soir dernier donc, à peine ma garde venait elle de commencer que ma présence est demandée au bloc.
Double bonheur : d'une part, j'ai l'impression que, quelqu'un, quelque part, a véritablement besoin de moi (ok, c'est pour lui donner des instruments ou tenir un Faraboeuf*, et alors ?), d'autre part, j'échappe un peu aux urgences.
Et là, au bloc, soudain, la magie, de quoi me réconcillier avec toutes les avanies de l'externat.
Je ne pourrais jamais être chirurgien, je n'en pas l'envie de toutes façons, mais c'est le genre d'opération, qui, je crois, ne peut qu'engendrer la fascination.

Transplantation Rénale.
Il y a quelque chose de profondément fascinant, presque bouleversant dans cette opération (et merde à ceux qui croiront que j'en rajoute) : voir le Greffon, pâle et froid, que l'on prépare soigneusement puis repose entre ses poches de glaces ; le patient endormi que l'équipe installe, l'abord abdominal que l'on ouvre, la loge en fosse illiaque** que l'on aménage, les vaisseaux que l'on dissèque, les anastomoses cousues avec soin ; voir tout ça vous donne le sentiment d'être témoin de quelque chose d'exceptionnel, pas très loin d'une transgression intime.

Parce que soudain, après que le chir, sans doute un peu blasé, discutant avec son interne, a détaché les clamps vasculaires ; voilà l'artère qui palpite, le rein blafard qui soudain se colore, et même, même, à peine quelques minutes après, qui se remet à pisser.
tu veux toucher ? C'est pas tous les jours qu'on touche un rein.
Certes.
C'est pas tous les jours qu'on touche un rein, pas tous les jours qu'un morceau de barbarque redevient humain, et donne un second élan à un malade. 
C'est pas tous les jours que l'on est témoin de ces choses qui, si elles semblent presque anodines à ceux qui les pratiquent, touchent à ce que l'humain a de plus animal et, paradoxalement, presque de plus sacré, et aux yeux du néophyte (que je suis) paraissent de petits miracles.

Viscéralement fascinant, dans tout les sens du terme (ahah), je me répète mais je ne trouve rien de mieux pour décrire l'émotion qui, dans l'effervescence du bloc, m'avait soudain saisie.

Et c'est pour cela, que, pour rien au monde je n'abandonnerai mon statut d'externe. Pour ces instants, qui, même peu nombreux me réconcilient avec tout.
Qui avait fait que les urgences m'avaient vue revenir après les quelques 4h d'opération, avec l'air halluciné d'un "ravi de la crèche" sous coke, et reprendre mes activités passionantes d'externe -points de suture et autres plâtres-, avec le sourire, voire, avec amour, n'ayons pas peur des mots.

Enfin presque.
Mille excuse à mon voisin qui m'a peut être entendue mugir à 5h30 du matin (j'étais couchée à 4h30, dans mon studio à 5 minutes porte à porte des urgs, espérant fermement ne pas être réveillée et finir ma nuit peinarde), "ah les coooooooooooonnnaaaaaaaaaaaaaaaaards"***. Sortie de boite, une entorse et une bagarre d'ivrogne. Donc appel de l'externe de garde.
Génial.
"Et en plus il pleut".

*C'est le nom propre des écarteurs, que je mets juste pour faire croire que je m'y connais.
**Car oui, on ne s'emmerde pas, on greffe les reins là où c'est le plus accessible : dans le bide.
***Et non, je ne ferai pas d'excuses publiques à ces salauds.

Par Ephélide
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Vendredi 29 juin 2007
Si ce n'est pas la première fois que vous me lisez, vous avez sans doute compris qu'un externe change régulièrement de stage. De même qu'un interne, qu'un étudiant en soin infirmier ou en kiné (etc). Ca fait  partie du charme de nos études, en un sens. Rencontrer pour des laps de temps plus ou moins long -d'une nuit de garde à 3ou 6mois de stage-, des gens avec qui on travaille, qu'on apprécie, déteste, ou qui nous laissent indifférents, des gens avec qui l'on échange des platitudes, partage une garde éreintante ou fait face à des choses moches.

Et bien sûr, tout cela est un prétexte à multiplier les pots de départs, raison d'être presque à part entière du stage, et ainsi permettre à tout le monde d'entretenir son athérome et son diabète de type 2. La classe.

Les fins de stages se suivent sans forcément se ressembler. Selon le service, on s'évade bien heureux de quitter les uns (va crever en enfer GC), mais en regrettant vaguement les autres (une chir viscérale adorable qui me prédisait un destin de chir, quelle blague) ; ou on s'en va avec une vraie nostalgie comme cette fois, pour moi.
Spécialité agréable, ambiance dans le service de franche bonne humeur (quand le très brillant chef de service vous raconte quel boulet d'externe il était, ou fait des blagues réccurentes sur sarko zy (oui c'est très facile par les temps qui courent, et alors ?) ou même ose le douteux "quelle est la différence entre un pédiatr et un pé do phile ?", comment ne pas aimer la visite malgré les questions ?) mâtinée de quelques coups de sang de Panda, 3 coexternes -sur 6 que nous étions, très sympas, et des internes timides, drôles, calés ou pédagogues, mais tous très bien une fois la glace brisée.
Trois mois, c'est suffisant pour commencer à développer un syndrôme de stockholm vis à vis de son supérieur (Panda est un vrai stressé mais un faux méchant croit on comprendre), une admiration sans bornes vis à vis d'un chef de clinique ou de service, ou d'un interne, des complicités entre co externes -ou des animosités durables-.
Trois mois c'est parfois tout juste suffisant pour parvenir à comprendre comment se comporter avec chacun, et, juste quand, enfin, on ose vanner un chef, blaguer avec la monumentale secrétaire, quand l'on connaît les infirmières avec qui l'on peut rire et celles avec qui l'indifférence mutuelle est préférable, juste quand l'on commence à appréhender les spécificités de la spécialité du service, il faut partir.

Il faut quitter tout ça. On fait un pot, voire deux. Puis, le dernier jour, on fait la tournée des adieux, exercice d'équilibriste, difficile d'exprimer une gratitude sans en rajouter, envers des gens habitués à voir défiler les externes, de se quitter finalement. Bon, avec les GC, c'est aisé (au revoir, et va crever), mais avec les "vraiment bien", c'est moins évident. Surtout si, en cette fin d'année lassante, vous êtes d'humeur amoureuse, la (plus ou moins) vague attirance que vous aviez pour votre interne favori s'amplifiera et ...-soupir-. Les platitudes sont parfois les maladresses de ceux qui se regretteront, au moins un peu, mais sont suffisament habitués aux rencontres éphémères pour ne pas jeter en l'air des promesses de rester en contact.

Pas vraiment le temps de pleurnicher, c'est aussi ça l'externat, lundi, nouveau stage, nouvelles marques à trouver. . Voilà qui me fait gagner une précieuse heure de sommeil.

Une chose va franchement me manquer, dans la pédiatrie, c'est cet irréductible élan vers le mieux, la guérison, le parfait.
Les exigences cliniques pointues, la vie normale que l'on vise, même pour un gosse atteint d'une maladie chronique, même si c'est très grave, même si c'est parfois de l'ordre du rêve, on espère la guérison, parce qu'il est intollérable de ne pas tout tenter (dans les limites de l'humain), parce que tout autre visée serait insupportable.
Si chez les vieux, les objectifs sont plus lâches car parfois innateignables, chez l'enfant il y a cet optimisme et cette exigence, qui rendent les échecs d'autant plus durs, plus cruels mais qui font que les choses sont stimulantes, au quotidien. Bien sûr il y a les frustrations - H -, les insupportables échappements thérapeutiques, les situations sociales "difficiles".

J'ai sacrifié aux clichés, l'un de ces rats m'a refilé ses microbes. Petit ingrat.

Remarquez, je suis injuste, les adultes font ça très bien aussi, vous contaminer. une patiente m'a toussé à la gueule dix bonnes minutes pendant ma dernière garde avant que j'arrive à lui faire dire que sa soeur avec qui elle vit avait eu la tuberculose 5mois auparavant. Sans qu'elle ait bénéficié de prophylaxie. Super. (instruisons nous en nous amusant, je rappelle à mes chers lecteurs que le BCG s'il protège relativement bien des formes graves de tuberculose, ne protège qu'à 50% des formes pulmonaires. Si je me mets à tousser d'ici quelques temps, je saurai pourquoi. Super, bis.)

Par Ephélide
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